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Mathieu Decottignies-Lafon : « Enfin, je quitte l'Enfer »

Sacré n° 1 du Pro Golf Tour à l'issue du dernier tournoi de la saison, Mathieu Decottignies-Lafon retrouvera en 2022 le Challenge Tour, un circuit qu'il abordera mieux armé qu'en 2019, et avec une plus grande confiance en ses capacités.

Mathieu Decottignies-Lafon
Le Lillois retrouvera le Challenge Tour l'an prochain. Stefan Heigl / Pro Golf Tour
04-06
octobre
CASTANEA RESORT CHAMPIONSHIP
LIEU : Golfresort Adendorf, Allemagne
CIRCUIT : Pro Golf Tour

Il a fallu attendre six trous de play-off pour que Mathieu Decottignies-Lafon soit enfin fixé sur son sort. Mercredi dernier, le Lillois a assisté, impuissant, au duel final opposant Timo Vahlenkamp à Robert Foley pour le gain du Castanea Resort Championship, la finale du Pro Golf Tour. Et après plus d'une heure de prolongation, c'est la victoire de l'Allemand sur le Suisse qui lui a offert l'imposant trophée de vainqueur du circuit satellite, un exploit réalisé une seule fois par un Français, son compère Antoine Schwartz en 2016. Comme en 2019, le golfeur de 28 ans évoluera donc à temps plein sur le Challenge Tour la saison prochaine, avec une confiance accrue et l'expérience retirée des erreurs du passé.

Comment avez-vous vécu le dénouement du Tour Championship ?
J'étais frustré par le fait de ne pas participer à ce play-off, car cette semaine-là j'avais clairement le jeu pour y aller, voire même pour l'éviter. Mais je n'ai pas été assez incisif sur les greens, donc avec un putting en berne c'est toujours compliqué de jouer la gagne. Malgré cela, c'était quand même bien d'avoir accroché la troisième place (à trois coups, ndlr). Je suis sorti par la grande porte, en remportant l'ordre du mérite, mais je retiens quand même le fait que si j'avais raté trois ou quatre petits putts de moins, j'aurais pu gagner mon troisième tournoi de la saison.

Néanmoins, on imagine que finir l'année n° 1 est une source de fierté ?
Oui, bien sûr, c'est cool ! Mais l'objectif de début d'année était de gagner trois fois. Enfin, après avoir gagné deux fois en 2015 et en 2018, c'était quand même chouette d'en gagner deux autres cette année, et de quitter le Pro Golf Tour par la grande porte. Je savais que mon jeu me permettrait de réaliser ce genre de choses, mais c'est surtout l'attitude que je retiens de cette saison. Les putts ratés ont eu beaucoup moins d'impact sur mon jeu et sur mes résultats que par le passé, et c'est vrai qu'à force de bien jouer et de pilonner les drapeaux, ils ont fini par tomber un peu plus qu'avant. Alors que les années précédentes je rendais des +1 ou +2 sur des parcours en carton, cette année c'était plus des -3 ou -4, avec pas plus de réussite sur les greens. Donc le travail sur l'attitude a vraiment été la clé cette année.

Comment avez-vous travaillé ce secteur de la performance ?
Ça a été un boulot principalement en dehors du golf pour comprendre comment je fonctionnais, quelles énergies circulaient en moi sur le parcours. J'ai cherché à déterminer ce que je voulais garder, et ce qui ne me servait pas à grand-chose. Aujourd'hui, je sais d'où vient telle ou telle pensée quand je suis sur le parcours, et je suis capable de savoir si ça m'est utile ou s'il faut que je la jette. J'essaie aussi de relativiser le stress qui peut m'envahir, en me disant que si je stresse, c'est parce que je suis dans une position où je peux faire quelque chose de bien, car on ne stresse pas quand on est à +3 ou +4. Maintenant, quand j'ai le cœur qui bat, j'essaie d'en profiter à fond et de transformer ce stress en énergie positive. J'ai été aidé par les personnes qui m'encadrent dans la structure Rank Up Golf Squad, à laquelle appartiennent aussi Julien Brun, Félix Mory et Ugo Coussaud : Mathieu David, Adrien Leurent et Robin Cocq. Ils m'ont permis de voir que d'un point de vue technique je n'avais pas grand-chose à vraiment améliorer, mais qu'en termes d'attitude il fallait que je me serve plus de mes bons côtés pour minimiser les mauvais. J'aime bien sentir mon cœur battre sur le parcours, mais j'ai mis de côté toutes les pensées négatives liées au fait d'être sur la troisième division, sur des parcours pourris, pour me concentrer uniquement sur mon taf.

