La présence de quatre compétiteurs polynésiens au Championnat de France des Jeunes, cette semaine au Domaine du Gouverneur, témoigne du remarquable travail de détection et de formation réalisé aux antipodes par la Fédération polynésienne de golf.
Ils s'appellent Rokea Teriitehau-Paquier, Maëlhy Lecomte di Paolo, Nolan Yu Chip Lin et Keanui Billaudet ; ils évoluent cette semaine dans les catégories U12 Filles et Benjamines pour les deux premières citées, Benjamins pour les deux derniers, et ils ont comme point commun de représenter la Polynésie française au Championnat de France des Jeunes. « Ia ora na » - bienvenue à vous – jeunes compatriotes, qui avez effectué jusqu'à trente heures de voyage depuis le milieu de l'océan Pacifique pour participer à la grande fête du golf des jeunes Français ! « Il y a régulièrement eu des Polynésiens au CFJ au fil des années, mais ça faisait un petit bout de temps qu'on n'avait pas eu autant de représentants », salue Charles Almeida, cadre technique de la Fédération polynésienne de golf.
Pour cet ancien membre des équipes de France amateurs, puis joueur professionnel sur la troisième division européenne, ce long déplacement jusqu'au Domaine du Gouverneur, dans l'Ain, est en réalité un retour à la maison : « Je suis littéralement né sur le golf de Mionnay, à quelques kilomètres d'ici, et j'ai passé toute ma vie dans le coin jusqu'à il y a deux ans, quand j'ai eu l'opportunité de prendre ce poste. J'avais découvert Tahiti lors d'un voyage quand j'étais plus jeune, et je rêvais d'aller y vivre », explique-t-il dans un grand sourire.
À presque trente ans, ce titulaire du brevet et du diplôme d'État qui n'échangerait pas sa vie actuelle, à 16 000 kilomètres de la métropole, contre celle d'avant. Malgré l'ampleur de la tâche qui l'attend – développer le golf polynésien sous toutes les facettes – l'excitation l'emporte largement sur l'appréhension liée au manque de moyens et à l'état quasi-embryonnaire de la petite balle blanche dans les cinq archipels qui composent la Polynésie française. Après quarante-cinq ans d'existence, la fédération compte aujourd'hui moins de neuf cents licenciés, répartis dans six associations sportives. Ceux-ci s'adonnent aux joies de la petite balle blanche sur seulement deux parcours : le 18 trous du Ugolf Moorea Green Pearl, et le 18 trous du Golf international de Tahiti-Atimaono. « On a un nouveau président, Yann Teagai, qui se démène pour démocratiser le golf à fond », souligne Charles Almeida. « On a lancé un championnat de Polynésie, avec un ordre du mérite, qui regroupe dix tournois dans l'année organisés par les AS. Et la fédé organise elle-même une dizaine de tournois pour les jeunes. On essaie de se métropoliser (sic) un petit peu ! »
Former puis exiler
Les meilleurs jeunes, qui représentent l'avenir du golf polynésien de haut niveau, sont un enjeu crucial pour le cadre technique. Pour leur permettre de suivre les traces des rares pros issus de la collectivité d'outre-mer – outre Benjamin Hébert, qui a vécu quatre ans à Tahiti, Vaita Guillaume et Teremoana Beaucousin ont été les pionniers polynésiens sur les circuits internationaux – son rôle consiste d'abord à les détecter et les former dès le plus jeune âge. « Il y a un bon vivier de jeunes joueurs, grâce notamment à un pro enseignant, Louis Lestelle, qui fait du bon boulot avec eux en leur transmettant la passion du golf et en les emmenant jouer des compétitions à l'étranger. Il fait un très gros travail de fond », salue-t-il.
Mais dans un deuxième temps, la seule façon de permettre à un jeune talentueux de continuer à progresser est de l'inciter... à partir. « Parce qu'encore une fois, il n'y a que deux golfs en Polynésie. L'entretien des parcours n'est pas top, les zones d'entraînement ne sont pas d'excellente qualité, et on n'est que sept pros enseignants là-bas. Il y a du niveau, c'est sûr, mais ça n'a rien à voir avec la métropole ou l'Australie ou même la Nouvelle-Zélande. Donc il faut que les gamins partent, qu'ils aillent se perfectionner dans des académies à l'étranger », résume Charles Almeida. C'est ainsi que, parmi les quatre Polynésiens présents au CFJ, trois sont déjà installés ailleurs : Rokea est en Australie du côté de Brisbane, Keanui à Mionnay et Nolan à Roissy – en attendant d'intégrer le Centre de performance du Golf National en septembre.
Les Jeux du Pacifique 2027 en ligne de mire
À moyen terme, la formation des jeunes Polynésiens a un objectif bien concret : les épreuves de golf des Jeux du Pacifique, qui se dérouleront à Tahiti du 24 juillet au 7 août 2027. « On a à cœur de faire un résultat chez nous, donc tout le travail de la Fédération a pour but de créer la meilleure équipe possible », conclut Charles Almeida. Au vu des premiers résultats enregistrés cette semaine au CFJ – notamment la victoire de Rokea Teriitehau-Paquier dans la qualification des U12 Filles et la troisième place ex aequo de Nolan Yu Chip Lin chez les Benjamins – l'avenir s'annonce radieux !