Le golf, le golf, toujours le golf. Et si, pour une fois, on parlait d'autre chose ? Avec Ugo Coussaud, on a séché un cours de latin, trouvé le meilleur moyen de se gratter l'oreille et ressorti une coupe de cheveux douteuse au cours d'une parenthèse canadienne de sa vie.
Déformation professionnelle oblige, on a tout de même abordé en prologue l'actualité sportive d'Ugo Coussaud. En pause cette semaine, l'Angoumoisin qui évolue sur le DP World Tour reprend dès la semaine prochaine en Espagne pour dérouler la fin du calendrier européen. Objectif : engranger un maximum de points pour participer aux deux play-offs de fin d'année. En attendant, du côté de Biarritz, il attend patiemment la reprise, tout comme un dressing attend impatiemment sur son palier d'être assemblé dans son appartement. Avant les premiers coups de tournevis, il a trouvé un peu de temps pour parler de tout… sauf de golf.
C'était quoi la vie du petit Ugo Coussaud ?
Je suis d'Angoulême et j'y ai grandi sans jamais en bouger. Mon enfance, elle a eu un avant et un après le divorce de mes parents. Avant, on vivait dans une grande maison avec un beau jardin et une belle pelouse. Mon père était agriculteur, et ma mère s'est mise à travailler quand on a été un peu plus grands, ma petite sœur et moi. Quand j'avais 11 ans, mes parents se sont séparés, mais dans de super conditions. On a toujours pu aller voir notre père quand on voulait, il habitait juste à côté et ils s'entendaient très bien. J'ai eu beaucoup de chance. Avec ma mère, on a emménagé dans une maison de ville, avec moins de jardin mais une petite piscine. Elle a toujours eu un côté créatif, un goût pour l'architecture et la décoration intérieure. Côté sport, : j'ai beaucoup joué au rugby et au handball. Bref, une famille tout à fait normale, très détendue, avec des parents qui m'ont donné de bonnes valeurs sans être dans l'hypercontrôle.
Il paraît que tu adorais faire le pitre et que tu étais un peu tête en l'air. C'est véridique ?
J'étais un bon branleur, oui (rires). Mais un gentil branleur. J'avais juste du mal à tenir en place, surtout à l'école. Au collège, il n'y avait pas un jour sans un mot à faire signer dans le carnet : une connerie, une histoire, une bagarre… Les jours où je rentrais sans rien, ça tenait du miracle ! Je me souviens avoir pris l'option Latin en 5e ; on me l'avait vendue en me disant que si je la prenais, je serais dans la même classe que mes potes. Résultat, j'ai fait Latin et j'étais dans une autre classe que celle de mes potes. Pendant trois ans. J'ai complètement perdu l'intérêt, la seule chose qui me plaisait, c'était la partie histoire. Pour le reste, j'étais le pire élève : celui qui s'en fiche, qui sait que ça ne lui servira à rien. Mais toujours respectueux avec la prof !
Et aujourd'hui, toujours à faire le pitre ?
J'aime bien raconter des conneries oui. Je ne suis pas un blagueur à faire des truc ridicules à mes potes, mais j'ai grandi dans un esprit de sport collectif, de grande amitié du côté de mon père et entre mecs, ça chambre beaucoup. Une de mes idoles de jeunesse, ça a été Laurent Baffie donc ça a aiguisé la répartie forcément.
Être bon vivant, ça veut forcément dire aimer la bonne bouffe et les bonnes bouteilles ?
Je ne sais pas, mais moi, en tout cas, j'adore ça. Le côté bonne table me vient clairement de mon père et de ses potes, mais aussi de ma mère, qui est une super cuisinière. Depuis qu'on est gamins, elle a toujours fait attention à nous préparer des bons plats, à nous inciter à manger sainement et à éviter les cochonneries. Ça devrait être normal, mais ce n'est pas le cas pour tout le monde malheureusement. Elle m'a aussi appris à tout goûter, à être curieux dans l'assiette. Et puis il y a Lionel, un ami de mon père avec qui j'ai passé énormément de temps quand j'étais gamin. Aujourd'hui encore, on fait des dégustations et des restos ensemble. Il m'accompagnait en tournoi, m'emmenait dans des bons restos et m'a appris à sentir le vin, à le goûter aussi - avec modération. C'est devenu une vraie passion vers 23-24 ans. Et quand tu aimes le vin, tu ne peux pas ne pas aimer la nourriture qui va avec, surtout en France.
On prête à Charlie Chaplin cette citation : « Il faut garder un cœur d'enfant pour vivre dans un monde d'adultes. » Tu es d'accord ?