Decott

Qu'est-ce que vous vous dites à la pensée de revenir sur le Challenge Tour ?
Enfin, je quitte l'Enfer ! (rires) Je le dis en rigolant, mais je le pense vraiment. D'abord, parce qu'on joue des parcours qui pour la plupart ne sont pas sélectifs, ce qui met beaucoup de joueurs dans le coup pour la gagne, car n'importe quel mec qui putte à peu près correctement peut avoir sa chance sur une semaine. Ça m'a longtemps rendu fou, mais je l'ai complètement accepté cette année pour me concentrer sur mon boulot. Ensuite, il y a très peu d'argent en jeu, mais ça c'est normal puisqu'on est sur la troisième division. Et enfin, c'est très mal géré : c'est un circuit où il n'y a aucun échange entre les joueurs et les dirigeants. On a l'impression d'être dans une école où les professeurs ne sont là que pour nous taper sur les doigts... Ça a été conflictuel entre eux et moi depuis que je fréquente ce circuit, et ça m'a longtemps affecté de voir qu'on ne pouvait pas discuter, leur donner notre ressenti de joueur. Donc cette année, au lieu de me battre pour faire changer les choses, je me suis dit que la meilleure chose à faire était de quitter ce circuit en étant bon sur le parcours. C'est pour ça que je suis vraiment content de finir n° 1, parce que j'en sors la tête haute en ayant réussi à me nourrir de toutes ces frustrations.

Votre dernière saison sur le Challenge Tour, en 2019, avait été ratée (160e, ndlr). Comment allez-vous aborder 2022 afin qu'elle soit réussie ?
Ç'avait été une saison pourrie, oui ! Le plus gros atout que j'ai pour la saison prochaine, c'est les leçons que j'ai tirées de mes erreurs. Lors de la trêve 2018-19, avec Benoît Ducoulombier, on avait voulu changer mon swing alors que ma frappe de balle n'était vraiment pas le problème pour rester sur le Challenge Tour ni même monter sur le Tour européen. J'étais monté en puttant comme un sagouin, mais cet hiver-là on n'avait rien trouvé de mieux que de changer mon swing... Ç'a été une grosse erreur, et je sais que je ne vais pas la reproduire cet hiver. J'analyse beaucoup mes parties via les statistiques, et je sais que ce n'est pas là-dessus que je dois travailler. Oui, je veux prendre un fairway de plus par partie, mais avant tout je veux continuer à m'améliorer sur les greens. Dans le long jeu, tous les voyants sont vraiment au vert. Ça a été le cas notamment à Pont-Royal et en Angleterre sur le Challenge Tour cette saison : j'ai fait 15e et 27e avec un putter sur courant alternatif ces deux semaines-là... Je sais que mon jeu n'a pas besoin d'être révolutionné pour atteindre mes objectifs.

Inconsciemment, j'associais mon putting à la réussite de ma carrière.

Comment expliquez-vous que le putting vous ait posé autant de problèmes ces dernières années ?
J'ai mis le doigt dessus récemment. Cette année j'ai gagné mon premier tournoi en Égypte en jouant de manière incroyable et en n'ayant quasiment pas besoin du putter. Ce genre de semaine arrive très rarement ! Sur le suivant où j'ai fait 5e, j'ai eu un bon tour de putting sur les trois. Plus tard dans la saison, j'ai franchi un cut de justesse en prenant 16 et 17 greens en deux jours, en plus en me mettant près des mâts, et je me souviens d'être sorti de ce tournoi en larmes, car je travaillais comme un acharné et je n'avais toujours pas de résultats. C'était très dur à accepter, car je savais que le travail avait été fait mais j'avais besoin de résultats pour prendre confiance. Avec Adrien, on a mis le doigt dessus en discutant : on s'est rendus compte qu'inconsciemment, j'associais mon putting à la réussite de ma carrière. Et même si je sais que le jour où je serai un bon putter j'atteindrai mes objectifs, j'avais cette pression en arrière-plan. Je n'arrivais pas à putter libéré, car au fond de moi, inconsciemment, je jouais mon avenir à chaque putt important. Du coup j'ai essayé d'oublier ces pensées, de me sentir bien sur les greens, et j'ai repris une posture qui ne ressemble à rien – pieds serrés, genoux collés, le corps avachi sur la balle – mais dans laquelle je suis beaucoup plus stable et à l'aise. J'avais complètement oublié à quel point j'aimais le putting, de voir une balle rouler sur un green et rentrer dans le trou ! Ça faisait dix ans que je puttais sans aimer ça... Donc à partir du moment où j'ai recommencé à prendre du plaisir, les résultats sont revenus : j'ai fini avec quatre coups d'avance la qualif' du tournoi en match-play, puis j'ai fait 3e, 1er et 25e en me faisant mal au dos. C'est sur cette série de tournois que j'ai assuré la montée, en scorant régulièrement -6 ou -7 tout en jouant juste correctement. Alors qu'avant, quand je jouais -6 ou -7, c'est parce que j'avais joué incroyable du tee au green tout en ne rentrant qu'un ou deux putts de plus de 3 m ! Donc kiffer le putting, prendre du plaisir sur les greens sans penser aux conséquences, c'est vraiment ce que je dois garder pour la suite de ma carrière. Cet hiver, je vais essayer de mieux comprendre ma technique pour qu'elle soit plus fiable et constante, mais l'essentiel sur les greens c'est quand même la lecture. Et après, ce n'est qu'une question de dosage, donc la clé pour moi n'est pas là, mais vraiment dans la façon d'aborder le putting du point de vue mental.

