Consultant TV, promoteur de tournoi et créateur d'académies d'enseignement sont quelques-unes des nombreuses casquettes du champion français, qui à 60 ans continue d'œuvrer avec passion et professionnalisme au service du golf.

Jean Van de Velde, toujours le verbe haut, derrière comme devant le micro. © Phil Inglis / Getty Images - AFP

Depuis dix ans, vous participez évoluez sur les circuits seniors, en Europe et aux États-Unis. Où en êtes-vous dans cette deuxième carrière de joueur aujourd'hui ?
Malheureusement, j'ai eu un gros accident au niveau du genou l'année dernière, une rupture totale de la tête du ménisque et de l'ancrage du ménisque, et il a fallu réparer tout de suite. J'ai passé un mois au lit après avoir été opéré d'urgence, puis deux mois avec des béquilles. Aujourd'hui, je vis raisonnablement bien au quotidien, mais pour enchaîner les tours les uns après les autres en marchant, c'est impossible — on l'a vu au Maroc, fin mai au Trophée Hassan II pour lequel j'ai été invité : après six trous, j'ai failli déclarer forfait tant j'avais mal. Tout ce qui demande une torsion autour du genou droit me pose problème. Structurellement, je suis réparé, mais le genou a quand même été très sollicité : avant ça, j'ai eu des ligamentoplasties, des lésions méniscales, du cartilage touché... Ça fait beaucoup pour le même genou ! Donc je dirais que joueur de haut niveau, c'est une partie de ma vie qui est derrière moi. Après, je m'octroierai quand même le droit de jouer en compétition de temps en temps, quand je m'en sentirais capable, et je ferai confiance à la chimie pour essayer de m'enlever un peu de douleur...

Parmi vos multiples activités hors des parcours, commençons par celle de consultant pour la télévision...
Le commentaire sportif, c'est quelque chose que je fais depuis pas mal d'années puisque j'avais commencé pour la BBC lors de The Open 2002, quand j'avais été blessé. J'avais continué les années suivantes, après quoi j'avais rajouté le Scottish Open. Je suis resté quelques années à la BBC, puis Sky Sports était venu me chercher. Depuis de longues années, j'ai la chance de rester dans ce milieu à travers mes missions pour le groupe Canal+, et plus spécifiquement pour la chaîne Golf+. Je couvre six tournois dans la saison : les quatre Majeurs masculins, le Players Championship, et puis une année sur deux, soit la Presidents Cup, soit bien évidemment la Ryder Cup. C'est un exercice que j'aime particulièrement, parce que ça me laisse au contact du golf de très haut niveau. Même si c'est vrai que le jeu a énormément évolué, il n'empêche que la balle, il faut toujours la taper vers l'avant et la mettre dans le trou le plus rapidement possible !

Vous avez créé une académie à votre nom au Golf international de Roissy. Après six ans d'activité, quel bilan en tirez-vous ?
C'est avec PGA France et son président Éric Douennelle que nous avons monté ce projet, en 2020. Cela avait fait suite à la rédaction d'un livre sur la technique, Les Clefs de votre swing. Elle est relativement novatrice dans le sens où, grâce à la ville de Roissy et en association avec Ugolf, on a réussi à mettre en place un programme qui voit passer 60 jeunes par jour sur le site, tous les jours de l'année, et 2500 au total par an... Ce n'est pas rien ! J'y passe au moins une fois par an, à l'occasion du Grand Prix PGA France, dont j'assure la direction, car l'intention a toujours été d'amener un tournoi de renommée internationale sur ce parcours. Cette année, il est devenu un tournoi de l'Alps Tour, et notre idée est de le faire évoluer constamment, et pas uniquement à coups de budget, mais aussi en étant un peu plus innovant, en cherchant des solutions qui font que le tournoi gagne en gamme et en prestige. Pour revenir à l'académie, les pros qui travaillent au quotidien à Roissy sont, je pense, bien plus compétents que moi en termes de discours sur la technique, la mécanique ; de mon côté j'essaie d'apporter ma compétence sur le haut niveau.

C'est la même philosophie qui sous-tend l'académie que vous avez créé plus récemment au Mexique, où vous résidez ?
J'étais dans un endroit qui s'appelle Punta Mita, à côté de Puerto Vallarta, sur la côte ouest du pays, où j'avais effectivement monté une académie à laquelle je consacrais beaucoup de temps. Mais j'ai déménagé dans le nord du pays, dans l'État de Sonora, à 80 kilomètres de la frontière américaine, et j'ai mis un terme à cette activité. Même si ça m'a beaucoup apporté, c'était très chronophage, et j'ai décidé de recentrer un peu mon attention sur d'autres choses que de passer sept heures par jour au golf. Aujourd'hui, je fais toujours pas mal de journées de golf, pas mal de coaching, mais de façon plus ponctuelle, plus privée, on va dire. Et c'est vrai que ce côté corporate me prend un peu de temps. J'ai encore la chance d'avoir quelques partenaires, que ce soit Lacoste ou une société américaine qui s'appelle WCM, donc j'honore les contrats et les obligations que j'ai.

