Des projets alternatifs pour l'accès à la ressource et la consommation

80% des golfs français sont ou seront dans une situation de plus en plus précaire si l’évolution du climat continue d’accentuer la pression sur les ressources en eau. Développer massivement des projets alternatifs aux prélèvements dans le milieu naturel et au recours à l’eau potable est une réponse ambitieuse et nécessaire pour l’avenir du jeu de golf tel que nous le connaissons. Une telle transition implique cependant des investissements structurels importants pour les clubs, qui au regard de leur économie actuelle, peuvent ne pas être considérés comme prioritaires et réalistes à moyen terme, notamment s’ils devaient uniquement reposer sur leur propre capacité d’investissement. Une approche ciblée et proportionnée représente une voie médiane pragmatique pour poursuivre cette transition déjà à l’œuvre et coordonner efficacement les soutiens techniques et financiers qui l’accéléreront.

Développer des projets alternatifs aux prélèvements dans le milieu naturel et au recours à l'eau potable

Une approche ciblée consiste à agir prioritairement auprès des golfs situés dans les territoires où les pressions sur les ressources en eau sont fortes et croissantes (>300 structures golfiques), et ceux ayant recours à l’eau du réseau public (10%). Des audits de chacun d’entre eux permettront d’une part, d’identifier les mesures prioritaires d’économie de consommation, et d’autre part, d’évaluer la pertinence des solutions alternatives au regard de leurs contraintes techniques respectives et d’une analyse comparative « coûts bénéfices ». Dans les zones touristiques et en particulier près du littoral (>100 structures golfiques), des projets alternatifs réutilisant les eaux usées traitées par les stations d’épuration apparaissent particulièrement pertinents. Dans de tels contextes, l’augmentation de population en période touristique accroît de façon importante les volumes d’eaux usées à traiter. Ces volumes sont rejetés dans les milieux naturels et se retrouvent rapidement en mer alors qu’ils peuvent être valorisés et satisfaire, s’ils sont suffisants, l’intégralité des besoins d’arrosage des golfs à proximité et potentiellement d’autres usages à proximité tels que l’arrosage des espaces verts communaux ou de cultures maraîchères. À ce jour, une quinzaine de golfs en France L’approvisionnent grâce à cette solution, ce qui est peu au regard de pays comme les États-Unis (Floride, Californie...) et l’Espagne qui l’ont massivement déployée. La réglementation actuelle, les contraintes techniques et le coût des ouvrages de raccordement rendent complexes le montage de ces projets potentiellement très vertueux à l’échelle d’un territoire. La réalisation d’un diagnostic national des opportunités de développement de ces dispositifs au travers d’analyses « coûts bénéfices » permettrait de démontrer leur pertinence économique et environnementale, et de les promouvoir plus largement.

Pour les golfs prélevant dans le milieu naturel, l’alternative proportionnée consisterait à créer un réseau de collecte et de stockage d’eaux pluviales dont la capacité serait calibrée pour permettre en cas d’interdiction drastique de prélèvement, de disposer d’un volume d’eau suffisant pour répondre au besoin annuel d’arrosage des greens uniquement. Un réseau dimensionné dans cet objectif sera bien moins coûteux et contraignant techniquement à mettre en œuvre qu’un réseau dimensionné pour s’affranchir totalement des prélèvements dans le milieu naturel. La conception de l’ouvrage de stockage pourra également intégrer des principes de génie écologique pour apporter une plus-value environnementale supplémentaire par la création de nouveaux habitats aquatiques pour la biodiversité.

Enfin, deux pistes complémentaires « zéro rejet » peuvent être développées sur les golfs comme la mise en œuvre :

  • de stations de lavages des matériels d’entretien récupérant, traitant et réutilisant l’eau,
  • de systèmes de traitements in situ des eaux usées générées par les bâtiments, la restauration, l’hôtellerie...

Ces dispositifs existent et ont pu prouver leur pertinence et leur efficacité.

