Tous les golfeurs s’énervent. Mais entre le juron libérateur et le fer 7 en orbite, il y a une marge. On a donc demandé à deux pros, Tom Vaillant et Pauline Roussin-Bouchard, leurs conseils pour péter un plomb dans les règles de l’art.

On dirait pas comme ça mais cette balle peut aussi bien finir dans une poche qu'un obstacle d'eau. © Jasper Wax / Getty Images - AFP

Il y a ce putt de soixante centimètres qui fait le tour du trou avant de ressortir. Ce drive parfaitement centré qui finit, on ne sait comment, derrière le seul arbre du fairway. Et cette sortie de bunker qui retombe… dans le même bunker. Autant de déconvenues qui mènent à une étape du golf et de la vie qui fait parfois du bien : la colère. Personne n’y échappe, pas même les pros. Tom Vaillant en sait quelque chose, surtout quand les semaines de compétition s’enchaînent : « On est sur un sport d’acceptation et les nerfs sont sollicités pour résister à la frustration. Quand tu joues régulièrement, que tu t’entraînes beaucoup et que tu as beaucoup d’attentes, il arrive un moment où tu la supportes un peu moins. » Alors lui comme beaucoup d'autres a le besoin de s'énerver. Mais de la bonne manière. Et pour lui, cette définition est simple : « C’est la manière qui permet de pouvoir lâcher toute la frustration au point de passer facilement au coup d’après. »

Les mots plutôt que les maux

Pour arriver à cette destination d'exaltation, il y a plusieurs chemins. Et le premier est celui de la parole. L’évacuation verbale a le mérite de ne rien casser, sinon les oreilles des partenaires. Encore faut-il choisir son vocabulaire. « J’ai entendu des choses, même de la part de joueuses françaises, que je ne pourrais même pas répéter », prévient Pauline Roussin-Bouchard. Mais celle que l'on a contactée pour sa capacité à afficher un large sourire sur le parcours après avoir passé son sac à tabac estime qu'il n'y a pas besoin de fleurir autant sa langue. Quelques syllabes bien senties suffisent. « Rien ne vaut un bon “putain”, sourit la Française. J’utilise généralement “va chier”. Mais tout est dans la manière de le dire, et surtout dans la cible. » Car il y a une règle d’or lorsque l'on s'énerve : on ne s’en prend jamais à soi-même. Tom Vaillant connaît le piège : « On pense que ça fait du bien mais le problème, c’est que tu te détruis intérieurement et donc ta confiance avec. » Même tarif pour l’autodérision estime sa consoeur du LPGA Tour, c’est même la seule vraie interdiction : « Le sarcasme envers soi-même, c’est hyper dénigrant. Ça peut faire rire le public, mais pour celui qui le fait, c’est trop destructeur. »

Le sarcasme trouve tout de même sa place lorsqu'il est tourné vers un autre élément, à l'instar de la balle. Dans ce domaine, l’Anglais Tyrrell Hatton a inscrit son nom au panthéon du ragequit (expression utilisée dans l'univers du jeu vidéo pour désigner le fait de réagir à une situation jugée injuste). Réputé pour ses accès de colère sur le parcours, le Britannique a fait partie d'une vidéo promue par le DP World Tour qui a trouvé sa popularité dans un geste : lever son pouce plutôt que d'insulter la planète entière. Une approche que valide celle que beaucoup surnomment « PRB » : « C’est une vraie blague, ce n’est pas un sarcasme dénigrant donc c'est génial. » La règle est donc simple : se moquer de la situation oui, de soi non.

Lancer, frapper, planter : l’art de la gestuelle

Il a toujours été louable de joindre le geste à la parole dans la vie de tous les jours. Pour ce qui est de la rupture de durite, mieux vaut faire un choix. Et visiblement, l'exorcisme manuel est très répandu chez les golfeurs. Chacun a déjà été témoin d’une envolée de club, d’un assouplissement net du shaft ou d'une résonance dans le cuir du sac ; pour la raison simple que, quel que soit le contact, il défoule. Dans un excellent rapport technique/défouloir, on trouve le lancer de balle. Tom Vaillant a sa méthode : « Tu finis le trou, tu prends la balle et tu la jettes le plus fort possible dans la forêt. » Avec une recommandation d’ordre médical de la part du joueur emplein d'humour : bien s’échauffer l’épaule, au risque de se blesser bêtement.

Le lancer de club, lui, demande déjà une certaine maîtrise. « Il faut déjà choisir l'axe de décollage, explique-t-il. À l'horizontal, c'est mieux qu'à la verticale, car à la retombée il y a moins de risque de casse. Et puis ce bruit d’hélicoptère quand tu le lances, il est quand même vraiment cool. » Pauline Roussin-Bouchard ajoute une consigne de bon sens : ne jamais viser un arbre, sous peine de devoir aller récupérer son club dans les branches. Un piège dont elle a été témoin pour certaines de ses paires du circuit. Quant à l’arbitre, mieux vaut ne pas l’avoir dans les parages. « Quand il arrive et que tu prends une amende, tu as vraiment l’air con », reconnaît Tom Vaillant.

Mais ce que les joueurs préfèrent, ce sont les gestes qui produisent un contact. Inconsciemment, c’est une passion pour la troisième loi de Newton qui s’exprime : à toute action, une réaction. Il y a le bruit de l’impact suivi par l’énergie qui remonte dans la main et le bras. Pour ceux qui veulent aller au bout de la démarche, le joueur savoure de décrire la sensation de fracturer un shaft en bonne et due forme. Exit la technique sur la nuque, rendue célèbre par Thomas Pieters, qu’il range « au panthéon du cassage de club » tout en la jugeant franchement dangereuse. Sa préférence va au genou : « Tu le cales sur le devant de la rotule, sur ce petit tendon assez dur, et tu tires les deux extrémités. Tu n’as pas de risque de te blesser, et ce petit bruit de clic est exceptionnel. » Une décompression que Pauline Roussin-Bouchard, elle, retrouve davantage dans ce qu'elle a nommé le coup d'Excalibur. « Ça consiste tout simplement à planter le club dans le sol. Il faut faire attention que ce soit assez mou quand même pour que le club reste dedans, et pas qu’il se casse en deux. »

Le gant, valeur refuge

Il est une méthode sur laquelle les deux experts s'accordent. Le geste le plus efficace, et l’un des plus répandus sur le circuit, consiste à déchirer son gant. « Je le déchire d’abord par le scratch, d’un coup très violent et ensuite j'attaque les doigts un à un. Et c'est très facile parce que, lorsque tu t'énerves tu produits du cortisol (hormone stéroïodienne appelée communément hormone du stress, ndlr) qui rend tous tes gestes vraiment chirurgicaux » s'amuse-t-il. Le bonus ? Essayer de l’enfiler à nouveau pour constater les dégâts. Chez son aînée de 26 ans, le résultat est tout aussi spectaculaire. « Il y a beaucoup plus de satisfaction parce que tu peux vraiment continuer de le déchirer. Un club, une fois qu’il est cassé, tu ne t’acharnes plus dessus. Un gant peut finir en mille morceaux, façon guirlande de Noël. J'en retrouve parfois des bouts au fond de mon sac. » 

Le matériel, ça se respecte


mots-clés