Sur le toit de l'Europe

Retour sur les victoires des équipes de France aux Championnats d'Europe par équipes au cours de la dernière décennie.

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Euro messieurs 2011 : un premier titre historique

Quelques mois à peine après avoir remporté le championnat du monde en Argentine, l’équipe de France s’est imposée pour la première fois dans le championnat d’Europe réalisant ainsi un fantastique doublé.

Quand les première notes de «La Marseillaise» retentirent au pied du podium installé devant le club-house de l’Oceanico Victoria Golf Club, toute l’équipe de France (Cyril Bouniol, Julien Brun, Edouard Espana, Alexander Levy, Sébastien Gros et Gary Stal) et le staff (Renaud Gris, Christophe Pottier, Pascal Grizot, Michel Pradet et Alain Carmand) entonnèrent les paroles à pleins poumons : «Ce fut un moment très fort et le plus gros souvenir de cette semaine pour moi, se souvient Julien Brun. D’ailleurs, l’année suivante à la Palmer Cup, le coach suédois m’en avait reparlé et avait perçu l’émotion ayant envahi l’équipe.»

«C’était exceptionnel de réaliser ce doublé historique, ajoute Renaud Gris. En raison des formules spécifiques de ces championnats, les deux victoires étaient différentes mais, la sensation de bonheur demeurait aussi forte. L’équipe était arrivée à maturité et avait abordé cet Euro au Portugal en pleine forme grâce à une préparation bien orchestrée. Avec la cohésion du groupe, c’est ce qui nous avait permis de renverser en notre faveur des situations compliquées.»

«Chacun avait trouvé sa place au sein de l’équipe et tenu son rôle à merveille, avance Cyril Bouniol. Nous rigolions tout le temps. Les vannes fusaient à longueur de journée. Il suffisait d’une ou deux pour dédramatiser une passe difficile. Malgré les forts caractères présents dans le groupe, je n’ai jamais ressenti l’égo du golfeur. Personne ne se prenait au sérieux. Seb Gros avait peu joué mais, il était présent à tous les échauffements. Et sur le terrain, il accomplissait du bon boulot.»

«Il avait eu du mal à supporter la pression d’un premier championnat d’Europe et son jeu n’était pas très performant, poursuit Renaud Gris. Mais, il avait caddeyé ses partenaires, les avait soutenus et ainsi apporté sa pierre à l’édifice.»

Les Français réussirent une très bonne qualification en se classant à la troisième place (- 16) derrière l’Espagne (- 21) et l’Allemagne (- 20) : «Je ne me rappelle plus vraiment des deux tours de stroke play, déclare Julien Brun. En revanche, j’ai le souvenir d’un quart et d’une demie très chauds.»

Une réaction d’orgueil contre les Irlandais

Opposés aux Irlandais en quarts de finale, les Français se retrouvèrent menés 2 à 0 à l’issue des foursomes matinaux : «Quand nous sommes rentrés au club-house avec Alexander, les Irlandais se marraient, raconte Christophe Pottier. J’ai dit à Alex : ils se foutent de notre gueule et ça, c’est pas possible. Leur attitude nous a piqués au vif.»

Après un débriefing musclé, la sélection tricolore a eu une belle réaction d’orgueil à laquelle les Irlandais furent incapables de résister à l’image d’Alan Dunbar, balayé par Gary Stal (6&5) pour un résultat final de 4,5 à 2,5 en faveur de la France.

Gary Stal au championnat d'Europe 2011
Gary Stal avait accompli un match énorme en demi-finale contre les Allemands.

«Sur l’enchaînement 11-12, un par 4 et un par 5, il y avait un petit bouchon, explique Julien Brun. Nous étions plusieurs joueurs à attendre. A l’exception de Gary, nous étions tous down. Mais, après cette interruption, nous sommes tous repartis tambour battant et nous avons gagné quatre des cinq simples, Alex et moi par 1 up.»