Pour rester au Mexique, vous avez également créé, avec votre épouse Jeovana, une fondation à votre nom : dans quels domaines intervient-elle ?
Avec la Van de Velde Foundation, on intervient sur trois secteurs. Le premier, c'est l'éducation : on donne des bourses à des enfants défavorisés, on prend en charge leurs frais scolaires, bref on les met dans les meilleures conditions pour étudier. Là, on a huit enfants dans le secondaire, et trois jeunes à l'université. Le deuxième secteur, c'est le sport et le handisport : on aide financièrement et logistiquement un groupe de jeunes athlètes, une trentaine d'enfants qui souffrent du syndrome de Down ou de problèmes moteurs. On fait en sorte qu'ils puissent participer à des épreuves, nationales ou internationales. Au sein de ce secteur, on a un projet, bien évidemment, dans le golf, pour essayer d'apprendre aux jeunes les valeurs qui caractérisent notre sport. Enfin, le troisième secteur est la santé : on a un programme par lequel on fait venir entre 20 et 25 dentistes dans des localités très défavorisées de la région, et qui permet à 250 personnes de recevoir des soins dans la journée. Toutes ces actions s'inscrivent dans la continuité de mon rôle d'ambassadeur pour l'Unicef, à l'époque où je vivais en France.

Venons-en au gros morceau qu'est l'organisation et la promotion de tournois...
À la suite de ma retraite en tant que joueur du circuit européen, j'ai eu la chance que la Fédération et le groupe Amaury m'aient fait confiance pour essayer de redynamiser l'Open de France — ce qu'on a réussi à faire. Ma mission a duré sur cinq éditions, de 2012 à 2016. Une fois terminée, et une fois la Ryder Cup en France passée — parce qu'il ne faut pas oublier que j'ai passé seize ans au conseil d'administration de la société Ryder Cup Europe — j'ai décidé, avec la petite structure VDV Partners qu'on a avec mon associé Alain Pelillo, de me consacrer aux tournois seniors. Parce que d'abord, la réalité économique, même si elle n'est pas simple, est quand même plus facile à l'échelle du Legends Tour, les budgets sont quand même moindres. Il faut néanmoins trouver le modèle économique, et pour qu'il tienne, il faut que l'épreuve soit totalement autosuffisante, et ce n'est pas une chose facile. On a tout de même réussi à organiser de 2021 à 2024 quatre éditions du Legends Open de France, les trois premières à Saint-Cloud et la quatrième au Touquet. On a aussi organisé, pour notre partenaire WCM, un open senior au Mexique fin 2024.

Cette semaine, vous organisez au Touquet une épreuve d'un genre différent : le Pro-Am & Skins Game Genesis-GGP Auto. En quoi cela consiste-t-il ?
Suite au retrait de WCM, on a décidé de se concentrer sur des pro-ams qualitatifs, tout en gardant notre noyau de partenaires dans le nord-ouest de la France. On avait déjà fait ça à Arras en 2019, et aussi l'an dernier au Touquet. Cette année, grâce à un nouvel arrivant qui est le constructeur automobile Genesis, distribué en France par GGP Auto, on a créé pour eux cet événement qui comprend un pro-am le jeudi et un skins game à six joueurs le vendredi (cf. ci-dessous). Ça a un côté très bon enfant, et – entre guillemets – éducatif : on a des micros, on parle des coups, on explique techniquement ce qui se passe, on se chambre un petit peu. On réunit quand même des joueurs comme Thomas Levet, Jean-François Rémésy, de multiples vainqueurs sur le circuit européen qui restent de sérieux clients quand il s'agit de serrer un peu la vis, donc ça va être sympa !

Du spectacle au Touquet !

Après un pro-am à dix-huit équipes jeudi, le parcours de la Forêt au Touquet Golf Resort est le théâtre, ce vendredi 11 septembre, d'un skins game réunissant autour de Jean Van de Velde cinq pros français seniors emblématiques : Thomas Levet, Jean-François Remésy, Benoît Teilleria, Roger Sabarros et François Calmels. Convivial et spectaculaire, cet affrontement entre trois équipes de deux évoluant dans une partie unique fera l'objet d'une production télévisée : le format final de 90 minutes sera diffusé à de multiples reprises sur les antennes du groupe Canal+, à partir du mercredi 24 septembre. « Nous avons ainsi mis en place les deux volets de notre projet : intéresser une série de clients potentiels pour la marque Genesis le jeudi, puis réaliser une opération médiatique le vendredi », explique Alain Pelillo, promoteur du projet avec Jean Van de Velde.

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Vous avez eu 60 ans cette année, mais visiblement l'heure de la retraite est loin d'avoir sonné...
J'ai passé 25 ans sur le Tour, je ne vais pas tirer le rideau et rester chez moi à ne rien faire ! Je continue à être passionné par le golf, et j'ai toujours envie de découvrir, d'apprendre et de m'améliorer. Aujourd'hui, je touche du bois : je suis relativement en forme, même si j'ai ce problème de genou – mais ce n'est pas quelque chose qui m'empêche de vivre. Je crois que tant que je prendrai du plaisir à ce que je fais, je continuerai à porter toutes ces casquettes.