Carrément. Je passe mon temps à essayer de vivre de bons moments. Je sais qu'il y a des moments où il faut bosser, mais mon métier, c'est un sport, c'est un jeu. Donc tu es obligé de garder un cœur d'enfant et de garder cette insouciance le plus longtemps possible, prendre du recul et un peu de légèreté... ça fait du bien. Ça aide à traverser plus facilement les moments désagréables, qui font aussi partie de la vie.
Tu te souviens du dernier moment où tu t'es dit : « Là, je kiffe » ?
Je sais qu'on ne doit pas en parler dans cette interview mais le golf fait mon quotidien et j'ai la chance de souvent avoir ce genre de moment dans ce cadre. Dernièrement, j'étais sur un premier départ à Crans-sur-Sierre : grand soleil, personne devant, la montagne en face... Tu te dis que c'est quand même un sacré moment.
Si jamais tu étais nostalgique de ta jeunesse insouciante, je vais te replonger dans tes études à Québec. C'était bien, la fac là-bas ?
C'était ouf. Insouciant, pour le coup. On a la chance, en France, d'avoir souvent des parents qui financent les études. Là-bas, j'allais en cours tranquillement, je bossais tranquillement et surtout, je passais du temps avec les potes à boire des coups. Je n'avais pas vraiment de plan. Je n'ai jamais vraiment cru que je pourrais vivre de mon sport, donc ce n'était pas un objectif. Je me laissais porter au fil des saisons : passer des cours, en rater, me débrouiller. La première année, j'avais raté la rentrée de septembre à cause d'une histoire de papiers, ce qui a tout décalé à janvier. Ça m'a laissé quatre mois à tuer à Angoulême, et ça m'a permis de travailler pour de vrai. J'ai été serveur et j'ai bossé de nuit dans un journal. C'est à peu près ma seule expérience de vrai travail, avec un patron et tout. Ensuite j'ai fait trois ans d'études, je suis revenu avant la fin du cursus, une main devant, une main derrière (rires).
C'était une bonne expérience le travail de nuit ?
Ça a duré un mois. J'arrivais à 22h et on gérait l'impression des journaux pour le lendemain. Je n'avais pas encore 18 ans et j'étais en conduite accompagnée. Quand j'étais chez ma mère, elle m'emmenait. Mais quand j'étais chez mon père, ça lui cassait les pieds de me déposer alors il me prêtait sa bagnole pourrie et je partais bosser : à 17 ans, sans permis. Un soir, il y a eu un barrage de police. J'ai contourné le barrage, j'ai appelé mon père pour le prévenir et il m'a dit : 'C'est bien gamin, va bosser maintenant !' - ça te donne une idée de la mentalité dans la famille (rires). Je ne sais pas si ma mère était au courant… elle le découvrira peut-être en lisant ça.
Tu penses quoi des gens qui se rasent la tête à blanc sur un coup de tête ?
Je pense surtout que j'ai un pote qui a beaucoup de gueule pour balancer ces infos ! À la fac, j'ai eu un stage de dix semaines en Floride avec des amis et on a eu un délire de groupe : on s'est tous rasés. Plus tard, on n'a pas fait mieux : on avait laissé une espèce de truc au milieu du crâne, une coupe iroquoise qui ne tenait pas pour moi parce que j'avais tout le temps le cheveu plaqué. Clairement, le Canada n'a pas été le firmament de mon style. Mais pour répondre, on a cette espèce de diktat des cheveux longs pour plaire aujourd'hui alors qu'on est bien mieux avec les cheveux courts. Je me suis tondu à un centimètre cet été et c'était très agréable.
Visiblement, tes amis ont une loyauté relative quand il s'agit de sortir des dossiers. Mais plus sérieusement, l'amitié est une valeur importante pour toi ?
Oui, c'est important. J'ai eu la chance de pas mal bouger et de garder des potes à chaque étape de ma vie : mes jeunes années à Angoulême avec le golf, la fac, puis Biarritz. Je suis très proche de ces gens-là, ils sont là depuis longtemps et je suis toujours content de les retrouver. Même si ce sont de sacrés serpents ! Mais la roue tourne comme disait Franck Ribéry, et j'en ai aussi quelques-unes à sortir sur eux. Il ne manque que l'occasion.
Question bonus : quand ça te démange dans l'oreille, tu te grattes comment ?
Avec un tee, un cure-dent, une clé, un tournevis... n'importe quoi tant que je l'ai sous la main. Mais personne ne fait ça ? Je dois tenir ça de mon père. En tout cas, il faut essayer. Mais il faut que ce soit petit ! C'est un moment de jouissance incroyable.