Tous les golfeurs ont leurs petits tracas sur le parcours. Et à l'instar des pros, la préparation mentale peut servir à devenir meilleur et à terme, à prendre plus de plaisir. Cette semaine, on s'intéresse au stress au départ du 1.
Apprendre à se connaître, la base
On imagine souvent la préparation mentale réservée aux compétiteurs professionnels par simple justification qu'ils ont plus régulièrement besoin de gérer la pression dans une partie. Pourtant, les tracas du parcours sont l'affaire de tous, pros comme amateurs. Et donc la préparation mentale aussi. Pour Anaïs Lalande, intervenante auprès de la Ligue Paca et du Centre national de performance de Terre Blanche, le bénéfice final de ce travail tient dans un amas de positivité : plus de satisfaction sur le parcours, des meilleurs coups et scores et surtout plus de sourires et donc de plaisir, et un plus grand bien-être. Celle qui travaille avec la Fédération française de golf depuis un an et demi maintenant précise - logiquement - que la préparation mentale d'un joueur amateur sera moins structurée que celle d'un professionnel. Mais sa base est la même : apprendre à se connaître. « Que ce soit pour un joueur de très haut niveau ou un amateur du dimanche, l'important au début est de comprendre comment il réagit à la pression, à l'erreur, à la fatigue. Comment il se régule sur le parcours sans avoir amené le moindre outil mental. » On dit parfois qu'un parcours de golf révèle la vraie nature d'un joueur, exposé pendant plus de quatre heures à la succession des difficultés : ce constat est, selon elle, le point de départ indispensable avant tout exercice.
Un travail possible, même sans suivi professionnel
Un accompagnement professionnel permet bien sûr d'aller plus loin, notamment pour délivrer des outils poussés. Mais la première étape — apprendre à s'observer — reste accessible à tous. Lors de la prochaine partie, il suffit de prendre notes de son fonctionnement sur chacun des 18 trous. Exemples : Quelle réaction après un coup raté ? Quelle attitude avant ou après tel événement ? Quelle réflexion avant de prendre une décision ? L'habitude de s'interroger sur soi permet de ainsi de définir un profil.
Le travail d'observation autonome consiste à noter ses attitudes, ses pensées en complément de son score. Une étape à faire davantage après la partie plutôt que pendant pour enregistrer, à tête refroidie, l'attitude, la posture, les réflexions dans sa routine avant le coup, aussi bien sur les coups ratés que ceux réussis. Cette observation régulière permet de repérer ses propres points forts et ses fragilités, un peu comme un bilan physique identifie les qualités musculaires existantes et celles à développer.
Le trac du 1, pourquoi et comment y remédier ?
Les genoux qui tremblent, les mains moites, le cœur qui tambourine... quelques secondes avant de s'élancer, voire quelques secondes après, les symptômes ont déjà touché une majorité de golfeurs au départ du 1. « Même les joueurs du PGA Tour ressentent ce stress au départ, rappelle la sophrologue et hypnothérapeute. Chez les amateurs, le fait d'avoir une terrasse de restaurant à côté ou quelques parties qui attendent pour jouer derrière amène une situation inhabituelle : celle d'être regardé. Résultat : on se met en tête que ce premier coup devrait être différent, presque plus spectaculaire que les suivants, comme s'il allait conditionner le reste de la partie, alors qu'il s'agit du même club, de la même mise en jeu déjà répétée des dizaines de fois au practice. »
Pour contrer cela, Anaïs Lalande recommande d'abord d'accepter le fait que l'on peut connaître l'état de trac, plutôt que de lutter contre lui. Car l'idée n'est pas de le faire disparaître, mais bien de savoir composer avec. Dans cette perspective, la préparatrice mentale qui a coaché l'équipe masculine du golf d'Aix-Marseille, propose une première clé : préparer une routine, construite au practice avant même d'arriver sur le parcours. « L'objectif est de mettre l'attention du joueur sur le déroulé de cette routine, dans seul but de l'amener à une seule chose essentielle, le geste. » De cette manière, on amène le cerveau à se concentrer sur un processus familier plutôt que sur l'environnement stressant ou le résultat à venir.
Les outils concrets varient ensuite selon les profils, et la spécialiste invite chacun à expérimenter : une respiration ventrale profonde pour certains, une image mentale associée à un lieu apaisant pour d'autres — elle cite l'exemple d'un joueur professionnel qui respirait l'odeur d'un parfum sur un mouchoir, associée à un souvenir de montagne, avant chaque départ. Elle recommande aussi de s'entraîner en conditions réelles de pression, par exemple en s'exerçant devant du public au practice ou au départ du 1, pour apprendre à ne plus se sentir en démonstration et à simplement jouer avec ses propres qualités — imperfections comprises — plutôt que d'essayer d'être un autre joueur que soi-même.
Faut-il comprendre son stress avant de le surmonter ?
Là encore, Anaïs Lalande refuse toute réponse universelle. Certains profils ont besoin de comprendre pour avancer, quand d'autres préfèrent répéter un exercice jusqu'à ce qu'il s'automatise, sans jamais avoir cherché le « pourquoi ». Une chose reste cependant presque toujours vraie lorsqu'on pousse la question : la source du stress au départ, c'est le regard des autres.