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Culture Ryder Cup : les larmes de Darren Clarke

Anéanti par la mort de sa femme, Darren Clarke est loin d’imaginer qu’il sera une des wild cards de Ian Woosnam pour la Ryder Cup 2006. Pourtant, il vivra un des plus grands moments de sa carrière golfique au K Club.

Darren Clarke Ryder Cup 2006
Darren Clarke n'a pu contenir son émotion sur le green du 16 après sa victoire sur Zach Johnson. David Cannon / GETTY IMAGES EUROPE

Le 13 août 2006 au matin, Darren Clarke s’effondre. Sa femme Heather vient de s’éteindre au Royal Marsden Hospital de Londres, épuisée par le cancer qui la ronge depuis quatre ans. Elle avait 39 ans et était mère de deux enfants. Atteinte d’un cancer du sein en 2002, Heather a vu la terrible maladie se répandre dans son corps : d’abord son foie, plus tard ses poumons.

Darren n’a plus la tête au jeu, même si sa femme le priait de son vivant de poursuivre sa carrière professionnelle. Mais, en juillet 2006, face à la santé déclinante de sa femme, il arrête totalement la compétition. On est à deux mois de la Ryder Cup. C’est donc avec déchirement que l’Irlandais du Nord abandonne toute prétention à une sélection alors que pour la première fois de son histoire, ce match Europe - Etats-Unis va se dérouler en Irlande, au K Club. « La Ryder Cup n’est plus dans mes pensées. Je dois me concentrer sur des choses beaucoup plus importantes que le golf », confie-t-il.

Acharnement à l’entraînement

Après la mort de sa femme, le démon du jeu le reprend. Darren prend son téléphone et appelle Ian Woosnam, le capitaine européen, pour lui signifier qu’il se tient à sa disposition si on veut bien de lui dans l’équipe. Sandy Lyle, assistant de Woosnam, reconnaît alors que « Darren est un joueur très important dans l’équipe européenne. Au-delà de ses statistiques dans cette compétition, c’est quelqu’un dont la personnalité transcende ses coéquipiers ». Le message est clair, surtout que Clarke a joué les quatre dernières éditions de la Ryder Cup et qu’il possède le record du parcours du K Club avec le score de 60 (-12).

Le 3 septembre, Ian Woosnam annonce à la presse ses deux wild cards : Lee Westwood et… Darren Clarke. « Cette décision fut la plus difficile que j’ai eue à prendre de toute ma vie », avoue le capitaine européen qui écarte du coup Thomas Björn et Ian Poulter. Darren n’a pourtant pas disputé de tournoi depuis l’Open britannique ! Bien qu’il reprenne avec acharnement l’entrainement jusqu’à se faire saigner les mains, il ne jouera que l’Open de Madrid où il se classe à la 31ème place. Avec un seul tournoi en trois mois, difficile de savoir où il en est de son jeu. Mais la Ryder Cup n’est pas une épreuve ordinaire. Le match play n’est pas du stroke play. Au fil de ses matches, Darren Clarke va en apporter la preuve vivante.

Standing ovation au départ du 1

Le vendredi 22 septembre, Ian Woosnam l’associe à Lee Westwood dans les quatre balles de la matinée. « Je n’avais aucune idée de comment j’aller gérer ça. Je marchais véritablement dans l’inconnu. Quand je suis arrivé sur le tee du 1, l’accueil a été assourdissant. Jamais, je n’avais connu une telle standing ovation. J’étais bouleversé. Même ma victoire à l’Open britannique cinq ans plus tard n’a pas été plus intense sur le plan émotionnel », racontera plus tard l’intéressé.  

« Nous jouions contre Phil Mickelson et Chris di Marco. Ce match n’avait rien d’une guerre mais plutôt d’une rencontre entre amis. C’est ça l’esprit de la Ryder Cup ». Quand il enquille un birdie au 1 pour gagner le premier trou, les premiers à la féliciter sont ses… adversaires américains. Et quand au 18, la paire européenne s’impose 1 up, Amy Mickelson, la femme de Phil, accourt pour le serrer dans ses bras ! Le lendemain, la paire Clarke- Westwood s’impose 3 & 2 face à celle composée de Tiger Woods et Jim Furyk.

Heather dans ses pensées

Le dimanche, jour des simples, le souvenir de Heather ne le quitte pas tout au long des fairways du K Club. Face à cette présence « céleste » et au soutien bruyant du public irlandais, Zach Johnson ne pèse pas lourd. Au 16, l’Américain concède le putt et offre la victoire à son adversaire, 3 & 2. L’émotion est à son comble. Les larmes roulent sur les joues de Darren et de son caddy Billy Foster.

Dans un élan de compassion, tous l’étreignent : son père, sa mère, sa sœur, le capitaine américain Tom Lehman, Tiger Woods… L’Europe écrase les Etats-Unis 18,5 à 9,5. C’est la victoire européenne la plus indiscutable de l’Histoire. Avec ses trois points gagnés en autant de matches, Darren Clarke venait de rendre le plus bel hommage à sa femme, Heather.


Par Jean-François Bessey
6 juin 2018