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« Travailler avec la ffgolf, pour nous, c’est vraiment un challenge »

Après les deux jours qui ont permis, à l’initiative du Dr.Olivier Rouillon, médecin fédéral et de la ffgolf, à environ 170 personnes issues du monde du golf et/ou de la biomécanique et des professions médicales, d’échanger leur savoir et leur quête d’informations dans un domaine particulièrement innovant, nous avons rencontré le Professeur Philippe Rouch, afin de mieux comprendre à quoi sert véritablement ce type de colloques.

ffgolf 4e conférence nationale de biomécanique Professeur Philippe Rouch

Quelle est l’utilité de ce type de rencontres, à qui s’adressent-elles en priorité ?

A un large public, puisqu’on a des coaches, des préparateurs physiques, des coaches mentaux, des clubs-fitters, etc. Tous ces gens-là n’ont pas d’espaces où ils peuvent se retrouver, pour échanger sur leur expérience, leurs idées, et du coup, nous sommes là, sous la houlette de la Fédération française de golf, pour partager notre expérience de vive voix, car finalement que ce soit sur internet, ou dans les livres, il n’y a pas beaucoup d’informations sur des sujets aussi pointus, qui, en plus, évoluent très, très vite. C’est pour nous un lieu de rassemblement dédié à la communauté golfique pour discuter, de façon de temps en temps antagoniste, mais toujours sereine, dans une ambiance conviviale, des problèmes qui nous intéressent tous : Comment améliorer la performance tout en minimisant le risque de blessures ?

L’ambiance était en effet plus à l’échange constructif qu’à la bataille de mots…

C’est vrai, il y a eu moins d’opposition que l’année dernière. Mais de temps en temps, il y a des gens qui ne sont pas d’accord et qui l’expriment : je trouve ça très bien. On peut débattre, on doit débattre. Là, je pense que beaucoup découvraient le contenu des différentes interventions, et manquant de recul et de pratique, ne se sont pas manifestés. Mais j’espère que l’année prochaine, une fois qu’ils auront testé ce qu’on leur a dit, ils interviendront dans le débat.

Qu’est-ce que l’ENSAM apporte à la ffgolf, qu’est-ce la ffgolf apporte à l’ENSAM et que produit votre travail en commun ?

L’échange ENSAM-Fédé est essentiel, parce que nous, sommes un institut de biomécanique ; nous avons une grosse production scientifique dans la biomécanique du sport, avec l’optimisation de la performance et la réduction des risques de blessures comme axe majeur, mais on est multi-sport. Donc pas du tout expert en golf. En revanche, on essaie de développer des méthodes qui peuvent être appliquées à différents sports et il se trouve que le golf est un sport vraiment remarquable à de nombreux points de vue. Et cela nous permet de tester avec le plus haut niveau de difficulté, nos méthodes, sur la durée. C’est vraiment pour nous un challenge. Quelqu’un qui arrive à proposer des outils pour le golf est forcément très content, parce que ce qu’il sait faire pour le golf, il saura le faire pour n’importe quel autre sport. La collaboration a été initiée par la ffgolf, via le Dr. Olivier Rouillon qui est venu nous voir. Il nous a demandé : « Y a-t-il moyen d’appliquer vos méthodes à notre sport ? » On a répondu que nous allions essayer. Nous l’avons fait très modestement, au début. On partage également le même avis avec une finalité : que ces recherches-là doivent pouvoir être utilisées par le joueur lambda, par le joueur pro, par le coach. Au labo, on n’est pas du genre à vouloir faire de la recherche qui reste sur les étagères. Bien au contraire, notre vœu est d’aller vers la société et en l’occurrence, vers les joueurs de golf de tous niveaux.

« Notre rôle est de vulgariser le maximum de connaissances possibles »

Comment concrètement pouvez-vous aider les golfeurs à mieux pratiquer leur sport, et par conséquent en profiter davantage ?

L’objectif d’aider les golfeurs à une meilleure pratique de ce sport, est en premier lieu un objectif fédéral. Nous on participe à une manifestation où les gens - les coaches en particulier, qui vont former des élèves dans leurs académies - vont  pouvoir avoir accès aux résultats de nos recherches. Cela permet de diffuser le bon message. Il y a tant de choses complexes dans la littérature biomécanique, qu’il n’est pas simple de s’y retrouver. Notre rôle est de vulgariser le maximum de connaissances possibles, de traduire, pour que des résultats intéressants mais obscurs deviennent des messages clairs, qu’on puisse mettre en pratique chez soi. Le Dr Rouillon a fait un topo très intéressant sur les rotations internes des hanches qui, je pense, va amener certains entraîneurs à se poser des questions, par exemple sur leur approche vis-à-vis des seniors. Peut-être verront-ils mieux les facteurs limitants chez leurs élèves, et trouveront-ils des solutions adaptées. Il y a vraiment pour nous une volonté de nous mettre au service de la Fédération, et une fois que le message est validé scientifiquement, qu’il puisse être diffusé le plus largement possible. Et un congrès comme celui-là permet de diffuser ces messages à une très large échelle.