Vous êtes désormais établi au Portugal. Pourquoi ce choix ?
Je suis installé près de Lisbonne avec ma copine, car c'est un bel endroit, bien doté en bons parcours de golf, et bien desservi par un aéroport international. Et où la météo est plus agréable qu'en France ! Cet hiver je vais pousser jusqu'au sud du pays où se trouvent des parcours et des infrastructures d'entraînement exceptionnels. Ça va être un bon endroit pour travailler le putting tout en prenant du plaisir ! Partir au Portugal a été un choix pour me responsabiliser, pour apprendre à me gérer quand ça ne va pas. Quand tout va bien, il n'y a pas de problème, mais quand ça ne va pas je pouvais avoir tendance à trop me reposer sur mon encadrement pour trouver des solutions. Donc le fait d'être parti vivre là-bas me permet d'être plus autonome dans mon fonctionnement, même si je reste en contact quasi quotidien avec mon staff. Cette année, je n'ai vu mon coach Laurent Cabannes qu'une seule fois. En mai, j'ai changé quelque chose dans mon swing et je suis repassé dans un système en fade, chose qui m'a fait peur puisque c'est le fade que j'avais voulu adopter avant la saison 2019, et ça n'avait pas marché. Sauf qu'aujourd'hui, je tape de vrais fades, c'est-à-dire que mon drive carrie 275 m. Et Laurent m'a dit que ça lui était égal, tant que j'avais de la distance, et même que ça lui plaisait parce que mes ratés seraient moins ratés. Il m'a donné beaucoup de confiance et j'ai poursuivi dans cette voie, et deux semaines après j'ai gagné.

Comment se présente 2022 ?
Ça va commencer en février en Afrique du Sud, comme les années précédentes, donc je vais essayer d'aller m'entraîner cet hiver dans des endroits où l'on peut trouver une herbe qui ressemble à celle qu'il y a là-bas, car après ces trois tournois il se pourrait qu'il y en ait trois autres un peu plus tard. Donc clairement, si tu gères bien ces six tournois, ça peut très bien te lancer pour la saison. Mon objectif comme chaque année sera de gagner trois fois, ça ne va pas changer parce que c'est le Challenge Tour. Bien sûr je sais que j'ai du travail à faire pour le réaliser, mais je suis confiant sur le fait qu'avec le travail les résultats viendront. J'ai aussi envie d'aller aux USA cet hiver pour aller voir mon équipementier Cobra là-bas et faire mon sac en direct avec eux pour être sûr de ne pas avoir de problèmes l'an prochain. J'en profiterai peut-être pour jouer un Monday Qualifier ou deux. Et il y a aussi un mini-tour dans le Sud du Portugal qui a l'air sympa, avec des tournois sur deux jours, donc je vais aller en jouer quelques-uns. Je retournerai peut-être aussi à Dubai où il y a un cercle de joueurs dans un club qui font des compétitions entre eux, où chacun met un billet. Je l'avais fait l'hiver dernier et c'était très sympa de jouer avec des mecs comme Shiv Kapoor ou Li Haotong.


Par Alexandre MAZAS
13 octobre 2021