Entretien durable et maintien de la qualité de jeu tout au long de l’année

Le principe de la préparation des gazons de golf est d’obtenir un couvert végétal homogène et dense composé de graminées adaptées au site, au climat, au sol et aux contraintes des différentes surfaces de jeux. Le gazon doit être capable de se régénérer et de résister aux différentes opérations de tonte et d’entretien mécanique. Cependant, les différentes propriétés physico-chimiques et agronomiques du sol se détériorent avec le temps.

Le passage répété des machines compacte et asphyxie progressivement les sols, favorisant ainsi les carences, l’apparition de maladies et d’espèces indésirables. Les opérations préventives telles que les aérations, scarifications, top-dressing... permettent de favoriser l’enracinement profond des gazons et d’améliorer le drainage, les échanges air-eau, l’accès aux nutriments et la vie des sols, stimulant ainsi les défenses naturelles des gazons face aux stress causés par la tonte, le piétinement... Malgré ces mesures de gestion préventive, les pressions exercées par les organismes nuisibles sur les gazons, particulièrement accentuées par les aléas météorologiques et le changement climatique en général, peuvent rapidement mettre en péril les surfaces de jeu au point de les rendre impraticables. Avant ce stade irréversible, des mesures correctives à l’aide de produits phytosanitaires biologiques et chimiques doivent être prises aux moments clés. L’équilibre économique des structures golfiques et des activités économiques indirectes (secteurs du tourisme, de l’hôtellerie, de la restauration, des équipementiers, des fournisseurs et prestataires de services...) repose de façon prépondérante sur le maintien de la qualité de jeu tout au long de l’année.

Depuis de nombreuses années, des efforts importants ont été entrepris par la filière pour prévenir l'apparition et le développement d'organismes non désirés : l’amélioration des connaissances par la mise en place d’un réseau d’épidémio surveillance des organismes nuisibles des gazons, l’évolution des pratiques culturales pour réduire les intrants, les progrès technologiques, les investissements matériels et humains, la formation... L'émergence de solutions alternatives telles que les réparations naturelles peu préoccupantes (PNPP), le biocontrôle, la lutte biologique et les progrès dans la sélection des variétés de graminées offrent des perspectives prometteuses pour repousser l'utilisation des produits phytosanitaires chimiques et poursuivre la dynamique de réduction de leur usage.

Bien que l'utilisation de solutions alternatives biologiques soit en augmentation, elle reste encore marginale. Tout d'abord, parce n'offrent pas pour l'instant une réponse parfaitement adaptée à chaque problème rencontré, elles sont complexes à mettre en place ce qui rend leur efficacité très variable et limitée (jusqu'à 70% au mieux selon les tests effectués par l'Institut Écoumène). Elles sont généralement plus coûteuses que les solutions chimiques disponibles actuellement, peu d'entre elles passent par la procédure d'Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) et justifient donc d’une efficacité prouvée. Il est important de souligner que certaines solutions bien que d'origine naturelle peuvent avoir des impacts négatifs sur l'environnement.

À ce stade de la connaissance, une interdiction brutale de l'utilisation de produits phytosanitaires chimiques aurait pour conséquence de précipiter les gestionnaires vers des solutions alternatives qui n'ont pas été suffisamment validées et encadrées par l'expérimentation, et conduirait à :

• une incapacité technique à s'adapter rapidement pour répondre aux exigences essentielles de qualité pour la pratique normale du jeu de golf,
• une détérioration dramatique des conditions de jeu,
• un manque d'intérêt ou un changement profond dans le comportement des pratiquants et du public dans le cadre des compétitions professionnelles, un handicap majeur dans un contexte de compétition internationale,
• un impact économique considérable, notamment pour les organisations les plus fragiles,
• une évolution vers des solutions de gazon synthétique dont l'impact carbone et la gestion du cycle de vie sont discutables. À noter que ces surfaces nécessitent des actions de maintenance préventive contre l'apparition de mousses, mauvaises herbes, agents pathogènes pouvant conduire à l'utilisation de désherbants, d'antimousses ou de biocides, et donc à d'éventuels risques sanitaires et pour les équipes techniques qui les utilisent,
• une tentation de détourner les usages et le développement d’un marché parallèle.

Depuis la mise en œuvre du Plan Écophyto en 2008, une enquête nationale réalisée par la ffgolf publiée en 2017 a montré que l'objectif initial de réduction de plus de 50% de l’usage des produits phytosanitaires chimiques avait été largement atteint en diminuant les surfaces traitées et en baissant les fréquences d'application. Malgré ces efforts, les produits phytosanitaires chimiques restent à ce jour le dernier rempart efficace pour éviter les conséquences désastreuses citées ci-avant.

D’un point de vue réglementaire, les golfs appartiennent aux « zones non agricoles », autrement connues sous le nom de JEVI dans le plan Écophyto2 (Jardins, espaces végétalisés et infrastructures). Ces zones sont soumises à des réglementations différentes du secteur agricole concernant l'utilisation des produits phytosanitaires chimiques. Bien que la Loi Labbé de 2019 interdise l’usage de produits phytosanitaires dans les JEVI, les pelouses sportives (golf, football, rugby, courses hippiques, etc.) sont considérées comme des « espaces à contraintes particulières » et conservent à ce jour la possibilité d’utiliser des produits phytosanitaires. L’usage sur les pelouses sportives représente 0,02% de la quantité totale de substances actives utilisée par an en France et est encadré conformément à la réglementation en vigueur :

• Arrêté du 4 mai 2017 relatif à la mise sur le marché et à l'utilisation des produits phytopharmaceutiques et de leurs adjuvants
• Arrêté du 31 mai 2011 relatif aux conditions d'épandage des produits phytopharmaceutiques auprès du public à risque
• Arrêté du 29 août 2016 relatif au certificat individuel d'achat et d'utilisation des produits phyto Pharmaceutiques

Face aux différents scandales sanitaires liés à l’utilisation des produits phytosanitaires chimiques, à leurs risques potentiels sur la santé humaine et leurs impacts sur la biodiversité, les attentes sociétales et la volonté politique sont de plus en plus pressantes pour les interdire. Bien que leurs usages sur les pelouses sportives soient très encadrés par la Loi, qu’ils soient dispensés uniquement par des professionnels formés, qu’ils ne représentent  d’une part infime des quantités de produits phytosanitaires utilisées chaque année en France, que les substances actives autorisées aient des profils de risques toxicologiques qui garantissent la sécurité des utilisateurs et des usagers (pas de produit classé « cancérigène, mutagène, reprotoxique » et « très dangereux » autorisé sur gazons), la pression pour les interdire est croissante.