Comment résumer la forme du contenu que vous donnez à la Fédération ?

C’est une capacité à analyser en 3D, le swing de golf, et cela, de façon personnalisé, puisque chaque joueur a une cinématique différente, un squelette différent.

 

« Chaque joueur à ce qu’on appelle "un geste signature" »

Qu’est-ce que la "cinématique" ?

La cinématique, c’est l’ensemble du mouvement. Chaque joueur va avoir ce qu’on appelle, un "geste signature". Donner à tout le monde un message unique ne peut pas produire de bons résultats, c’est une évidence. Il faut au contraire que l’enseignant de golf regarde chacun de ses élèves comme l’individu qu’il est, l’analyse et arrive, avec un certain nombre de tests appropriés, à savoir à quelle catégorie de signature cet élève appartient - car on peut quand même distinguer des groupes - pour lui apporter les bons outils, les bons usages et savoir comment il pourrait le conseiller. Dans cette capacité à proposer des modèles personnalisés, par classes, l’institut - l’ENSAM - est l’un des leaders au niveau national et mondial. Donc on essaie de propulser ces modèles-là, "personnalisés", pour le grand public.

Avez-vous des réponses à la question que tous les parents peuvent se poser de savoir si on ne met pas la santé de son enfant en péril en le laissant pratiquer le golf à hautes doses d’entrainement alors qu’il est en pleine croissance ?

Je n’ai pas de réponse personnelle à ça, car il y a déjà des études qui ont été faites dans la littérature.  En revanche, on travaille énormément sur l’enfant au niveau des systèmes de mesures que nous développons. Ce n’est pas forcément dans les thématiques liées à la biomécanique du sport, mais nous travaillons sur des thèmes tels que l’infirmité moteur cérébrale, la scoliose, les pathologies du squelette osseux articulaire. L’enfant  est vraiment au cœur de nos recherches. 

Il y a eu un échange très intéressant sur le port de semelles, qui a débouché sur une foule d’éléments qui peuvent ainsi perturber notre équilibre, tels que le port de nouvelles lunettes, d’appareillage dentaire, etc. Ce qu’on juge banal, cache peut-être des problèmes plus importants, donc ?

Quand on change de chaussures, de semelles, de lunettes, quand on perturbe son audition, on se rend compte que cela a une incidence sur notre posture, la façon qu’on a de se tenir droit. Un appareil dentaire, en modifiant les sensations au niveau de la tête, peut avoir une influence sur la posture, c’est vrai. Le sujet du débat portait sur ces perturbateurs qui créent du déséquilibre chez des individus, parfois même différemment selon que ces éléments apparaissent de façon isolée ou s’additionnent chez une même personne. L’idée de départ était la suivante : « Pour commencer à bouger bien, il fallait déjà avoir à l’adresse une posture stable de qualité. » On constate que les personnes qui n’ont pas cette posture de qualité, sont finalement toujours plus ou moins en déséquilibre, et une fois qu’ils entrent très rapidement dans un mouvement comme le swing de golf, ce déséquilibre s’amplifie. Pour les personnes sujettes à un déséquilibre statique, il se peut que les semelles soient une solution pour améliorer leur posture. Mais on note aussi que, comme à chaque fois qu’on identifie un phénomène de mode, on prescrit beaucoup et on se rend compte au bout d’un moment que les effets ne sont pas aussi bénéfiques que ceux escomptés. Que le port de semelles ne résout pas tout. En règle générale, il faut être prudent, ne pas tirer de conclusions trop hâtives. Au contraire, avoir une vision sur le long terme de façon à véhiculer des messages clairs, qui ne soient pas annulés l’année suivante. C’est absolument fondamental dans notre travail. 

Le rendez-vous risque de devenir incontournable, mobilisant chaque année de plus en plus de monde intéressé par vos résultats. En même temps, se développe à la vitesse grand V un marché d’outils tels que le Trackman, la K-vest, le plateau de force, qui vont apporter des infos à M. Tout le Monde, comment accueillez-vous cette "concurrence" ?

Très bien ! Je trouve que c’est génial ! La technologie pour le sport - on le voit avec le monde connecté, l’usage des I-phones, etc. - tout le monde court et a accès à la mesure chiffrée de sa performance. Le fait que chacun soit capable de mesurer sa performance de manière quantitative, c’est un élément-clé pour l’amélioration de la performance, de la santé et bien sûr, pour la motivation des pratiquants.  


Par Dominique Bonnot
15 octobre 2015