Poursuivre la réduction des consommations d'eau

Si le scénario du changement climatique accentue la pression sur les ressources en eau et qu’il amenait à devoir arbitrer l’accès à la ressource entre les différents usages, les activités de loisirs dont fait partie le golf ne seront pas prioritaires face aux enjeux agricoles et d’approvisionnement en eau potable. Le maintien d’un accès à la ressource en eau pour 80% des golfs passera notamment par la démonstration auprès des pouvoirs publics, mais aussi de l’opinion, de leur sobriété et de leur démarche de progrès. Lorsque la mise en place d’une solution alternative aux prélèvements dans le milieu naturel ou à l’approvisionnement via le réseau d’eau public s’avère complexe à mettre en place, de nombreuses approches techniques et agronomiques permettent de mieux raisonner l’arrosage.
Des efforts importants ont été réalisés par les golfs français en matière de réduction de leur consommation d’eau. Ils ont été mesurés dans le cadre de plusieurs enquêtes auprès des clubs, en 2006 et 2013.

Plusieurs études ont également permis d’identifier les principaux leviers à développer pour réduire les consommations d’eau. Sous l’impulsion de la ffgolf, des campagnes d’information des clubs ont été mises en place pour promouvoir des dispositifs d’aides financières à la réalisation d’études et de travaux visant à réduire l’impact sur la ressource en eau. Certains dispositifs pilotes ont été initiés et animés par la ffgolf (Convention ffgolf et Agence de l’eau Loire-Bretagne 2015-2018).

Les progrès technologiques en matière de performance des réseaux d’irrigation et de pilotage informatique ont été considérables depuis 2 décennies. Ces nouvelles technologies permettent de réagir en temps réel aux évolutions des conditions météo, d’humidité des sols... d’optimiser le recouvrement et l’uniformité des apports d’eau pour apporter la juste quantité nécessaire à la vitalité des gazons, et in fine d’assurer un contrôle, des mesures et un suivi très précis de l’utilisation de l’eau. En France, de nombreux golfs ont été créés entre les années 1980 et 1990, et leurs systèmes d’irrigation, s’ils n’ont pu être rénovés ou améliorés, sont aujourd’hui obsolètes voire défaillants. En soutenant les investissements des clubs dans les nouvelles technologies d’arrosage, l’impact sur la ressource en eau peut être notablement réduit.

Les pratiques culturales sont également un levier important pour réduire les consommations d’eau. Les opérations de conversions de flore et de regarnissage régulier permettent d’installer et de maintenir de nouvelles espèces de graminées développées par les semenciers qui offrent à la fois plus de résistance au manque d’eau, aux maladies, aux opérations de tonte et au piétinement. Des matériels d’aération profonde de plus en plus performants permettent d’agir sur le profil du sol et d’optimiser sa capacité à stocker l’eau.
Ces opérations favorisent un enracinement profond du gazon pour à la fois mieux résister au manque d’eau, espacer les arrosages et réduire les apports d’engrais.
Ces pratiques culturales pourront se déployer efficacement en soutenant l’acquisition ou le renouvellement de matériel d’entretien plus performant, et en permettant aux équipes terrain d’accéder à des modules de formation professionnelle et à des ressources documentaires dédiées (ex. Guide de gestion environnementale des espaces golfiques - 2017).

Valoriser les actions d'économie d'eau et de recherche d'alternatives pour la filière

Bien que les études réalisées démontrent que l’usage de l’eau par les golfs en France est très encadré et l’impact sous nos latitudes est globalement modéré sur les différentes ressources en eau, la perception de leur usage de l’eau par une large majorité de l’opinion est erronée, négative voire fabulatrice. Faire la démonstration en toute transparence de la réalité de l’usage de l’eau par les golfs, de l’importante dynamique de progrès engagée par la filière, des résultats concrets obtenus en termes de réduction de consommations d’eau... doit permettre de déconstruire ces idées reçues, favoriser une meilleure acceptation de l’activité par le plus grand nombre et donc contribuer à son développement futur.

