Programme « Golf pour la biodiversité » : le golf de Touraine premier club labellisé bronze

Lancé en début d’année avec le Muséum national d’Histoire naturelle, le Programme « Golf pour la biodiversité » a décerné son premier label bronze au golf de Touraine, situé à Ballan-Miré (37). Structure pilote de ce programme, le golf a organisé une réunion rassemblant les responsables de la structure, les membres du comité de direction et des élus locaux.

En 2016, la Fédération française de golf et le Muséum national d’Histoire naturelle signaient un partenariat visant à engager le golf français dans une démarche en faveur de la conservation de la biodiversité. Le programme « Golf pour la Biodiversité » est alors né avec pour ambition de « connaître, protéger et partager la richesse naturelle des golfs français ».

L’enjeu est d’importance car sur l’ensemble du territoire français, on recense pas moins de 33 000 hectares de golfs. Ces parcours recèlent pour la plupart des surfaces conséquentes de milieux naturels variés, qui participent au patrimoine naturel du territoire français.

Si la sensibilisation aux questions environnementales est d’actualité depuis une vingtaine d’années, il est devenu aujourd’hui primordial de passer à la vitesse supérieure, tant l’érosion de la biodiversité s’accélère.

C’est de ce besoin d’action qu’est né le programme « Golf pour la Biodiversité » qui vise à labelliser les golfs qui s’engagent. Car à l’encontre des idées reçues, un golf peut être un lieu de préservation plutôt que de destruction de la biodiversité. 

Le programme repose sur une démarche volontaire des golfs et se concrétise par trois niveaux progressifs « bronze, argent et or », reposant pour chacun d’eux sur un cadre technique et scientifique défini par le Muséum national d’Histoire naturelle. Une centaine de golfs en France sont intéressés par la démarche, et 20 ont déjà signé leur lettre d’engagement (12 bronze et 8 argent). Une fois l’ensemble des étapes atteintes, les golfs labellisés sont récompensés par l’obtention du label, correspondant à leur niveau d’engagement.

Un panneau d'information mis en place par le Golf de Touraine.

La première étape pour les clubs décidant de s’inscrire dans le programme est de faire « expertiser » le golf par une structure naturaliste. Au golf de Touraine, premier golf à avoir finalisé la démarche, c’est la LPO Touraine (Ligue de Protection des Oiseaux) conjointement à la SEPANT (société d’étude, de protection, et d’aménagement de la nature en Touraine) qui s’en sont chargés.

Premier constat pour ces structures naturalistes, la richesse du golf en termes de biodiversité avec pas moins de 127 espèces floristiques, 22 d’oiseaux, 15 de papillons et 12 de libellules. Un panorama non exhaustif mais qui révèle l’existence d’espèces ayant une valeur patrimoniale importante car elles sont rares et/ou protégées dans le secteur d’étude, comme par exemple la présence d’orchidées sauvages, notamment l’orchis pyramidal. « Leur présence est un indicateur de la bonne qualité de l’habitat sur le golf et donc de la bonne santé de la nature. » explique Julien Présent, chargé d’études à la LPO, qui a remis le rapport effectué au golf de Touraine. Une fierté pour les dirigeants du golf, et pour son greenkeeper, Laurent Murail, acteur majeur de cet engagement et sensible à ces questions depuis une quinzaine d’années.

En parallèle, la structure naturaliste transmet aux golfs un rapport d’expertise contenant des recommandations sur les pratiques à adopter pour une meilleure conservation de la biodiversité. Au Golf de Touraine, « on peut encore améliorer l’accueil de la biodiversité, commente le représentant de la LPO, par exemple en laissant plus de zones non fauchées ou fauchées plus tardivement pour favoriser la reproduction de certaines espèces, ou encore en favorisant la recolonisation naturelle des zones humides par les espèces. »

Toutes les informations sur la faune et la flore observées au golf de Touraine sont ensuite publiées dans l’Inventaire National du Patrimoine Naturel, la base de données du Muséum national d’Histoire naturelle recensant toutes les espèces présentes en France, contribuant ainsi à partager la connaissance de la biodiversité du golf et du territoire dans lequel il s’intègre. Enfin, le label impose une restitution du rapport qui selon le souhait du golf peut être publique. Au golf de Touraine, cette réunion a rassemblé le Comité du golf, son Directeur Raphaël Arnoult, le Président de la ligue de golf de Centre Val de Loire, Christophe Dorise, le Président du comité départemental d’Indre-et-Loire, Jean-Claude Eballard, Pierre Lasfargue, Responsable territoires et environnement à la ffgolf, ainsi que des élus locaux, et des représentants des associations naturalistes.

Désormais, le golf de Touraine veut aller plus loin, tout en associant ses membres à cette démarche. « Au début il y a eu des réticences de certains, explique le Président du golf Michel Jalu, mais plus par manque d’intérêt ou de connaissance que par réelle opposition ». Son vice-Président Michel Nauleau, qui a porté le projet à bout de bras,confirme : « Il faut du temps pour faire accepter les modifications. On a entamé cette démarche pour les membres car c’est un atout pour notre golf, et aussi parce que c’est l’avenir, mais c’est à nous de faire le travail de sensibilisation nécessaire avant d’envisager l’étape suivante. »

Et c’est maintenant à Laurent Murail le greenkeeper, et son équipe, de mettre en place au quotidien cet engagement : « C’est une reconnaissance du travail qu’on mène depuis de nombreuses années, reconnaît-il, et l’échange avec les structures naturalistes doit nous faire progresser pour mieux programmer les interventions par exemple ou nous éclairer sur les espèces. »

Que les golfeurs ne s’étonnent donc pas de l’apparition prochaine, le long du parcours, de nichoirs à oiseaux ou de hauts roughs fleuris, favorables aux insectes pollinisateurs. Mais dans un sport comme le golf, le plaisir de jouer vient autant de la qualité du jeu que du cadre agréable dans lequel il évolue. Et rien de tel qu’entendre les gazouillis des oiseaux et voir les papillons voler pour se sentir en symbiose avec la nature !


Par Anne Champomier
16 avril 2018