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Entretien avec Alejandro Reyes

"L’Albatros doit répondre aux plus hautes exigences de qualité, non seulement par rapport à la Ryder Cup ou à l’Open de France, mais tout au long de l’année. Il doit devenir l’un des meilleurs parcours du monde."

Vous êtes très jeune mais vous avez cependant convaincu, grâce à votre cursus et vos expériences, les responsables du Golf National… 
J’aurai en effet 30 ans au mois d’août prochain. En ce qui concerne mes études, j’ai d’abord obtenu un diplôme d’ingénieur agronome, en Espagne, puis je me suis spécialisé en golf avec un Masters obtenu en Angleterre, à l’université de Cranfield et j’ai suivi encore d’autres formations, notamment en Ecosse et aux Etats-Unis, à l’université de Géorgie. A la suite de mes études, j’ai travaillé sur plusieurs parcours de haut niveau, en Andalousie, mais également aux Etats-Unis, à Muirfield Village. Ces six dernières années, j’étais superintendant du Alhama Signature Golf, dans la région de Murcia, un superbe parcours signé et dessiné par Jack Nicklaus avec qui j’ai eu l’occasion de travailler.

Vous étiez vraiment très jeune lorsque vous avez débuté sur ce poste…
J’étais pratiquement un gamin à l’époque mais j’étais très motivé ! Et depuis lors je n’ai jamais cessé de poursuivre ma formation, notamment par des lectures, ne serait-ce que par rapport à l’évolution très rapide des choses du golf. Et dès que j’ai un doute, ce qui arrive, je fais appel à l’un de mes anciens professeurs. Pour moi, un bon intendant n’est pas celui qui possède toutes les connaissances mais celui qui sait où trouver toutes les informations.

Quelle différence faites-vous entre superintendant et greenkeeper ?
En fait, en Anglais, un greenkeeper est un jardinier. Ensuite il y a l’intendant de terrain, au Golf National c’est Guillaume Cadic, puis le superintendant, suivant le niveau des missions et des responsabilités.

Depuis votre arrivée, début janvier 2013, quelles ont été vos premières actions ?
Je me suis tout de suite plongé dans l’étude des documents fournis par les différents experts en ce qui concerne les travaux prévus sur le parcours de l’Albatros : drainage, arrosage, tracé des chemins destinés aux voiturettes et certains autres changements demandés par l’European Tour. Mon premier travail est de donner mon avis et mon analyse, puis de faire mes retours à Pascal Grizot quant à la faisabilité des différentes propositions, compte tenu du terrain, de notre budget, de nos RH.

Quels sont les experts dont vous parlez ?
Sur le drainage, nous travaillons avec Alain Deshayes des Ateliers du golf, avec Eric Portelier d’AREO pour l’arrosage, les autres missions relevant d’EGD (European Golf Design). Ce sont des gens très qualifiés. Je dois échanger avec eux, faire mes recommandations sur leurs préconisations. Les appels d’offre seront ensuite lancés, avec toutes les spécifications techniques, de façon à démarrer les travaux les plus importants en août 2014.

Quelles sont les priorités ?
Les chantiers prioritaires sont le drainage, l’arrosage et la qualité des fairways. Le drainage est évidemment fondamental. A l’époque où se joue la Ryder Cup, les conditions climatiques peuvent être difficiles et il n’est bien sûr pas question d’interrompre la compétition en cas de grosses pluies comme cela a été le cas au Celtic Manor en 2010. La qualité des moyens d’arrosage est aussi très importante pour obtenir une grande uniformité de l’herbe des fairways et des petits roughs. Les fairways sont actuellement loin d’être assez fermes et roulants. Jusqu’à 2018, nous allons introduire 3000 tonnes de sable par an sur le parcours. En 2018, le sol de l’albatros ne sera plus argileux mais sablonneux…

Les gros travaux débuteront après l’Open de France de 2014. L’édition de 2015 se jouera-t-elle aussi sur l’Albatros ?
Il n’est pas question que l’Open de France se joue ailleurs que sur l’Albatros. Le parcours sera fermé juste après l’Open de 2014 et nous prévoyons de le rouvrir en mars 2015. L’impératif est qu’il soit dans les conditions optimales pour l’Open de 2015. Le Golf National prend d’autant plus de valeur que la Ryder Cup va s’y jouer. Par rapport à l’Open de France et à son sponsor principal, cela revêt une grande importance puisque les joueurs, notamment américains, susceptibles de jouer la Ryder Cup 2018 auront à cœur de connaître le parcours le plus tôt possible. Cela contribuera donc à élever le niveau du champ de joueurs de l’Open.

Faites-vous une différence entre l’Open de France et la Ryder Cup par rapport à la qualité du parcours ?
Non, pas vraiment. Ce qui pourrait faire une différence, comme je le disais tout à l’heure, ce sont les conditions climatiques qui ne sont pas forcément les mêmes en juillet et en septembre. L’Albatros doit répondre aux plus hautes exigences de qualité, non seulement par rapport à la Ryder Cup ou à l’Open de France, mais tout au long de l’année. Il doit devenir l’un des meilleurs parcours du monde. C’est le but que je me suis fixé avec l’ensemble de l’équipe de jardiniers et mécaniciens du Golf National qui sont également très motivés et qui, soit dit en passant, m’ont très bien accueilli.

Malgré les grands froids qui ont sévi sur Paris cet hiver, la qualité des greens semble s’être améliorée…
En effet, nous avons commencé à travailler sur les greens. Jusqu’à présent, on n’utilisait des tondeuses manuelles, les plus précises et efficaces, que lors de la préparation de l’Open de France. Dorénavant, ce sera le cas en permanence. Nous allons également nous pencher très sérieusement sur l’état des tees de départ et les bunkers.

Avez-vous également en charge les parcours de l’Aigle et de l’Oiselet ?
Je suis responsable de l’ensemble des parcours mais, pour le moment, je me suis quasiment uniquement concentré sur l’Albatros. Le plus gros des efforts doit se porter sur le futur parcours de la Ryder Cup mais cela ne veut pas dire que la qualité de l’Aigle et de l’Oiselet doive baisser, bien au contraire. Mais il est clair que nous ne pourrons pas maintenir les trois parcours au même niveau d’exigence. Ce serait d’ailleurs aberrant.

Connaissiez-vous le Golf National avant de venir y travailler ?
Non, je n’étais jamais venu auparavant. Mais je m’étais évidemment renseigné lorsqu’il a été choisi pour accueillir la Ryder Cup. C’était alors juste de la curiosité professionnelle. C’est un parcours que j’apprécie énormément et qui renferme à mon avis d’énormes possibilités. Bien sûr, tout superintendant en poste ici rêverait de disposer de budgets illimités et de la possibilité de le fermer pendant deux ans. Mais les moyens dont nous disposons sont loin d’être négligeables et avec un peu d’organisation, je suis persuadé que le Golf National sera à la hauteur du grand événement que nous attendons tous. En tout cas, cela fait seulement quelques semaines que je suis ici mais ce parcours est déjà le mien ! 

Jean-Louis Aragon pour la ffgolf