La demi-finale contre les Allemands fut très disputée également. Au top physiquement, les Français assommèrent leurs adversaires sur les derniers trous.

«Moi, j’étais 1 down au 16, se remémore Julien Brun. A la faveur d’un «trois putts» de l’Allemand, j’ai égalisé au 17 avant de l’emporter sur le dernier trou. Mais, ce jour-là, Gary a été énorme. Dormie au départ du 17, il a rentré un putt de huit mètres pour rester en vie et réduire le score (1 down). Sur le trou suivant, l’Allemand a mis sa balle dans l’eau (AS). Au 19, Gary a enquillé un putt d’1,5m pour partager. Et au 20, il a mis un putt de 4,5m pour arracher le point de la victoire. A ce moment-là, il s’est retourné vers nous en hurlant : «Alors, c’est qui le ragondin.»

«Ce putt-là, je ne l’oublierai jamais, affirme Christophe Pottier. Gary avait des yeux de fou et il criait : c’est qui le ragondin. Dans le même temps, Cyril s’apprêtait à partir en play off après avoir été mené 2 down au 15. Il n’a pas eu besoin d’aller plus loin.»

Une finale plus serrée que ne l’indique le score

Déjà finalistes à trois reprises (1959, 1967 et 2007), les amateurs tricolores ne visaient rien d’autre qu'un premier titre de champion d’Europe.

Face à des Suisses, tombeurs des Finlandais et des Suédois, la finale n’était pas jouée d’avance : «Ils alignaient une super équipe et nous avaient bien accrochés dans les foursomes, précise Christophe Pottier. Ils étaient «up» dans les deux matches avant qu’il ne tournent en notre faveur.» 

Bouniol, Gros et Pottier
Cyril Bouniol, Sébastien Gros et Christophe Pottier avec la coupe de champion d'Europe par équipes.

«Quand les joueurs sont prêts physiquement et qu’ils ont les idées claires, le cumul des facteurs met l’équipe dans les meilleures dispositions», commente Renaud Gris.

Le tandem Levy-Stal apporta le premier point. Mais, Bouniol-Espana durent avoir recours à deux trous de play off pour s’imposer et faciliter la tâche de l’équipe en simple.

«Cyril avait bouclé le double très fatigué, évoque Christophe Pottier. Je crois qu’il souffrait d’une périostite. Il marchait avec difficulté. Il est venu me voir pour m’annoncer qu’il préférait renoncer au simple. Un geste magnifique.»

«J’avais mal, atteste Cyril Bouniol. En simple, ça pouvait bien se passer ou tourner au cauchemar. Edouard se sentait bien. Il tapait parfaitement la balle. L’un de nous deux risquait de jouer en n°5 et c’était mieux pour l’équipe que ce soit lui. Je l’ai caddeyé et il a mis fin à son simple au 16. Je n’aurais pas pu marcher deux trous de plus. J’étais au bout du bout.»

Cette victoire (3&2) d’Edouard Espana et le large succès (5&4) d’Alexander Levy permirent à l’équipe de France d’ajouter une ligne prestigieuse à son palmarès : «J’ai eu une chance inouïe de vivre ces deux aventures humaines, confie Christophe Pottier. Ce début de la décennie a été fabuleux avec le titre mondial en 2010, le titre européen en 2011 et la victoire à l’European Nations Cup en 2012, trois compétitions que nous n’avions jamais remportées. Quel bonheur !. »

« C’est beau de pouvoir faire partie de l’histoire du golf français. Pour la plupart d’entre nous, il s’agissait de la toute dernière opportunité d’être champions d’Europe. Quoi de plus jouissif que de représenter son pays et de gagner. Ça marque à jamais», conclut Cyril Bouniol.

La plupart des membres de cette équipe sont devenus professionnels et ont évolué sur le Tour européen. Une preuve supplémentaire de la valeur de ce groupe.


Par Gérard RANCUREL
6 juillet 2020