Dans l'imaginaire collectif, le golf est un sport de gentleman, où règne l'esprit sportif, l'étiquette... et le fameux fair-play. Mais qu'est-ce qui se cache derrière ce dernier terme, exactement ? Pas facile à dire. Éléments de réponse.

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Poignée de main entre Enzo Dakiche, de Chantilly (à gauche) et Lev Grinberg, de Saint-Nom-la-Bretèche, lors du dernier Championnat de France amateur par équipes de première division. © Lucas Hélin / ffgolf

Tous les gens pratiquant le jeu de golf ont dit cela au moins une fois à leurs proches qui ne connaissent pas encore le plus beau sport du monde : « Au golf, c'est fondamental le fair-play ». D'accord, c'est fondamental, mais... c'est quoi ? Non parce que la définition de fair-play, le Grand Larousse 2020 la donne en quatre lignes : « n.m. Pratique du sport dans le respect des règles, de l'esprit du jeu et de l'adversaire ». Histoire de bien remplir sa mission, le dico à la semeuse indique que la recommandation officielle est de parler de « franc-jeu ». C'est dit, maintenant restons sur le fair-play. Bon, pour le golf, respect des règles, on voit. Respect de l'esprit du jeu... ah, là il y a des choses à définir. Respect de l'adversaire, tout le monde est pour, mais ça sent à plein nez la longue liste de petits usages et autres règles tacites (bien vu). Alors partons explorer, niveau par niveau.

Niveau 1 : les règles

Il faut savoir que, si le principe du jeu de golf est très simple (jouer un parcours de 18 trous en frappant dans une balle le moins de fois possible), ses règles remplissent un bouquin tout entier. Dans leur version française en vigueur (celle de janvier 2023), les Règles de golf (que vous pouvez trouver en version numérique ici) font 223 pages, si l'on vous fait cadeau de l'index et autres appendices. Tout simplement parce qu'il existe de nombreuses formules de jeu, et qu'il est nécessaire de donner un cadre réglementaire à un maximum de situations extravagantes.

Pour être fair-play, il faut donc jouer en respectant ces règles. Du moins lorsqu'il s'agit d'une compétition. Si vous jouez une partie purement amicale et que vous faites quelques entorses aux règles dans le simple but de continuer à passer un bon moment, personne ne viendra jamais rien vous dire. Pour peu que l'on parle seulement, bien sûr, des règles. Le respect du terrain et des autres est une obligation permanente.

Bref, petite question, juste en passant : comment faire pour respecter des règles qui tiennent dans un livre de 223 pages ? Premier pilier : être bien au fait des règles principales. Obéissant à une sorte de principe de Pareto (celui qui dit que 80 % des effets sont produits par 20 % des causes), une part minime des règles de golf, au regard de leur volume global, parvient à solutionner la grande majorité des situations. Et pour le reste, à partir d'un certain niveau de compétition, des arbitres sont systématiquement présents, dont la mission principale est justement d'aider les joueurs et joueuses sur le terrain s'ils ont un doute sur une règle.

Et puis deuxième pilier, sans doute le plus important : l'auto-arbitrage. Au golf, il est attendu que le pratiquant s'applique les règles à lui-même, sans qu'il y ait l'intervention d'un arbitre avec son sifflet dans un sport collectif. Lorsqu'il commet ou pense avoir commis, même involontairement, un acte contraire aux règles, le fair-play exige de lui qu'il se dénonce et accepte l'éventuelle pénalité qui en résulte.

Un exemple, qui servira en même temps d'hommage à l'esprit sportif de son personnage principal. En novembre 2008, l'Américain J.P. Hayes est engagé à la deuxième étape de la Q-School du PGA Tour. Autrement dit dans un tournoi de qualification pour jouer sur le plus grand circuit du monde. Il a alors 43 ans, sort d'une saison plus que maussade niveau résultats, et se bat pour rester une année de plus dans l'élite. Déjà, au trou n° 12 de son premier tour, il se rend compte que son caddie lui a involontairement fait changer de balle au cours d'un trou. Ce qui n'est pas permis, hors cas de balle perdue ou noyée. Tout de go, il appelle un arbitre, expose la situation, et accepte les deux coups de pénalité qui en résultent. 

