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Les Frenchies du British Amateur n°3 : La consécration de Céline Boutier

Pour le troisième épisode de notre série consacrée aux victoires françaises du British Amateur, retour sur le triomphe de Céline Boutier, en 2015. Sur le parcours nord-irlandais de Portstewart, la Parisienne devenait alors la huitième française à remporter The Women’s Amateur, couronnant ainsi une carrière amateure brillante. Déjà.

Céline Boutier est devenue, en 2015, la huitième Française à remporter le British Amateur. R&A

Les vestes coupe-vents sont de sortie, de même que les sous-pulls à col roulé et les bandeaux en polaire. Bienvenue en Irlande du Nord au mois de juin 2015, sur un parcours de Portstewart n’opposant aucune végétation haute aux assauts de l’air marin, comme si le littoral de l’île celte voulait donner de lui l’image que l’on s’en fait.

Et comme s’il fallait que l’image d’Épinal soit complète, le tracé recevant cette année-là le British Amateur féminin allait se choisir une lauréate se distinguant par une régularité diabolique et des trajectoires pas beaucoup plus hautes que les roughs. Le 13 juin, en devenant la huitième Française à remporter le tournoi, Céline Boutier prouvait une nouvelle fois que son passage par le haut niveau ne se ferait pas… en coup de vent.

En délicatesse au printemps

Après avoir occupé la place de n°1 mondiale amateure durant l’hiver précédent, Céline Boutier avait connu un printemps universitaire compliqué avec son université de Duke. « Ce n’était pas une période où elle était très en forme, confirme Édouard Bréchignac, alors coach de l’équipe de France dames, dont Boutier était l’un des piliers. Ça lui avait fait beaucoup de bien de revenir en Europe. »

Céline Boutier, en compagnie d'Édouard Bréchignac et Inès Lescudier après son succès.

« Elle a eu un petit passage à vide, abonde Karine Mathiot, coach de l’équipe de France dames jusqu’en 2014, et qui a toujours gardé un contact régulier avec la joueuse parisienne. Elle était un peu blessée au dos, et pas très sereine. Ce n’était pas vraiment du doute, mais elle avait des petits blocages. »

Aucun doute ne portait, en revanche, sur la capacité intrinsèque de Céline Boutier à briller dans ce qui est le tournoi phare du golf féminin amateur, et encore moins sur son ambition d’y parvenir, 2015 devant marquer sa dernière participation. « Ça transparaissait, confie Édouard Bréchignac. C’était une époque où ce British lui faisait particulièrement envie. Je savais qu’elle avait le niveau, et surtout très à cœur de le gagner. »

Une montée en puissance progressive

Dès les deux tours de qualification en stroke play, Céline Boutier se montre à son avantage. Certes, sa partenaire de fac irlandaise Leona Maguire la devance de six coups pour en prendre la première place. Mais la Française, deuxième ex-aequo, poste solidement deux cartes sous le par. « Sur les links, il ne faut pas toucher les roughs, souligne Édouard Bréchignac, qui a suivi tout le tournoi depuis le bord du parcours. De ce point de vue, sa régularité l’avantageait. »

Mais, elle l’avouera elle-même après son triomphe, « terminer première des deux tours de qualification n’était pas mon objectif et n’a que peu d’intérêt. » Une philosophie mise en pratique dès la première journée de match play, avec des victoires sur les Suissesses Ellinor Haag, 5&4, puis Rachel Rossel, 1 up, pour lui ouvrir les portes des huitièmes de finale.

Seule Française encore en lice à ce stade du tournoi, Céline Boutier reçoit sur son sac le soutien de son amie Inès Lescudier, qui la caddeyera lors des deux dernières journées. Autre élément de son incontestable montée en puissance, et non des moindres : son putting. « Elle faisait ses échauffements et toutes ses récupérations au putting, sur des petites distances, explique Édouard Bréchignac. Au fur et à mesure, elle a arrêté d’en maquer, et ça a été la clé. » L’Américaine Doris Chen, puis l’Allemande Olivia Cowan en font les frais lors des huitièmes et des quarts, permettant à Boutier d’accéder au dernier carré.

Une finale pleine de maîtrise

Lors des deux dernières journées, Céline Boutier a reçu le soutien de son amie Inès Lescudier.

Le matin du dernier jour, en demi-finale, la Française se sort d’une guerre des nerfs face à la Belge Charlotte De Corte. Le score de 3&2 cache le fait que Céline Boutier, un moment menée, n’a pris deux trous d’avance pour la première fois qu’au 15, pour conclure le match sur le trou suivant.

L’après-midi, la finale face à la Suédoise Linnea Strom, qui avait battu Alexandra Bonetti au premier tour de match play, offre au contraire un exemple typique de la maîtrise dont sait faire preuve Céline Boutier dans les grands rendez-vous. « Elle avait surtout, déjà, une capacité de concentration très intense, analyse Édouard Bréchignac. Quand elle était dedans, elle était au-dessus. » Mauvaise nouvelle pour Strom : cet après-midi du 13 juin, Céline Boutier est dedans.

La Parisienne, en s’imposant 4&3, devient la huitième Française à remporter "The Women’s Amateur", succédant en cela à Marie Monnet, dernière Tricolore en date à s’être imposée, en 1999. Surtout, elle couronne une carrière amateure qui l’avait déjà vue devenir championne d’Europe en individuel, ou encore gagner la Coupe Esmond en 2012. « Les grosses victoires, ça change forcément les choses, relève Karine Mathiot. Toutes ses victoires ont eu une bonne influence sur elle. »

Surtout, des participations d’office à trois majeurs (US Open, British Open et Evian Championship) lui permettent de se frotter sans attendre aux meilleures joueuses de la planète. Non sans quelques petits sacrifices : « Quand elle a appris qu’elle allait jouer l’US Open, elle s’est rendue compte qu’elle ne pourrait pas jouer les Europe avec ses copines de l’équipe de France, se remémore Édouard Bréchignac. Du coup, elle avait quand même un petit pincement au cœur. »

Pincement sans doute moins douloureux lorsque la joueuse du Paris Country Club assistait, à distance, au triomphe de ses copines, synonyme de doublé pour une équipe de France tenante du titre. Boutier, elle, allait faire ses débuts chez les professionnelles l’année suivante. Le début d’une nouvelle carrière. Mais toujours avec la même Céline.


Par William LECOQ
4 mai 2020