Les "Pourquoi" du golf. Depuis environ deux décennies, la présence de jeunes golfeurs français dans les universités américaines s'est généralisée. Cette saison 2026-27, ils sont 181 outre-Atlantique. Pourquoi les facs US sont-elles plébiscitées ? Cinq éléments de réponse.
Démarrons en faisant le compte. Pour cette saison 2026-27, en incluant garçons, filles, les trois divisions de NCAA, les trois divisions de NJCAA (aussi appelée Junior College), la NAIA, bref l'ensemble de la titanesque galaxie universitaire américaine, 181 jeunes Français sont actuellement en études supérieures spécialisée golf chez l'Oncle Sam (109 garçons et 72 filles). D'où une question toute naturelle : comment se fait-il que tant de jeunes Tricolores partent effectuer un cursus golf aux États-Unis ?
La toute première chose à comprendre est la différence qui existe entre le sport universitaire tel qu'il est pratiqué sous nos latitudes et le sport universitaire au pays de la Bannière étoilée. En fait de différence, on peut même parler de gouffre. Aux États-Unis, les compétitions entre universités suscitent un intérêt public et médiatique comparable à celui du sport professionnel. Au football américain, sport n° 1 dans le pays, non seulement les grands matches universitaires sont télévisés, mais leurs audiences rivalisent parfois avec celles de la NFL, la ligue professionnelle. Les stades ayant la plus grande capacité de spectateurs sont d'ailleurs des stades situés sur les campus universitaires.
Pour en revenir au golf, là aussi, la différence est colossale. Aux États-Unis, les tournois de la NCAA (la plus importante structure régissant le sport universitaire) font l'objet d'une couverture médiatique importante de la part des médias spécialisés, et les plus prestigieux sont même diffusés en direct. Les Championnats NCAA, disputés entre fin mai et début juin, sont diffusés en direct sur Golf Channel, autrement dit sur la même chaîne que les tournois du PGA Tour ou du LPGA Tour.
De fait, le niveau de jeu au sommet de la NCAA est l'un des plus hauts que l'on puisse rencontrer en-dehors de la sphère professionnelle. Et les facs américaines finissent par devenir l'anti-chambre des circuits. Cela a longtemps concerné uniquement les jeunes nés aux États-Unis, mais notamment depuis le début du XXIe siècle, le haut du panier de la NCAA s'est énormément internationalisé. Ludvig Åberg, Viktor Hovland, Jon Rahm, et chez nous en France Céline Boutier, Antoine Rozner ou David Ravetto, entre autres, sont tous passés par le système universitaire américain. Dans un projet de carrière qui a pour ambition le plus haut niveau, les facs étatsuniennes sont l'une des voies privilégiées.
Si les universités américaines ont autant de quoi attirer, ce n'est pas seulement par le niveau des tournois. C'est aussi par la qualité des infrastructures mises en place. Généralement, les jeunes aspirant à rejoindre une université effectuent une visite du campus en question, avant de signer formellement leur adhésion. Et ils reviennent souvent subjugués par la taille et la qualité des installations. Practice dernier cri, zones d'entraînement au petit jeu, parcours voisin en accès libre et gratuit (avec entretien impeccable la plupart du temps), sans compter les équipements prévus pour l'entretien physique des athlètes (et qui peuvent servir à plusieurs équipes sportives de la fac) : tout est mis à la disposition des étudiants golf pour la réussite de la fac à court terme, et leur propre réussite à moyen et long terme.
Des installations qui, parfois, sont tellement qualitatives que des athlètes choisissent de continuer à les utiliser, même après avoir décroché leur diplôme. Paul Barjon, par exemple, ancien de la Texas Christian University (TCU), s'est installé près du campus et s'y entretient toujours. On parle là d'un joueur ayant évolué sur le PGA Tour.
La question du coût des études est un sujet très présent dans le débat public américain, et dans la société étatsunienne en général. Dans les plus grandes universités, le prix à débourser pour un cursus de quatre ans peut aisément atteindre les six chiffres (non, on ne parle pas d'anciens francs, mais bien de dollars, nouveaux).
Pour ce qui est des cursus d'athlètes, cette question est beaucoup moins prégnante. Tout simplement parce que beaucoup parmi eux disposent d'une bourse finançant, si ce n'est entièrement, du moins en très grande partie leurs études. Tout simplement car les facs, aux ambitions sportives assumées, cherchent à attirer les meilleurs profils dans leurs rangs. Et un argument de poids est de rendre les études abordables financièrement.
Les bourses ne sont toutefois pas distribuées uniquement au bon vouloir des universités. La NCAA établit des règles, notamment concernant la division I. Par ailleurs, elle fait la différence entre les bourses complètes données à des athlètes, et les aides selon les critères académiques. Par ailleurs, le nombre de bourses par sport dans une même fac est limité. Bref, le système recèle mille et une ramifications, mais l'essentiel est qu'il offre une aide substantielle aux jeunes désireux de venir effectuer un cursus golfique aux États-Unis.
Les universités américaines sont une voie possible vers les hauteurs du golf professionnel. Mais elles offrent aussi comme avantage de permettre à tous les athlètes de sortir de leurs murs avec un diplôme académique en poche. Car le sport de haut niveau en général (et le golf en particulier) a forcément son lot d'incertitudes. Si jamais les ambitions sportives d'un athlète ne se concrétisent pas dans les années qui suivent sa sortie de fac, son cursus hors golf se retrouve mécaniquement à prendre de la valeur.
Il arrive même que les ambitions et les envies de l'athlète en question changent durant son séjour sur l'autre rive de l'océan. Des exemples existent de joueurs ou joueuses arrivé(e)s avec l'envie de se lancer dans une carrière professionnelle, mais qui ont réalisé en cours de route qu'une activité d'une autre nature leur irait tout aussi bien. Et dans ce cas précis, leur diplôme académique s'est rapproché du centre de leurs préoccupations. Il arrive même que leur future carrière s'effectue dans les facs elles-mêmes, mais cette fois-ci côté encadrement. C'est le cas de l'ancien joueur français du Tour européen Adrien Mörk, désormais entraîneur principal à la fac de Florida Atlantic, après avoir passé six saisons dans le staff de coaching de TCU. Plus récemment, Justine Fournand, qui compte plusieurs sélections en équipe de France amateur Dames, est devenue assistante coach à la fac de North Carolina.
Cela nous amène à la dernière catégorie d'étudiants effectuant un cursus golf en universités américaines : ceux pour qui le golf est la raison principale de leur arrivée, mais pas leur point focal majeur une fois sur place. Tous genres confondus, plus de 19 000 jeunes sont en cursus golf actuellement aux États-Unis, selon le site web ScholarshipsStats. Une population bien trop nombreuse pour alimenter les circuits professionnels sans qu'il y ait de déperdition.
Simplement, des jeunes profitent parfois de l'opportunité d'obtenir une bourse, ou du moins des aides académiques, pour partir étudier aux États-Unis sans que cela ne coûte des sommes exorbitantes. Un bon niveau de golf, même s'il est loin de leur permettre d'entrevoir une carrière professionnelle, est parfois suffisant pour qu'une université leur offre une place dans son effectif. Dans ce cas, bien évidemment, le diplôme académique est le but final. Car c'est bien l'un des avantages du système américain : il permet de s'ouvrir une multitude de voies.