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Pascal Grizot : « Placer régulièrement nos espoirs dans le top 30 mondial amateur »

La ffgolf franchit une nouvelle étape dans sa transformation pour placer ses meilleurs joueurs au plus haut niveau mondial. Pascal Grizot, Président du comité de performance de la ffgolf, nous l’explique.

Charles Larcelet et Nicolas Muller ont grandement contribué au sacre européen de l'équipe de France boys à Chantilly cet été. ffgolf

En mai 2018, la ffgolf tirait les conséquences d’une baisse des résultats de ses équipes de France Amateur et présentait les grandes lignes d’une nouvelle approche de la préparation de haut niveau de ses plus grands espoirs. Un an et demi plus tard, sa Direction Technique Nationale annonce des changements dans les staffs des équipes de France.

Jean-François Lucquin, ancien joueur et vainqueur sur le circuit européen, se voit confier l’encadrement de l’équipe de France boys. Il devient également l’entraîneur du pôle France de ce même collectif, et sera épaulé par Pierre-Jean Cassagne. Benoît Teilleria hérite quant à lui de l’équipe de France messieurs aux côtés de Mathieu Santerre (entraîneur du pôle France boys par ailleurs). Antoine Delon en sera le nouveau capitaine (il succède à Laurent Gautier, dont l’investissement total auprès des équipes de France est à saluer).

Patricia Meunier-Lebouc et Gwladys Nocera (avec Mickaël Mahéo) restent respectivement à la tête des dames et des girls. Les entraineurs de ces collectifs seront placés sous l’autorité de Jean-Luc Cayla, nommé Directeur de la Performance. Cet ancien Directeur omnisports de la société anonyme sportive professionnelle (SASP) du Lagardère Paris Racing et entraîneur de sportifs de haut niveau, reconnu pour ses compétences pluridisciplinaires et ses connaissances universitaires et académiques, sera lui-même placé sous l’autorité de Maïtena Alsuguren qui assurera le pilotage de l’ensemble du dispositif.

Pascal Grizot, quelle lecture devons-nous faire des changements à la tête de vos équipes de France et de l’arrivée de Jean-Luc Cayla ?

Les résultats produits par les sportifs français n’ont eu de cesse de monter en puissance entre le début des années 2000, jusqu’en 2015. Les années 2014 et 2015, ont été les saisons durant lesquelles les sportives et sportifs français ont enregistré les meilleurs résultats, tant chez les amateurs que chez les pros. Symboliquement, et ce n’est pas rien, les fantastiques performances de Victor Dubuisson et de Karine Icher en 2014, ont eu pour écho, des titres majeurs lors du British Amateur et British Ladies pour Céline Boutier et Romain Langasque. Or, cette dynamique positive, s’est essoufflée. Il était de la responsabilité de la ffgolf, d’en analyser les causes.

Un audit des moyens engagés pour la haute performance a été effectué par Jean-Luc Cayla compte tenu de son expérience dans le domaine. Cela nous a permis de prendre les décisions qui s’imposaient afin de renouer avec le succès. Après la déception des derniers championnats du monde amateur, il y a eu une prise de conscience collective de la nécessité de faire évoluer notre stratégie. Cette unité dans l’analyse objective de nos performances a permis une remobilisation salvatrice. Les résultats aux derniers championnats d’Europe, auréolés notamment d’une médaille d’or pour nos boys, en témoignent.

Cette remobilisation s’est accompagnée de changements dans les moyens affectés pour atteindre nos ambitions élevées. Concrètement, c’est de ces moyens dont nous avons parlés en mai 2018. Et nous n’avons pas dévié de la ligne directrice affichée à cet instant. Nous avions notamment annoncé à l’époque notre volonté d’apporter plus d’expertises et de nous appuyer sur l’expérience de nos joueuses et joueurs ayant joué et performé au plus haut niveau professionnel. C’est dans cette logique que nous avons décidé de développer notre collaboration avec Gwladys Nocera, Benoît Teilleria et Jean-François Lucquin. Leur présence, avec celle de Patricia Meunier-Lebouc, dans l’encadrement de nos équipes de France, doit nous aider à nous replacer parmi les meilleures nations mondiales chez les amateurs. L’implication de Grégory Havret auprès de nos joueurs lors de notre stage hivernal en Espagne à la Reserva est aussi une illustration de notre démarche. Et de la même manière, la nomination de Jean-Luc Cayla s’inscrit dans la volonté d’appréhender de la meilleure façon la très haute performance.

Qu’attendez-vous précisément de la nomination d’un Directeur de la Performance ?

