Comment ça marche, les facs US ?

Dans cette série de six épisodes, nous vous faisons découvrir le complexe mais très formateur monde du golf universitaire américain, où évoluent de nombreux jeunes Français.

En savoir + L'intégral

Accueil / Actus / Amateur / Universités US / Comment ça marche, les facs US ? / Comment ça marche, les facs US ? (3/6) Le long processus de recrutement

Comment ça marche, les facs US ? (3/6) Le long processus de recrutement

Traduction et envoi de bulletins scolaires, critères d’éligibilité, repérage par les coaches, visites des différents campus : le recrutement dans les filières golfiques des universités américaines est un procédé long et aux multiples étapes. Pour les facs comme pour les futurs étudiants, il est gouverné par un principe : resserrer l’entonnoir.

« J’ai passé tout l’hiver à expliquer le processus à des jeunes ou à leurs coaches. J’ai presque failli faire une vidéo sur YouTube là-dessus. » Ce témoignage de l’ancien joueur français du Tour européen Adrien Mörk, aujourd’hui coach principal de l’équipe masculine de Texas Christian University (TCU), annonce la couleur : en abordant le recrutement, le troisième épisode de cette série va de nouveau se lancer dans le compliqué.

Dans cette perspective, autant commencer par ce qui est simple. Le recrutement se déroule en deux temps : l’étude de l’éligibilité, puis l’intégration par une université proprement dite. Et vous voulez savoir la meilleure ? Le niveau golfique des candidats est pour relativement peu de choses dans tout cela. Relativement…

L’éligibilité

Adrien Mörk est l'entraîneur de l'équipe masculine de TCU.

La division I de NCAA (lire épisode 1) est l’objectif prioritaire d’une très grande majorité de jeunes golfeurs désireux d’être formés dans le système universitaire américain. Le premier filtre se situe justement à ce niveau : pour intégrer l’une des universités de cette division, le futur étudiant doit être déclaré éligible par la NCAA elle-même, laquelle ne prend en compte, dans ce cadre, que les résultats scolaires. Un indicateur occupe une place fondamentale dans cette optique : le GPA* (l'astérisque renvoie au lexique ci-dessous).

Ce dernier est le fruit d’un calcul déjà complexe à la base, mais qui devient sacrément velu dès lors que, pour un jeune Français, une conversion de ses résultats dans le système de notes américain est nécessaire. Retenons simplement qu'au bout du compte, un GPA de 2,3 est demandé pour intégrer la division I, ainsi que l’obtention du SAT*. Ce dernier, que les lycéens tricolores peuvent passer dans plusieurs centres spécialisés à Paris et en province, présente l’avantage en cas de bon score de pouvoir contrebalancer un GPA qui serait un peu trop bas.

« Ceux qui intègrent des universités en NAIA ou en Junior College, c’est souvent pour cette raison, explique Adrien Mörk. Mais l’avantage, c’est qu’après un ou deux ans d’études, on devient généralement éligible à la division I de NCAA, et on peut à ce moment-là faire un transfert vers une autre université. »

Pour les ambitieux, deux choses sont donc fondamentales afin de rencontrer le moins d’obstacles possibles : obtenir de bons résultats scolaires, et anticiper au maximum les démarches. « Le plus tôt est le mieux, confirme le coach de TCU. Car en plus, quand on vient de France, il faut faire traduire tous ses bulletins scolaires à partir de la 3e, et par un traducteur assermenté, avant de les envoyer. »

Dès l’année de 3e également, la plupart des futurs étudiants s’inscrivent sur une plateforme numérique, "NCAA Eligibility Center", ce qui leur permet de suivre l’évolution de leur GPA, et de développer leur projet en conséquence.

L’intégration dans une université

Une plateforme sur laquelle Paul Beauvy ne s’est pas inscrit. D’abord parce que l’actuel pensionnaire du Centre de performance de Terre Blanche, actuellement dans son année de terminale, s’est lancé dans son projet fac US plus tardivement. Et ensuite parce que ses résultats scolaires ne sont pas à l’heure actuelle, et ne devraient pas être à l’avenir, un problème majeur. Ce qui a davantage occupé le joueur de Pléneuf Val-André, qui projette de partir outre-Atlantique à la rentrée 2022, est la recherche de son point de chute, à grands renforts de mails et de démarchages en tous genres. « Je suis allé sur Golfstat (un site web spécialisé dans le golf universitaire américain, NDLR), j’ai pris le top 100 des universités, j’ai croisé ça avec leur localisation, et là-dessus j’ai envoyé des mails aux coaches », narre-t-il. En effet, une fois l’éligibilité établie, les universités peuvent prendre la main sur leur recrutement. Ça y est, on va parler de niveau de golf ? Un petit peu de patience…

