Sur le toit de l'Europe

Retour sur les victoires des équipes de France aux Championnats d'Europe par équipes au cours de la dernière décennie.

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Euro Boys 2019 : maîtres sur leur terre

Huitièmes de la qualification, les jeunes Français avaient ensuite dominé les Espagnols (5,5 à 1,5), les Suédois (6 à 1) et les Allemands (5 à 2) pour redevenir champions d’Europe pour la troisième fois en sept ans.

Afin de mettre toutes les chances de leur côté à l’occasion de la 40e édition du championnat d’Europe par équipes Boys, organisé pour la deuxième fois à Chantilly, Mathieu Santerre, Benoît Teilleria et leur staff avaient programmé des stages, puis une quadrangulaire et une rencontre France - Angleterre sur le parcours de Vineuil.

La parfaite connaissance du links, redessiné par Tom Simpson en 1920, leur offrait un avantage non négligeable sur leurs principaux adversaires.

Mais, sans doute en proie à la pression de l’événement, les Français se classèrent à la huitième place de la qualification alors que Charles Larcelet (32e) avait gagné la coupe Murat quelques semaines plus tôt et Quentin Debove (62e), occupé la première place de ce même tournoi au terme des trente-six premiers trous. 

Nathan Trey à l'Euro Boys 2019
Auteur d'une bonne qualification, Nathan Trey n'avait perdu aucun simple.

Heureusement, le top 10 de Nicolas Muller (3e) et de Nathan Trey (8e) évita le pire : «Ce fut une douche froide, avoue Mathieu Santerre. Mais, il nous a fallu avaler la pilule et ne rien laisser paraître. Au soir du second tour de stroke play, la principale mission du staff a été de remotiver tout le groupe en s’appuyant sur certaines valeurs.»

Derniers qualifiés pour les quarts de finale, les Boys tricolores se voyaient donc proposer comme adversaires, les Espagnols, ultra favoris de la compétition, conduits par David Puig et Jose-Luis Ballester, premier et deuxième de la qualification !

«Nous étions cependant persuadés que nous pouvions les battre, lance Tom Vaillant. Nous étions tous focalisés sur cet objectif.»

«Dès le matin, les paires Debove -Trey et Larcelet - Muller sont parties au pas de charge», précise l’entraîneur français. Et, elles n’ont abandonné aucun point à leurs adversaires en l’emportant 2 up et 5&4.

L’après-midi, en simple, Quentin Debove et Tom Vaillant ont terminé le travail : «Ce fut un gros soulagement, confie Mathieu Santerre. En éliminant les meilleurs de la course au titre (5,5 à 1,5), nous venions de prouver que nous pouvions redevenir champions d’Europe.»

Totalement décomplexés contre les Suédois

Cette magnifique victoire a boosté toute l’équipe qui s’est présentée face aux Suédois en demie sans aucune appréhension.

Nicolas Muller au championnat d'Europe Boys 2019
Associé à son ami Charles Larcelet, Nicolas Muller avait remporté tous ses foursomes.

Pourtant, au cours des six premiers trous des foursomes, les Scandinaves multiplièrent les bons putts : «C’était très équilibré, se rappelle Mathieu Santerre. Puis, les doubles ont tourné en notre faveur (2 à 0) tout en restant serrés jusqu’au dernier trou

«J’ai eu du mal à entrer dans le match, reconnaît Tom Vaillant associé à Claude Churchward. J’étais encore dans l’émotion de ma victoire de la veille. Claude m’a soutenu et aidé à retrouver la niaque. Il a su me redonner un élan et sur la fin, je n’ai plus rien raté.»

Charles Larcelet et Nicolas Muller, eux, étaient menés (1 down) après quinze trous : «Sur le par 3 du 16, j’ai laissé un putt d’1,3m pour le par à Charles qui l’a rentré, raconte l’Alsacien. Au 17, nous avons pris le trou malgré une mise en jeu dans un bunker nous ayant obligés à nous recentrer. Charles a déposé son coup de wedge à trois mètres et j’ai glissé le putt pour égaliser (AS).  Puis au 18, j’ai loupé le green très à gauche. Ma balle a atterri près du départ du 1. Il a même fallu déplacer la table et le parasol pour que Charles puisse exécuter son coup. Un chip parfait qui s’est immobilisé à 2,5m du trou. Nous nous sommes consultés sur la ligne et j’ai mis le putt pour le birdie. Quand la balle est tombée, j’ai sauté dans ses bras. J’étais au bord des larmes. C’était un moment très fort que je partageais avec un ami d’enfance. C’était énorme. Nous nous connaissons par coeur et nous nous complétons à merveille. D’ailleurs, nous sommes restés invaincus en double.»

Les jeunes Français ont ensuite déroulé en s’adjugeant quatre des cinq simples (6 à 1).

Trey, Muller et Vaillant invaincus en simple

Trois ans après avoir privé les Allemands du doublé, les Français se retrouvaient face à eux en finale. L’invincible double Muller - Larcelet apporta un point à l’équipe mais, Trey et Churchward s’inclinèrent dans le leur : «Pourtant, au 14, Nathan avait eu un putt pour passer 2 up mais, il l’a loupé, précise Mathieu Santerre. Puis, les Allemands ont enquillé une énorme "ficelle" d’une vingtaine de mètres au 15, un putt de huit mètres au 16 et un dernier de l’extérieur du green au 17 pour l’emporter. J’ai senti que Nathan avait pris un gros coup au moral.»

«Claude avait planté le drapeau au 14 et j’ai raté un putt d’un mètre», regrette le Biarrot. 

Tom Vaillant au championnat d'Europe Boys 2019
Comme NicolasMuller et Nathan Trey, Tom Vaillant s'est imposé dans tous ses simples.

«Il a fallu lui remonter le moral, assure l’entraîneur national. Mais, nous avons très vite été rassurés quand il a gagné le premier trou de son simple car il a hurlé un «vamos» entendu à deux kilomètres.»

Regonflé à bloc, il a plié son simple au 16 (3&2) pour demeurer invaincu, comme Nicolas Muller et Tom Vaillant : «Ce fut une semaine inoubliable, confie Nathan Trey. Au cours de la préparation, il y avait peu d’affinités entre nous. Je partageais ma chambre avec Claude que je connais depuis longtemps. Puis, au fur et à mesure, nous sommes devenus une bande de potes avec une cohésion exceptionnelle. Et quand nous avons débarqué à Chantilly, "Benito" (Benoît Telleiria, le sélectionneur), a changé la composition des chambres. Moi, je suis tombé avec Tom et maintenant nous sommes amis. Il vient dormir à la maison.»

«C’est vrai, nous avons appris nous connaître et à nous apprécier, poursuit Nicolas Muller. Nous avons tissé des liens énormes, capitaux dans la vie d’un groupe.»

«Le  moment le plus émouvant pour moi, c’est quand nous nous sommes rejoints sur les fairways du 16 et du 17 et que nous avons tous sauté sur Khelil, dit Tom Vaillant. C’était magique. Mais, très sincèrement, nous n’avions pas envisagé une autre scénario que celui-là. Il n’y a pas eu de place au doute.»

«La connaissance du parcours a fait la différence. Grâce à elle, nous avons pu optimiser les forces et les faiblesses de chaque joueur en fonction du Vineuil. Elle nous a aidés à composer les foursomes et les simples», conclut Mathieu Santerre.

En demeurant maîtres sur leur terre, les Français étaient redevenus les meilleurs d’Europe.

L'épopée au coeur de l'équipe de France


Par Gérard RANCUREL
6 juillet 2020