Théâtre actuellement du Championnat de France des Jeunes, le Domaine du Gouverneur n'échappe pas aux conséquences de l'intense sécheresse en cours dans notre pays. Il tente de s'adapter pour maintenir une qualité de jeu la plus optimale possible tout en faisant preuve de responsabilité et de sobriété.
Au Domaine du Gouverneur, qui accueille cette semaine le Championnat de France des Jeunes, les équipes d'entretien des parcours - le Breuil, le Montaplan et la Soche, qui représentent au total 45 trous - vivent sur le fil du rasoir depuis plusieurs années. « On est en restriction quasiment toute l'année depuis cinq ans », indique Germain Ruste, le directeur. « Ces restrictions sur l'utilisation de l'eau sont généralement levées pendant l'hiver, quand la situation s'améliore, mais en février, elles retombent régulièrement. » Malgré l'existence de trois bassins de rétention sur la propriété, les besoins en eau dépassent largement les ressources à disposition. « Il nous faudrait environ 50 % de plus, c'est-à-dire un réservoir de quatre hectares sur un mètre de profondeur », poursuit Germain Ruste. « Aujourd'hui, on a deux options : la première est de créer un nouveau bassin, la seconde d'agrandir ceux qui existent. Mais, dans les deux cas, ça représente beaucoup d'argent. »
Traiter l'eau comme un trésor
Face à cette situation, l'équipe d'entretien des parcours dirigée par Nicolas Grossier s'adapte pour optimiser au maximum l'approvisionnement en eau. Les forages dans la nappe phréatique étant condamnés depuis plusieurs années, les précipitations sont le seul moyen d'approvisionnement. « On essaie de capter la moindre goutte d'eau qui tombe sur la propriété pour l'acheminer, via les ruisseaux et les fossés et grâce à nos deux stations de pompage, dans nos bassins de rétention », explique ce dernier. Quant aux innombrables étangs qui parsèment la région de la Dombes, il n'est pas question d'y puiser ne serait-ce qu'un seau : « La plupart sont dédiés à la pisciculture. L'élevage de poissons est lui aussi une activité économique qui a ses contraintes et ses impératifs. » Sur le Domaine du Gouverneur, les six étangs consacrés aux carpes, brochets, sandres et autres blancs ont d'ailleurs permis de pêcher sept cents tonnes en 2025.
Après l'approvisionnement, l'utilisation de l'eau est le deuxième enjeu crucial. Même si le domaine a investi massivement il y a quelques années dans un système d'irrigation moderne et ultra-performant, qui permet de limiter les pertes en réglant à la goutte près l'arrosage des zones de jeu sur les parcours, un arbitrage est inévitable. « Aujourd'hui, nos stocks d'eau sont déjà quasiment tous passés, parce que ça fait depuis le 15 mai qu'on arrose comme si on était au mois d'août, afin de préserver les greens et leurs abords, ainsi que les départs », révèle Germain Ruste. « Dans la perspective de l'accueil du Championnat de France des Jeunes, ça a été notre priorité. Quant aux fairways, on a juste essayé de les maintenir en vie jusqu'ici, car les laisser mourir pour ressemer derrière prendrait beaucoup plus de temps et coûterait beaucoup plus cher. Mais au mois d'août, je ne sais pas vraiment comment on va pouvoir s'en sortir sans un peu d'aide du ciel... »
Changement chromatique
À l'image du Gouverneur, la conséquence la plus visible de cette pénurie en eau pour la très grande majorité des golfs français se résume en un seul mot : jaune, comme la couleur des surfaces de jeu peu ou non arrosées. « Ça fait un mois et demi que je vois du jaune de partout », constate Nicolas Grossier. « C'est déjà une habitude, et ça devient la norme. Ce qu'on vit depuis cinq ou dix ans ici, presque toute la France le vit cette année. » Pour que tous les golfeurs se familiarisent avec la couleur jaune des surfaces de jeu, le travail de communication mené depuis plusieurs années par la filière doit s'intensifier. « La plupart des gens n'ont aucun problème à jouer sur des fairways jaunes, mais certains clients n'acceptent pas ça. Ici, on a vu des gens s'arrêter après neuf trous et partir en nous disant "votre parcours, il est horrible, on s'en va" », se désole Germain Ruste.
Germain Ruste
Pour éduquer le golfeur à l'inéluctabilité de ce changement chromatique, le directeur et ses équipes ne ménagent pas leurs efforts en termes de communication. Par exemple, une gazette de six à huit pages dédiée aux questions d'entretien des parcours et de préservation de la biodiversité, particulièrement abondante au Gouverneur, est diffusée aux membres tous les trimestres. « On les alerte, on les sensibilise à ces sujets, et ils apprécient la démarche », sourit-il. « Mais c'est toute une filière qui doit accepter le fait que notre pays se réchauffe, et que les golfs n'ont pas des millions d'euros à dépenser pour garder leurs fairways verts toute l'année. Nous, on va essayer de se battre le plus longtemps possible, mais jusqu'à quand ? À un certain point, ça va devenir une simple question de chance. »
Hommage à Christophe Prévalet
Ancien surintendant du Domaine du Gouverneur pendant une trentaine d'années, Christophe Prévalet est décédé le 15 juin dernier, à l'âge de 61 ans, alors qu'il venait de prendre sa retraite. Lors de l'édition 2022 du Championnat de France des Jeunes, nous avions eu le plaisir d'échanger avec lui sur le même sujet. Nous adressons nos sincères condoléances à sa famille, ses proches et ses anciens collègues.
Son interview à relire ici
