Culture Ryder Cup : Un mécène nommé Ryder

Après avoir découvert le golf à 50 ans, Samuel Ryder y consacre le reste de sa vie et de sa fortune. Grâce à sa générosité, il crée avec les PGA britannique et américaine la Ryder Cup qui deviendra moins d’un siècle plus tard, un des plus grands événements sportifs de la planète. 

Samuel Ryder remet son trophée au capitaine de l'équipe britannique victorieuse George Duncan en 1929.

L’histoire du golf tient à peu de choses. À la passion d’un homme, philanthrope dans l’âme, devenu golfeur sur le tard suite à des problèmes de santé. Sans lui, la Ryder Cup n’existerait pas. Sans lui, le Golf National n’accueillerait pas dans un an, presque jour pour jour, le plus grand match de golf par équipes.

Né en 1858, cet Anglais fait fortune en développant chez ses compatriotes le goût du jardinage grâce à un concept très simple : il vend par correspondance des graines de plantes dans de petits sachets. Économique et pratique. Chaque Britannique peut ainsi embellir sa maison et son jardin de plantes et de fleurs. Un privilège alors réservé à la bourgeoisie. Pour les besoins de son commerce, il s’installe à St Albans, là où le maillage ferroviaire est le plus dense afin d’expédier chaque semaine ses catalogues aux quatre coins de l’empire.

Du cricket au golf

Fan de cricket qu’il pratique avec assiduité, Samuel Ryder doit pour des raisons de santé se tourner vers une nouvelle activité physique. Sur les conseils d’un de ses amis, le Révérend Frank Wheeler, il se met au golf. Pour les besoins de son apprentissage, il engage un joueur professionnel, Abe Mitchell, qui lui donne des leçons privées dans sa propriété de Marlborough House. Acharné et volontaire, Samuel Ryder devient un bon joueur de golf (il descendra son handicap à moins de 10) et prend même la présidence du Verluram Golf Club.

Au contact d’Abe Mitchell qu’il appointe à l’année, Samuel Ryder découvre aussi la vie des joueurs professionnels. Peu considérés, les pros sont souvent méprisés et mis à la porte des clubhouses. A l’exemple de Walter Hagen qui dut, lors de l’Open britannique 1920, louer une limousine pour se changer, le club hôte du Royal Cinques Port lui refusant l’accès des vestiaires ! Leurs salaires sont aussi maigres et leurs gains faméliques. Touché pour leur condition, ce mécène sera le premier à organiser des tournois en payant la présence des pros avant même qu’ils aient tapé leur premier coup.

Sa générosité lui assure alors le respect des champions. Aussi quand un match opposant les Américains aux Britanniques est organisé en 1926 à Wentworth, Samuel Ryder est de la partie. Pas sur le terrain mais en coulisses. Les poches remplies de billets, il offre 5 livres sterling à chaque membre de l’équipe vainqueur et, à tous, une tournée de champagne et de sandwiches au poulet. Mais en raison d’une grève générale de 9 jours, la moitié des Américains n’a pu se rendre à Wentworth, obligeant le capitaine Walter Hagen à composer une équipe de bric et de broc. Après l’humiliante déroute de ses boys (13,5 à 1,5), la PGA américaine refuse de reconnaître ce match comme officiel. L’édition de 1926 tombe dans l’oubli. Ce n’est que partie remise.

Un petit trophée en or

Séduit par cette confrontation, Samuel Ryder veut que le trophée en or qu’il a fait réaliser à Sheffield par Mappin and Webb soit remis aux vainqueurs du prochain match. Cette petite coupe d’à peine 50 centimètres de haut est surmontée d’un golfeur à l’adresse, ressemblant étrangement à la silhouette d’Abe Mitchell. Cette première édition officielle de 1927 se déroule les 3 et 4 juin, aux Etats-Unis, au Worcester Country Club. Manque de chance, ni Samuel Ryder, trop malade pour supporter les six jours de traversée, ni le capitaine Abe Mitchell, souffrant de l’appendicite, ne sont du voyage de l’autre côté de l’Atlantique.

Samuel Ryder doit patienter jusqu’en 1929 pour assister à sa première Ryder Cup. Et à la première et rare victoire britannique sur le score de 7 à 5. Quand la compétition revient en 1933, en Angleterre, à Southport & Ainsdale, le Prince de Galles honore la compétition de sa présence et plus de 15 000 spectateurs suivent les deux jours de match-play. Deux ans plus tard, Samuel Ryder s’éteint lors des congés de Noël. Dans son cercueil, un fer 5 l’accompagne pour toujours au paradis du swing. 


Par Jean-François Bessey
5 octobre 2017