Le lendemain, un bon score le place favorablement pour aller à l'étape suivante de la Q-School. Mais une fois à l'hôtel le soir, il se rend compte d'un problème : l'une des balles qu'il a utilisées sur le parcours ce jour-là est un prototype de son équipementier. Or, jouer une balle non encore homologuée est interdit. Derechef, il appelle les officiels du PGA Tour, expose la situation, et cela ne peut avoir qu'une seule issue : sa disqualification. Personne, hormis lui-même, n'aurait été capable de déceler ces changements de balle indus. Il aurait pu se taire, personne n'en aurait jamais rien su, et il aurait poursuivi sa route dans la Q-School. Au lieu de cela, il s'est dénoncé lui-même à deux reprises, et cela l'a relégué du PGA Tour. Chapeau pour le fair-play. Ah, et vous vous demandez peut-être combien de coups il avait tapé avec la balle prototype ? Deux...

Niveau 2 : l'esprit du jeu

Pour être fair-play, si l'on suit toujours la semeuse, il faut donc respecter l'esprit du jeu. Question n° 1 logique : c'est quoi, l'esprit du jeu de golf ? Ça sent encore le truc que tous les initiés connaissent mais qui n'est expliqué nulle part. Que nenni ! Les Règles de golf, toujours elles, spécifient clairement ce qui est dans l'esprit du jeu. Mais alors où ça, dans une annexe à la page 246, en petit au crayon dans la marge ? Négatif. Dès la règle 1.

Cette dernière s'intitule en effet « Le jeu, le comportement du joueur et les règles ». Dès le bas de la première page de cette première règle, le paragraphe 1.2a stipule la chose suivante, ouvrez le ban :

Il est attendu des joueurs qu’ils jouent dans l’esprit du jeu en :

  • Agissant avec intégrité – par exemple en respectant les règles, en appliquant toutes les pénalités, et en étant honnêtes dans tous les aspects du jeu.
  • Faisant preuve de considération envers les autres – par exemple en jouant dans un bon rythme, en prenant garde à la sécurité des autres, et en ne perturbant pas le jeu des autres joueurs. Si un joueur joue une balle dans une direction où elle risquerait de frapper quelqu’un, il devrait immédiatement prévenir, en criant un avertissement tel que le traditionnel « balle ».
  • Prenant bien soin du parcours – par exemple en replaçant les divots, aplanissant les bunkers, réparant les impacts de balles, et en ne causant pas au parcours des dommages inutiles.

Fermez le ban. Donc les questions de rythme de jeu (et donc d'éviter le jeu lent), de sécurité de tout le monde et de respect du parcours sont à inscrire dans la galaxie du fair-play. Le législateur golfique, dans son infinie sagesse, a décidé d'en faire la première règle.

Niveau 3 : le respect de l'adversaire

Troisième échelon, dans les critères énumérés par Larousse, le respect des adversaires. Lesquels, d'ailleurs, ne sont couramment pas désignés ainsi dans l'univers du golf, si ce n'est dans la formule du match play. Pour le reste, on préfère parler de « partenaire de jeu », ou de « co-compétiteur ». Histoire de dire que chacun joue pour soi et pas contre l'autre, même si techniquement, on se trouve quand même en concurrence. Car oui, au golf, en compétition, on ne joue jamais seul. Si cette compétition est en simple, on se trouve toujours au sein d'un groupe de deux ou trois, qui avance sur le parcours en même temps.

Et donc, comment être fair-play en respectant l'adversaire au golf ? Les règles citent l'exemple du jeu à un bon rythme, mais les usages bien vus ne s'arrêtent pas là. Le fait de se tenir à l'écart du champ de vision de l'autre lorsqu'il s'apprête à jouer et de ne faire aucun bruit est dans la même catégorie. Pareil pour le fait, sur le green, de ne pas marcher sur la ligne de son prochain putt. Une petite trace de pas ou de crampon n'est peut-être pas de nature à changer une trajectoire, mais montrer qu'on y fait attention va bien dans la panoplie du chic type. Tout comme le fait de dire « bien joué » ou de lever le pouce lorsque le partenaire de jeu fait un joli coup. Après tout, n'est-ce pas agréable lorsque, soi-même, on reçoit ce même compliment ? Et puis une dernière pour la route : à la fin de la partie, la petite salutation aux partenaires, comme à la fin d'un match de tennis au-dessus du filet. Poignée de main, bise, check, hug à l'américaine, à votre guise, tout cela est très bien.