À l’échelle de la ffgolf, des actions de communication sont engagées depuis 2006 pour valoriser cette dynamique et prennent la forme d’articles, de reportages vidéo et d’enquêtes. Cependant, faire évoluer les mentalités demande beaucoup d’efforts et de temps.
Cette dynamique initiée par la ffgolf doit s’amplifier, à la fois sur ses propres médias (réseaux sociaux, site internet, newsletters...) et auprès des médias externes sous l’impulsion de son service de relations presse. À l’échelle des golfs, ceux-ci doivent également devenir plus proactifs auprès des médias locaux et a minima auprès de leurs membres et des organismes publics avec lesquels ils travaillent. La ffgolf souhaite mettre à la disposition des clubs des outils de communication adaptés pour les inciter à entreprendre ce type de démarches et contribuer à la constitution d’un recueil de bonnes pratiques qu’elle pourra également valoriser à son échelle. Une nouvelle enquête sera conduite d’ici à 2024 pour mettre à jour les données existantes et mettre en lumière les progrès accomplis.

Renforcer l'accompagnement du Ministère de la transition écologique et des agences de l'eau

Les golfs qui prélèvent dans le milieu naturel ou ont recours à l’eau du réseau public sont soumis à la redevance pour prélèvement sur la ressource en eau. Ces redevances, ainsi que d’autres (telles que la redevance pour pollution diffuse payée lors de l’achat de produits phytosanitaires) sont reversées sous forme d’aide pour financer des actions qui visent une meilleure gestion des ressources en eau et des milieux aquatiques. Les golfs sont éligibles aux dispositifs d’aide financière des Agences de l’eau, qu’ils soient publics ou privés. Il y a 6 grands bassins hydrographiques en France et une agence par bassin. Chacune d’elles met en œuvre une politique d’aide tenant compte du contexte spécifique du bassin et de ses priorités.

Depuis 2006 et la signature de la première Charte sur l’eau, la ffgolf s’est rapprochée des Agences de l’eau pour promouvoir leurs dispositifs d’aide financière auprès des golfs. Plusieurs études Loire-Bretagne ont été menées avec le concours de l’Agence de l’eau pour identifier dans les golfs de la région les actions prioritaires pour lesquelles ils pouvaient bénéficier d’aides financières. À partir de ces études, les golfs ont sollicité de façon croissante les Agences de l’eau pour engager des études et travaux permettant de réduire leur impact sur la ressource en eau.

Avec la pression croissante sur la ressource, les golfs sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à solliciter ces aides. En 2015, sur ce même bassin Loire-Bretagne, une convention « pilote » a été engagée entre la ffgolf et l’Agence afin de permettre aux golfs de bénéficier d’aides financières plus favorables. La ffgolf assure un rôle important d’animation, de conseil et d’accompagnement administratif pour inciter un maximum d’entre eux à entreprendre des études et des travaux visant à réduire leur impact. Près de 30 projets ont pu être mis en œuvre, représentant un investissement de plus de 4 millions d’euros et un montant d’aides financières au bénéfice des golfs supérieur à 2 millions d’euros.

Cette expérience pilote à l’échelle d’un bassin hydrographique a été très positive. Elle aura à l’avenir vocation à être reproduite avec chacune des Agences de l’eau. Le renouvellement de l’accord-cadre Golf et environnement avec le Ministère de la Transition Écologique (ministère de tutelle des agences de l’eau) doit permettre de faciliter le rapprochement entre la filière du golf et les Agences de l’eau pour déployer plus largement ce type d’initiative, amplifier la dynamique de raisonnement des consommations d’eau, la mise en place d’alternatives aux prélèvements de l'eau dans le milieu naturel et de recours à l’eau du réseau public pour l’arrosage des golfs.