Sur le toit de l'Europe

Retour sur les victoires des équipes de France aux Championnats d'Europe par équipes au cours de la dernière décennie.

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Euro Boys 2016 : portée par un exceptionnel esprit d’équipe

Dixième l’année précédente en Finlande, la sélection tricolore avait une revanche à prendre en Autriche. Deuxième de la qualification à quatre coups de l’Allemagne, tenante du titre, elle a privé cette dernière du doublé en s’imposant 5 à 2 en finale.

De l’équipe de 2015, Mathieu Santerre, à la tête d’un nouveau staff composé de Marc Farry, Laurent Gautier et Bruno Boussagol, avait conservé Edgar Catherine, Jeong Weon Ko et Adrien Pendaries, rejoints par Alexandre Fuchs, Paul Margolis et Pierre Pineau.

Rassurés par leur qualification (2e à quatre coups des Allemands), les jeunes Français abordèrent leur quart de finale contre les Tchèques confiants mais, respectueux de leurs adversaires qui les avaient battus, l’année précédente, pour la neuvième place sur le parcours du Pickala Golf Club.

Très appliqués tout au long des foursomes, les "Bleuets" les gagnèrent avant que Pierre Pineau et Alexandre Fuchs ne bouclent l’affaire (5 à 2).

Le lendemain, la demi-finale face aux Italiens débuta très mal avec la perte des deux doubles : «Ce n’était pas une situation très agréable, reconnaît Mathieu Santerre. Mais, lors du petit discours de midi, j’ai senti qu’ils étaient tous convaincus de remporter les cinq simples. Portés par un exceptionnel esprit d’équipe, le véritable onzième homme du groupe, ils étaient «up» dans presque tous les matches. C’était une incroyable sensation.»

Paul Margolis au championnat d'Europe Boys 2016
En arrachant la victoire en play off, Paul Margolis avait apporté le point décisif en demi-finales.

Très vite cependant, l’entraîneur de l’équipe de France Boys comprit qu’il lui fallait aller soutenir Paul Margolis, distancé par Julien Paltrinieri(3 up après sept trous) : «Je l’ai récupéré au sortir du 8, raconte l’entraîneur national. Et, au 10, trouvant que l’Italien avait une routine très longue au putting, je lui ai mis la pression en le lui faisant remarquer. Il a perdu le trou. Paul est revenu «square» au 13 ce qui a mis le capitaine transalpin, informé par le joueur de mon intervention, dans une colère noire. Une violente altercation nous a opposés et, pour ramener le calme, un arbitre nous a exclus du parcours.»

Paul Margolis vainqueur au 20e trou

«Ce match est mon plus beau souvenir de golf, affirme Paul Margolis. Au cours de ce simple, je suis passé par toutes les émotions. Le matin, avec Adrien en double, nous avions perdu au 19e après avoir été «down» pendant quinze trous. Nous avions pris le 16 et le 17 pour égaliser. Au 18, nous avions un putt de quatre mètres pour s’adjuger le match mais, nous l’avions raté. Et, au 19e, les Italiens avaient «boîté» un chip pour l’eagle. J’avais le moral à zéro mais, le staff avait su trouver les bons mots pour nous remotiver. Contre Paltrinieri, je suis revenu au score au 11. Puis, il y a eu une grosse embrouille entre Mathieu et la capitaine italien. Un birdie au 17 m’a permis d’égaliser une nouvelle fois. Nous avons partagé le18e, puis le 19e avec un birdie. Sur le par 3 du 2, je me suis laissé un putt de dix mètres, lui était plus loin. Il a mis son premier putt à 70 cm et moi à 1,5m. Avant de putter, j’ai pensé que si je rentrais mon putt, il raterait le sien. Et c’est ce qui s’est passé.» Paul Margolis apportait ainsi le point de la qualification à la France après ceux glanés par Alexandre Fuchs, Pierre Pineau et Adrien Pendaries.

La formation tricolore revenait de loin (4,5 à 2,5).

«Le soir, nous avons discuté individuellement avec chacun des six joueurs pour savoir s’ils se sentaient capables ou pas d’enchaîner trente-six trous en finale, indique Mathieu Santerre. Paul nous a dit qu’il n’aurait sans doute pas l’énergie pour retourner, une nouvelle fois, un match en sa faveur s’il était distancé. Nous avons décidé de le faire jouer en simple. Je me souviens de l’entretien avec Alex. Il souffrait terriblement des pieds mais, il nous a affirmé, en deux minutes, qu’il disputerait la finale même en rampant pour ramener ses deux points. Et nous l’avons aligné en foursome et en simple.»

Les poignants discours de Bruno Boussagol

Au final, l’Azuréen en a apporté un et demi : «Nous n’avons laissé aucune chance aux Allemands, se rappelle Alexandre Fuchs. Avec Adrien, nous avons gagné 5&4, et Jeong a rentré un chip de 30 m pour l’eagle au 19e trou pour porter le score à 2/0. En simple, je me suis imposé 5&4 aussi. Comme nous avions doublé la partie d’Adrien, ils ont commis une erreur au recording en lui accordant cette victoire mais, c’est bien moi qui ai inscrit le troisième point. J’ai donc foncé vers le match de Paul, tout près de battre Max Schmitt, le n°1 allemand.» 

Alexandre Fuchs au championnat d'Europe Boys 2016
Alexandre Fuchs avait apporté un point et demi en finale.

Trois down après neuf trous, le Cannois a raflé cinq des huit trous du retour pour empocher le quatrième point décisif et offrir le titre à ses partenaires : «Mathieu m’avait dit que je l’aurais à l’usure car le n°1 allemand avait enchaîné trente-six trous tous les jours et il avait raison, précise Paul. Et d’ajouter : «La cohésion du groupe a été fantastique tout au long du séjour. Elle a donc largement contribué à notre succès. Rien que d’évoquer ces moments inoubliables, j’en ai la chair de poule. Désormais, nous sommes liés à jamais.»

«L’ambiance et la cohésion ont été les éléments majeurs de notre succès, confirme Edgar Catherine. Huitième et premier Français de la qualification, l’Aixois n’a jamais pu aller au terme de ses simples : «Ils étaient toujours très accrochés et l’équipe n’a pas eu besoin de mes points pour l’emporter. Ce championnat a marqué ma carrière car, à partir de là, j’ai vraiment produit un très bon golf en progressant régulièrement.»

Outre le rôle de Mathieu Santerre, ceux de Marc Farry, Laurent Gautier et Bruno Boussagol ont impulsé un élan décisif à l’équipe : «Marc par sa bonne humeur, son recul et ses blagues, Laurent par son empathie et n’ayant pas son pareil pour mettre de l’huile dans les rouages du groupe, et Bruno par son énergie, ses conseils et ses discours poignants dans les vestiaires. Il nous faisait chialer.»

En quelques semaines de préparation et de compétition, ces joueurs venaient de sceller des liens d’une amitié indéfectible.


Par Gérard RANCUREL
6 juillet 2020