Car les universités elles-mêmes sont très attentives au niveau scolaire des différents prospects*. « Dans chaque fac, il y a un département d’admission, qui peut, selon les endroits, avoir des critères assez élevés, détaille Adrien Mörk. Le coach ne fait son choix qu’après. S’il y a des joueurs que je veux absolument recruter, mais que l’admission me dit que ce n’est pas possible, je ne peux pas les recruter. Pour les très bons, on arrive à faire le forcing, mais ça concerne uniquement les meilleurs mondiaux. »

Et si c’était le seul défi pour les jeunes Français… car les universités scrutent également de très près leurs affinités avec ce bon vieux Shakespeare. « J’adore l’anglais, j’ai toujours été attentif en cours, rassure Paul Beauvy. Mais en ce moment, j’essaie clairement de devenir bilingue. Je regarde mes séries en anglais, je lis en anglais, j’ai mis mon téléphone et mon ordinateur en anglais. J’en suis même au point où, parfois, j’ai du mal à retrouver le bon mot en français », rigole le champion de France cadets en titre. Certaines structures (mais pas toutes) exigent ainsi, en plus d’un bon GPA et du SAT, l’obtention du Toefl (Test of English as a Foreign Language), un diplôme spécialement orienté sur la maîtrise de l’anglais.

Et le golf, dans tout ça ?

Oui, tout de même, à un moment donné dans le processus, le niveau golfique est pris en compte. Cette opération est confiée dans chaque université à un staff d’entraîneurs, qui œuvre donc après l’assurance de l’éligibilité et de l’admissibilité des prospects. Et là non plus, rien n’est laissé au hasard dans le travail de repérage. « En tant que coach, on est limité en termes de jours de recrutement, donc on planifie ça très à l’avance, campe Adrien Mörk. Je regarde d’abord les moyennes de scores et les différents rankings, pour faire un premier tri. Ensuite, je passe souvent tout l’été à suivre cinq ou six tournois en Europe. Je suis chaque jeune que j’ambitionne de recruter au moins une fois. Je scrute le swing, l’attitude, les intercations, etc. »

Champion de France cadets en titre, Paul Beauvy est en plein processus de recrutement.

Plus que le golf en lui-même, les coaches étudient longuement le golfeur, l’être humain dans sa globalité. « Il faut savoir comment réagit le jeune quand c’est compliqué, poursuit le coach de TCU. Car on a entre 10 et 15 joueurs dans notre effectif, mais on n’en prend que 5 pour chaque tournoi (lire épisode 2). Donc ça veut dire qu’on en laisse entre 5 et 10 sur le carreau. Et le pire de tout, c’est un joueur qui n’est pas pris, et du coup qui déprime et qui ne s’entraîne plus. »

Ces contacts entre coaches et prospects sont très réglementés : avant le 15 juin se situant environ 15 mois avant l’entrée effective à la fac, les entraîneurs n’ont le droit de parler à d’éventuels futurs étudiants sous aucune forme. « Souvent, les jeunes envoient des mails – j’en reçois entre 10 et 20 par jour – et s’inquiètent parce qu’ils ne reçoivent pas de réponse, souligne Adrien Mörk. Mais on n’a tout simplement pas le droit de répondre. Malgré ça, il faut continuer à en envoyer : un joueur qui m’aura envoyé beaucoup de messages, je vais plus facilement retenir son nom. »

Une fois le fatidique 15 juin passé, les relations se nouent. D’ordinaire, les grands tournois européens de l’été (entre autres) sont un point de contact privilégié entre joueurs et coaches. Les universités peuvent quant à elles organiser, à partir du 1er août, des visites de leurs installations pour leurs éventuels futurs étudiants, qu’elles prennent totalement à leur charge. Chaque prospect a ainsi le droit à cinq visites officielles de cinq universités différentes.

Évidemment, la pandémie de covid-19 est venue troubler l’ordinaire. « Mes éventuels futurs coaches n’ont pas pu venir me voir sur le terrain, et je n’ai pas pu faire de visite, raconte Paul Beauvy. Donc ça se fait plus ou moins au feeling. » Le joueur de Pléneuf a réussi à réduire sa short list à deux universités. Pour l’une, Iowa State, il a réussi à obtenir un verbal commitment* et une bourse. Il attend encore une réponse de l’Université d’Arizona pour faire son choix définitif. Il faudra attendre encore quelques mois pour la signature de la NLI, qui fermera ainsi le chapitre du recrutement. Avant d’en ouvrir un autre.


Par William LECOQ
23 février 2021