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Dubaï, de destination exotique à place forte du golf

Alors qu’a débuté ce jeudi le Slync.io Dubai Desert Classic, plus ancien tournoi du circuit européen dans la Péninsule arabique, coup de projecteur sur Dubaï, passée en une grosse trentaine d’années, au rythme de construction de ses parcours et de ses buildings, de point de chute périphérique à destination incontournable.

Une scène devenue habituelle à Dubaï : Antoine Rozner drive face à un paysage de gratte-ciels. Il y a 30 ans, il aurait aperçu l'horizon. ROSS KINNAIRD / GETTY IMAGES EUROPE - AFP
27-30
janvier
SLYNC.IO DUBAI DESERT CLASSIC
LIEU : Emirates Golf Club (Earth), Émirats arabes unis
CIRCUIT : DP World Tour

2 mars 1989. Un bruit de balle de golf résonne dans le désert : la première édition du Karl Litten Desert Classic, tel que dénommé à l’époque, et devenu plus tard le Dubai Desert Classic, est lancée. Deuxième tournoi de cette saison du Tour européen, il propose une dotation globale de 352 391 de nos euros d’aujourd’hui (loin d’être la plus grosse de cette année-là, y compris parmi les tournois réguliers), et voit s’imposer l’anglais Mark James, qui allait devenir en 1999 capitaine de l’équipe européenne de Ryder Cup.

Encore faudrait-il utiliser le conditionnel pour ce qui est de la balle de golf qui résonne. Car au même titre que les arbres des forêts qui ne craquent qu’en présence d’une oreille pour les entendre, le bruit n’a pas dû atteindre grand monde, ni rencontrer beaucoup de murs pour ricocher. Et pour cause : à cette époque, le parcours de l’Emirates Golf Club est hors de la ville, et entouré de sable.

Deux parcours à la fin des années 1980

« C’était vert, mais si tu faisais 500 m à côté du resort, tu étais dans le désert », se souvient Patrice Barquez. Joueur professionnel sur le Tour européen à l’époque, le Basque a participé au Desert Classic pour la première fois en 1993. « À l’époque, il n’y avait que Dubaï, poursuit-il. On n’allait pas encore à Abu-Dhabi, au Qatar ou à Oman. C’était complètement une destination exotique. Et dès qu’il y avait un peu de vent, on avait l’impression d’être totalement dans le sable. »

Déjà, à l’époque, la désalinisation de l’eau de mer est le seul moyen de garder les parcours verts dans l’émirat. Des parcours d’ailleurs en nombre réduits à l’époque : outre le Dubai Country Club Al Awir, premier tracé à avoir vu le jour dans les Émirats arabes unis en 1971 (et davantage constitué de sable que d’herbe à l’époque), seul le Majlis Course de l’Emirates, toujours hôte de l’épreuve, permettait aux golfeurs de se dégourdir les clubs.

Une expansion continue

Dire que la situation a totalement changé et à une vitesse folle est un euphémisme. Aujourd’hui, l’émirat abrite une dizaine de clubs de prestige, comptant pour la plupart plusieurs parcours, parmi les plus réputés du monde. Le tout entouré de gratte-ciels, qui ont tous poussé en une trentaine d’années. Un exemple parmi des milliers : Fin 2003, Grégory Havret est parti s’installer trois ans à Dubaï près du golf d’Arabian Ranches, alors nettement hors de la cité proprement dite. Trois ans plus tard, la ville avait déjà avancé d’un kilomètre dans le désert. Aujourd’hui, Arabian Ranches ferait presque partie du centre-ville.

« J’y suis retourné régulièrement, au moins une fois par an entre 1999 et 2015, et j’avais l’impression que tout le quartier avait changé, c’était la folie en termes d’expansion », explique Patrice Barquez. Practices de golf nocturnes à l’ambiance de bowling, présence en résidence hivernale (et pas seulement) de quelques-uns des meilleurs joueurs du monde, point de chute de présaison pour tout le haut niveau… Même au prix d’un coût écologique qui saute aux yeux, Dubaï est devenue, au sens propre, incontournable.

Le Tour européen a suivi cette transformation au cours des années. Tout d’abord avec l’avènement de la Race to Dubai en 2009, classement remplaçant l’Ordre du mérite, et qui relocalise pour la première fois la finale du circuit dans l’émirat (où elle se joue toujours). Ensuite en l’intégrant directement dans son nom, en devenant le DP World Tour à l’intersaison 2021-2022. DP World, ou Dubai Ports World de son nom complet, est en effet une société publique dubaïote spécialisée dans le transport maritime.

Et la suite ?

D’où la question : jusqu’où ira Dubaï ? Le coucher du soleil ne lui fait en tout cas même pas peur, le Ladies European Tour sanctionnant depuis deux ans une épreuve se déroulant de nuit, le Dubai Moonlight Classic.

Jusqu’à concurrencer les événements les plus gros et les plus traditionnellement ancrés du jeu de golf alors ? Pas sûr. « Je pense que tout le monde va y trouver son compte, tempère Patrice Barquez. Quoi qu’il arrive, on ne peut rien faire contre l’expansion à tout-va. Chacun aura son rôle à jouer, et ceux qui ne pourront pas jouer les gros tournois traditionnels, ils auront un autre tournoi à la place. De toute façon, la volonté des dirigeants du DP World Tour aujourd’hui, c’est d’en faire un circuit mondial. Donc ils iront partout où il faut aller. »


Par William LECOQ
27 janvier 2022