Jean-Luc Cayla doit avant tout être le garant que le projet de haut niveau se déploie de manière efficace sur le terrain et il doit l’incarner au quotidien. Il sera donc en relation étroite avec l’ensemble de nos staffs qui encadrent les pôles et les équipes de France. Il assurera le pilotage des staffs. Son expérience et sa capacité à mobiliser les moyens opérationnels pour atteindre des objectifs de résultat seront précieux. Nous devons avoir un niveau d’exigence très élevé à tous les étages.

La ffgolf a accentué ses dernières années le recours à de l’expertise étrangère. Allez-vous poursuivre dans cette direction ?

Oui bien entendu. Nous sommes très fiers de notre encadrement et sommes particulièrement enthousiastes de voir certains de nos champions vouloir prêtre main forte et réinvestir leur expérience au profit des plus jeunes. Nous concevons l’apport d’entraineurs ou d’experts internationaux comme complémentaire à cette démarche. Nous pensons que la conjugaison de ces deux démarches doit permettre à nos jeunes sportifs de devenir plus performant, plus vite. David Ames, pour le putting, et James Ridyard pour le petit jeu sont régulièrement intervenus auprès de nos jeunes ces derniers mois. Nous allons maintenir ce travail engagé et nous souhaitons même le développer.

En explorant notamment d’autres aspects comme la préparation mentale. Nous avons notamment en ce sens des discussions avec Dave Alred, coach mental, entre autres, de Francesco Molinari. Dave Alred est également connu dans le monde du rugby pour avoir collaboré avec Johnny Wilkinson. Au-delà de cette expertise étrangère, j’insiste également sur le fait que nous associons de plus en plus les coachs individuels de nos meilleurs joueurs dans nos programmes. Lors des stages de nos équipes de France organisés notamment à la Reserva, nous les avons tous invités à se rendre sur place pour être au plus proches des entraîneurs nationaux et des experts présents sur place. Nous croyons en cette proximité. Tous les coachs individuels n’ayant pas pu se rendre en Espagne ont eu un débriefing complet.

Nous recentrons nos moyens sur des structures de haute performance.

Au-delà des hommes, un mot sur les structures et les outils. Des changements ont-ils également été opérés dans ce domaine ?

Nous recentrons nos moyens sur des structures de hautes performances, au Golf National et au domaine de Terre Blanche. Ces dernières sont dotées de toutes les infrastructures nécessaires pour appréhender le très haut niveau (box technique, qualité de la préparation des parcours…) et permettent l’organisation d’une scolarité (adaptée au programme sportif) directement sur site. Ils accueillent tous les deux un Pôle France et un Pôle Espoir.

Le Pôle Espoir de Terre Blanche sera véritablement opérationnel en septembre 2020. En conséquence, nous avons donc décidé de la fermeture des Pôles Espoir de Montpellier (en septembre 2019) et de Toulouse (en septembre 2020). Par ailleurs, nous continuons à promouvoir la filière des universités US parfaitement adaptée pour se préparer au haut niveau et se laisser un maximum de chances de s’installer sur les circuits américains.

Ces centres de performances sont donc déjà opérationnels ?

Oui. Et dès septembre 2020, le Golf National disposera d’un centre de petit jeu exceptionnel. Et un an plus tard, nous doublerons la surface du bâtiment accueillant les classes, les salles dédiés à la préparation physique… et nous allons créer 20 hébergements sur site pour loger nos joueurs sur place. Au total, cela représente un investissement de 4.5 millions d’euros. 65% sont financés grâce au soutien de nos partenaires publiques, l’Etat, la région Île-de-France, le département des Yvelines et Saint-Quentin-en-Yvelines qui nous accompagnent une nouvelle fois, sur ce beau projet.

À vous entendre, ces 15 dernières années, malgré une période récente moins glorieuse, on peut considérer que la ffgolf a toujours su accompagner ses sportifs avec de la réussite lorsque ceux-ci évoluent dans les rangs amateurs. En revanche, les performances se font toujours attendre au plus haut niveau professionnel. Comment la Fédération doit-elle agir dans ce domaine ?

Tout d’abord, il nous semble fondamental que la ffgolf mette tout en œuvre pour favoriser principalement l’émergence des jeunes talents. Évidemment, comme dans toute discipline, ça part des clubs, qui doivent être accompagnés par les comités départementaux et les ligues. En ce sens, les CD et les ligues ont un rôle fondamental et irremplaçable sur la détection, l’animation et le suivi des jeunes catégories d’âges, de 10 à 15 ans. C’est la raison pour laquelle, nous déployons un dispositif complet d’outils à destination des écoles de golf (matériel et contenus pédagogiques, repères de départs adaptés aux plus jeunes, circuit d’épreuves.).

