Le golf, le golf, toujours le golf. Et si, pour une fois, on parlait d'autre chose ? Avec Antoine Rozner, on a appris l'art délicat de la becquée qui fait « miam miam », on a refait le classement du Ballon d'or et on a découvert ce qu'était un bananophobe.

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Un bananophobe se cache sur cette photo. © Luke Walker / Getty Images - AFP

Déformation professionnelle oblige, on a tout de même abordé en prologue l'actualité sportive d'Antoine Rozner. De retour de Corée du Sud au moment de l'interview (mardi 27 octobre), le Parisien de 33 ans a profité de quelques jours en France pour recharger les batteries avant d'attaquer le premier Play-Off du DP World Tour, l'Abu Dhabi Aldar Championship, qui se déroule depuis jeudi 5 novembre. Avant de le joindre, on a demandé au Racingman une petite liste des choses qu'il aimait et une autre de ce qu'il détestait. Dans la seconde, il a mentionné le retard. Alors que l'interview était prévue à 16 h 45 un mardi, le message suivant est finalement arrivé à 16 h 28 : « J'ai une galère je suis hyper en retard. On peut décaler à 18 h ? »

Détester le retard et être en retard, c'était du pain béni pour lancer cette discussion...
Mais ouais je déteste ça, désolé ! Mais j'avais un autre appel avant celui-là où la personne en face avait 40 minutes de retard. Ça m'a énervé, en plus c'était un premier rendez-vous donc ce n'est pas dingue. Mais effectivement, je n'aime pas être en retard et tout autant les gens en retard.

Maintenant, on peut réellement commencer avec un sujet rare : celui d'être papa pour la première fois (un heureux événement survenu au printemps dernier, ndlr). Ça change la vie ?
Ça change tout. Toute ta vie est complètement bousculée : tes habitudes d'avant, tes entraînements, ta façon d'aborder une compétition, ta vision de la vie. C'est un amour complètement différent de tout ce que j'avais connu avant. C'est ton sang et ta chair, c'est vraiment un amour passionnel. Je ne pensais pas m'attacher autant et aussi vite à ma fille. C'est arrivé dès le premier jour, c'était assez incroyable. Je suis un papa très gaga ! On m'avait dit que quand c'est son enfant, c'est exceptionnel, mais je ne pensais pas que ce serait à ce point-là. La chose la plus importante maintenant, c'est elle.

Qu'est-ce que tu préfères dans le fait d'être papa ?
Déjà, le moment où je rentre à la maison. C'est toujours hyper amusant. Et puis le fait de pouvoir transmettre un amour, la vie… C'est quelque chose d'unique et de très beau. Pour l'instant, je m'amuse énormément.

Est-ce que tu fais partie de ces parents qui ouvrent la bouche en même temps qu'ils donnent la becquée ?
Oui ! Et il y a même des petits mots qui sortent, genre « miam miam », alors que ça n'a absolument aucun sens. Il y a des moments où ta fille ne veut pas ouvrir la bouche, donc tu essaies de trouver tous les moyens possibles. Tu développes des techniques : la cuillère dans une main, l'autre pour essayer de lui faire ouvrir la bouche en même temps que toi… C'est très particulier.

Quand on devient papa, est-ce qu'on a encore le droit de faire des trucs de grand enfant… comme conduire une Formule électrique ?
Bien sûr que oui : ma fille était même là pour me voir conduire ce jour-là ! D'ailleurs j'ai appris que l'on dit des pilotes qu'ils perdent un dixième au tour après être devenus papa. Une amie qui travaille dans le sport automobile m'a assuré que c'était assez véridique. Je pense pas qu'il existe une version golf ; au contraire, ça nous apporte plus de force mentale. Quand on rentre à la maison, on retrouve tout de suite le sourire. Ou quand ma femme m'appelle en FaceTime et qu'elle me montre ma fille, tout est oublié. Ça sert surtout dans ces moments-là.

Sans transition : il paraît que tu as un dégoût certain pour la banane...
Ah oui, horrible ! Je déteste la banane depuis toujours. Et ça m'embête, parce que sur les parcours de golf ce serait tellement plus simple d'en emmener et d'en manger. C'est très bien pour la nutrition. Mais je suis dégoûté de la banane : dès qu'il y a un banana bread, un gâteau à la banane ou une salade de fruits avec de la banane, je suis obligé de faire le tri.

Les dictionnaires d'Internet valent ce qu'ils valent mais ils te classent parmi ceux atteints de... bananophobie. Ça t'inspire ?
Ah bah voilà, c'est bien, on apprend des nouveaux mots. Très heureux de me savoir bananophobe !

Sans transition toujours : la cérémonie du Ballon d'or a eu lieu hier soir (au moment de l'interview, ndlr). Tu es d'accord avec le classement final ?
Ah non, pas trop. Harry Kane n'a pas gagné de trophée cette année. Certes, il est hyper impactant, à Munich comme avec l'Angleterre, mais pour moi, il faut ramener des trophées pour mériter le Ballon d'or. Je ne remets pas du tout en question son énorme talent, mais il y avait peut-être un meilleur choix. Kylian Mbappé l'aurait mérité mais il n'a pas eu de trophée non plus, bien qu'il a quand même fini meilleur buteur de la Coupe du monde. Ou sinon Lamine Yamal, qui a fait une saison folle et qui a été champion du monde avec l'Espagne.

Tu es de la génération qui a connu les Galactiques du Real, le vrai Big Four anglais, la domination de l'Inter, un PSG-OM plus équilibré qu'aujourd'hui. Le foot, c'était mieux avant ?
Pour un supporter du PSG, j'ai envie de te dire que non. Mais c'est vrai qu'il y avait des rivalités énormes à l'époque. Je pense à l'Inter contre l'AC Milan, à Manchester United contre Liverpool FC… J'ai fait mon premier classico PSG-OM au stade à l'âge de 15 ans - Pauleta était à Paris et Barthez à Marseille - et j'en garde un souvenir sympa avec beaucoup d'intensité, à tel point que c'était parfois un peu haché. Mais comme tous les sports, le football s'est beaucoup professionnalisé. Tout est hyper carré, rien n'est laissé au hasard et ça paraît peut-être un peu moins un jeu naturel. Ça a peut-être perdu un peu de sa beauté.

Tu t'es déjà fait ce genre de réflexion sur d'autres sujets de la vie ?
Je ne me suis pas forcément posé la question. Après, quand on est jeune, on a aussi une forme d'insouciance sur certains sujets. On prend plus de plaisir à voir des films au cinéma, parce qu'on a un regard jeune, sans trop se poser de questions sur ce qui se passe. C'est sûr que la magie de la vie est immense.

Conserver une certaine insouciance, c'est quelque chose que tu essaieras de transmettre à ta fille ?
Oui, bien sûr. Essayer de faire en sorte qu'elle s'amuse dans tout ce qu'elle fera. Garder l'amusement au centre de ses activités. Si un jour elle joue au golf ou qu'elle fait un autre sport, je veux que ça reste un jeu. Que tout soit fait par passion parce que c'est le côté amusant et instinctif de la vie.