Champion de France en titre de speedgolf, Bastian Mas dispute, cette semaine en Nouvelle-Zélande, le championnat du monde de la discipline. L'occasion de lui demander ce que courir entre deux coups peut apporter à ceux qui mettent quatre heures à boucler un 18 trous.

Bastian Mas (2e en haut à droite) représente cette semaine la France au championnat du monde de speedgolf, aux côtés de huit compatriotes. © Speedgolf France

Cette semaine, le Whitford Park Golf Club, près d'Auckland, capitale économique de la Nouvelle-Zélande, accueille la 6e édition du championnat du monde de speedgolf. Avec 120 participants venus de 20 pays, il s'agit du plus grand événement jamais organisé dans l'histoire de la discipline. Neuf Français sont du voyage (trois femmes et six hommes), parmi lesquels Bastian Mas, champion de France en titre, qui dispute son deuxième Mondial après celui de Tokyo en 2024. Préparé pour l'événement, le speedgolfeur mesure tout de même son propos :  « Je ne suis pas sûr qu'on puisse dire qu'on est prêt quand on joue au golf. C'est le golf qui décide », sourit-il. Arrivé sur place quelques jours avant le début du tournoi, le Tricolore de 41 ans en a profité pour visiter Auckland, organiser ses vacances d'après-tournoi… et partager sa passion pour éclairer les golfeurs « classiques » sur les vertus de sa discipline.

Les Français engagés au TORO World Speedgolf Championship

Chez les Dames :

  • Valérie Dubois
  • Emily Mollard
  • Valérie Texier

Chez les Messieurs :

  • Alexandre Arguel
  • Mikael Bettan
  • Antoine Fossorier
  • Fabien Henon
  • Bastian Mas
  • Pierre Vennin

Pour démarrer, avantage aux golfeurs sur les coureurs

Au triathlon, il est d'usage de dire que les nageurs qui se lancent dans la tri-discipline partent avec un avantage sur les autres, en raison de la difficulté technique de la natation. Alors on s'est demandé si, en speedgolf, ce même rapport existait. Pour Bastian, la réponse ne fait pas de doute : « C'est plus facile de se mettre à la course à pied qu'au golf. Un bon golfeur qui se met à courir progressera plus vite que l'inverse. » Les meilleurs mondiaux en sont la preuve : capables de boucler un parcours de 6000 mètres en 40 à 42 minutes avec trois ou quatre clubs, ce sont des pros ou enseignants de formation, et non des marathoniens. Anciennement porté sur le football, Bastian n'a lui-même rien d'un coureur dans l'âme. « Courir sans ballon, ce n'est vraiment pas mon délire. Maintenant je me force, et j'y prends de plus en plus de plaisir parce que je sais que ça va m'aider dans ma discipline », admet-il. Pour concrétiser sa réponse, il explique gagner entre une minute et une minute trente chaque année sur ses chronos aux championnats de France tandis qu'il stagne toujours dans son niveau de golf, à savoir 1,0 d'index.

Un coup, puis on oublie

C'est sans doute le premier enseignement pour le golfeur « classique. » En speedgolf, impossible de ruminer un double bogey. « Tu n'as pas le temps de réfléchir, que tu es déjà quasiment au départ suivant », indique Bastian Mas. Un contexte qui permet un certain bénéfice mental vis-à-vis des attentes et de la gestion des émotions. Ce travail, le Francilien l'a ramené dans sa pratique traditionnelle lorsqu'il participe à des grands prix amateurs : « Avant, il y avait des coups que je ne sentais pas, je mettais trop de temps à réfléchir et je faisais quelque chose de pas bien. Maintenant, je prends une décision et je joue tout de suite. » L'inverse vaut aussi : pas question de s'enflammer après un bon coup. « On reste focus et on essaie de garder un maximum de lucidité et d'énergie. Avec le cardio à 80 ou 90 % de son maximum, on n'a pas le choix. »

Des entraînements uniques

Question entraînement, la discipline se démarque aussi. Pas tant par les contenus des séances que par les horaires auxquels il faut les faire. Car, en France, il est très facile de pratiquer du speedgolf puisque toutes les structures jouent le jeu. « Je n'ai jamais été gêné quand j'ai appelé un golf pour faire du speedgolf. La condition, c'est de prendre le premier départ. C'est logique, le but n'est pas de gêner tout le monde », explique Bastian. La contrepartie a du charme : un parcours pour soi, la lumière du lever du jour et, pour seuls compagnons, les greenkeepers qui préparent le terrain. « Tu ne croises que les gars de l'entretien. T'es un peu seul sur le parcours, c'est plutôt cool », confirme l'intéressé.

En matière de préparation, Bastian sait de quoi il parle. Professeur d'EPS et préparateur physique, il intervient auprès de la ligue Paris-Île-de-France de golf, fait passer les tests physiques des Interligues U12 et accompagne plusieurs joueurs, des universités américaines à certains circuits pros. Sa semaine type ? Trois sorties running, une à deux séances de musculation, une à deux heures de practice et un peu de natation quand il le peut. Rien que ça.

Devenir un as fers en mains

Jouer plus vite permet de jouer plus propre. C'est du moins ce qu'impose le speedgolf. Une notion contre-intuitive mais pourtant vraie. Car dans ce sport, ce ne sont pas les mises en jeu qui font la différence. Sur des parcours, joués des repères jaunes, ce sont les attaques de green, le chipping et la capacité à trouver la bonne profondeur qui posent problème. Un peu comme dans le golf classique finalement. Mais plus exigeant encore, le speedgolf demande d'être presque irréprochable. « Quand le cœur bat à 160, c'est comme si on tapait dans un bunker : si le contact n'est pas parfait, le coup est vite pénalisé », explique Bastian. Avec un bois 3 ou un driver depuis le tee, la tolérance est bien plus grande puisque la surface de frappe du club est plus vaste. Alors à l'entraînement, la rigueur est de mise sur le chipping et sur la qualité de frappe. De bonnes capacités à ramener dans une partie longue durée.

Une aventure au bout du monde

Cette semaine, Bastian Mas partage avec le groupe France une grande aventure qui a tout pour marquer sa mémoire. Il met en avant le caractère chaleureux des rencontres mais aussi solennel d'une remise de maillots France propre à chacune des équipes amateurs en représentation. Et puis, c'est également l'occasion de fouler des parcours qu'il ne reverra peut-être jamais. « Je n'aurais jamais été au Japon ou en Nouvelle-Zélande juste pour faire du golf. Si je ne m'étais pas mis au speedgolf, rien d'autre ne m'aurait permis de faire ça. »