Ensuite, quand les jeunes progressent en âge et en niveau, la ffgolf doit, toujours aux côtés des ligues, prendre le relais pour proposer aux joueuses et joueuses les plus prometteurs, les meilleures conditions d’entraînement, un programme de compétition à l’international et l’accès à l’expertise des meilleurs coachs mondiaux. C’est sur cette partie de la filière sportive que la ffgolf doit concentrer ses efforts et ses actions. Pour ne rien négliger et adapter les moyens, nous avons confié à Alexandre Bosseray la mission de faire le lien avec les ligues, les entraîneurs personnels et les clubs des joueurs identifiés comme à fort potentiel.

Nous visons des médailles au Championnat du Monde amateur 2022 en France.

Pourquoi ?

Pour trois raisons essentielles. La première est liée au fait que la très grande majorité des sportifs qui intègrent le top 50 mondial, chez les garçons comme chez les filles, est issue de l’élite amateur. Très rares sont les joueurs amateurs classés au-delà du top 100 mondial chez les amateurs, qui intègrent quelques années plus tard l’élite professionnelle. D’ailleurs, nos meilleurs représentants nationaux actuels chez les pros ont tous figuré dans le haut du classement mondial amateur.

La deuxième est liée au faible levier que peut avoir une fédération auprès de sportifs professionnels. Un très bon joueur amateur, ou une très bonne joueuse (nous en avons de nombreux exemples, en France et à l’étranger) sont capables d’obtenir des montants de sponsoring importants, qui les rendent « indépendants » tant vis-à-vis de leur entourage que de la fédération. Ce n’est pas plus la fédération espagnole qui a financé le passage pro de Jon Rahm ou Carlotta Ciganda, que la fédération anglaise qui a financé les premières années de circuit de Georgia Hall ou Tommy Fleetwood.

Bien sûr la ffgolf ne doit en aucun cas abandonner ses sportifs les plus prometteurs au moment de leur passage pro s’ils ne se qualifient pas dès leur première tentative sur le European Tour ou le LPGA. Ce n’est pas ce que nous faisons, puisque nous les accompagnons à la fois financièrement et d’un point de vue logistique, lors des deux premières saisons sur le Challenge Tour ou le LET. Mais simplement, cet accompagnement, cette forme de transition, doit avoir un début et une fin. Cela doit être très clair dans l’esprit des joueurs. À l’issue de deux années de circuit (3 maximum), les joueurs et joueuses doivent évoluer sur les tours de première division. Ceux qui passent directement des rangs amateurs au European Tour ou sur le LPGA n’ont guère besoin de la fédération et c’est parfaitement compréhensible. Dans tous les cas de figure, cet « arrêt de l’accompagnement fédéral » est discuté au cas par cas avec chaque sportif, pour éviter toute rupture brutale, préjudiciable à la performance de l’athlète.

Et la dernière raison, alors ?

La troisième a une dimension, pour ainsi dire « sociologique » ou culturelle. En golf, la plupart des joueurs passent pro entre 20 et 25 ans. Il peut certes exister quelques exceptions, mais ça reste assez marginal. Il nous semble tout à fait souhaitable, comme c’est le cas dans leur vie d’une manière générale lors du passage à l’âge adulte que les sportives et sportives « s’émancipent » d’une forme de tutelle institutionnelle incarnée par la fédération. Le moment venu, ces champions en puissance doivent nager dans le grand bain, sans flotteur !

Quels objectifs de résultats vous fixez vous ?

Nous souhaitons être régulièrement représenté dans le top 30 mondial amateur. Et nous visons des médailles au Championnat du Monde amateur 2022 que nous accueillons en France. En redéployant nos moyens de cette manière, nous voulons évidemment des résultats ! Et je ne vois pas pourquoi la France n’y arriverait pas alors que des nations qui ont moins de moyens que nous comme la Norvège ou le Danemark parviennent à tirer leur épingle du jeu avec des joueurs comme Victor Hovland et Nicolai Hojgaard. Hovland, passé professionnel en juin dernier, a déjà décroché ses droits de jeu complets pour la prochaine saison du PGA Tour. Quant à Hojgaard, il jouait la Junior Ryder Cup en 2018 et vient de terminer deuxième du dernier KLM Open.


Par La rédaction
30 septembre 2019