On s’est demandé à quoi tenait la réussite d’un trou en un au niveau amateur. Pour cela, on vous a sollicités, vous les licenciés. Et la conclusion de cette enquête digne d’un Pull-itzer (vive les jeux de mots) divise sur l’importance de la chance. Ce qui est sûr, c’est que chaque histoire est belle.
Un trou en un est un marqueur temporel dans la vie d’un amateur. La pierre blanche de l’avant et de l’après. Pour Maxens, c’était un 16 octobre ; pour Clémence un jour de juillet 2024. Où, quand, avec qui, comment ? Tout est ancré à vie. En même temps, il faut réaliser ce que la prouesse implique. Bien que rebelle à toute loi du golf, le trou en un survient généralement sur les trous aux distances les plus courtes, les par 3, variant d’une cinquantaine de mètres à environ deux cents pour les plus habiles (pour cette extrémité du spectre, on parle presque exclusivement des pros). Ce qui veut dire qu’un trou en un revient à effacer cette distance d’une traite pour atteindre, à la bonne vitesse - ni trop vite, ni pas assez - un trou de 10,8 centimètres de diamètre, faisant fi ou allié de tout aléa que sont le vent, la pluie, le moindre décalage dans le geste, les quelques brins d’herbe plus hauts que d’autres ou l’éventuelle bouche d’arrosage située sur le chemin. En dix secondes, il peut tout se passer.
Voilà donc qui explique en partie la réaction commune à ce qu’on appelle aussi un ace. « J’ai traversé le trou en courant et en hurlant », rembobine Édouard en décrivant le jeune adolescent de 12 ou 13 ans qu’il était lorsque c’est arrivé, en 2007 ou 2008, au golf Isabella (Yvelines). « C’est le moment où je commençais à être mordu de ce sport, j’avais des posters de Tiger Woods dans ma chambre, je regardais le golf à la télé donc je savais parfaitement ce que ça représentait, et forcément j’ai crié. Je pense que c’est la réaction de toute personne qui fait son premier trou en un. »
La chance de faire le bon choix
Pour Clémence, l’effusion de joie a été davantage modérée. Au golf du Champ de bataille (Eure), le green du douzième trou est masqué par un bunker surélevé. Lorsqu’elle y tape son coup de fer, elle voit sa balle partir dans la bonne trajectoire et puis… plus rien. « Les gens qui étaient dans la partie de devant ont applaudi et je me suis dit que soit c’était très proche, soit c’était dedans. » Mais il a fallu aller jusqu’à la cible pour avoir la réponse. « Je pensais que la joie allait être plus importante », concède-t-elle. Tout sourire dans son récit, la joueuse de l’équipe de Brigode est tout de même fière de partager un exploit que son copain, au sac ce jour-là, n’hésite plus à s’attribuer avec beaucoup de second degré. « Au départ, j’hésitais entre un fer 6 et un fer 7 parce que je n’avais jamais joué le parcours. Et mon copain, qui ne joue même pas au golf, m’a dit de prendre le 6. Je savais qu’il y avait 136 mètres et le reste, c’était juste un bon coup. »
De son coté, Maxens a composé avec les armes qu’il avait, ou plutôt la seule arme disponible ce jour-là au golf de Mormal (Nord) pour un gaucher de 8 ans sans ses clubs : « un fer 7 Wilson de location. Un club de débutant qui était bof, bofi-bof (sic) même », relate non sans plaisir celui qui a aujourd’hui 15 ans. Lancé sur le pitch & putt avec son tonton pour une partie de vacances, il se présente au départ du 5 avec l’espoir de renverser un score qui, selon lui, était catastrophique. Spoiler : il a fini par jouer dans le par ! « J’avais 66 mètres et je me suis dit que j’allais faire un genre d’approche roulée. Elle n’a jamais dévié de sa trajectoire et elle était droite. » Si le degré d’implication du destin varie selon les histoires, il y a toujours, à l’initiation de ce grand moment, le choix du protagoniste. « Quand on a un jeu de fer régulier, qu'on connaît bien ses distances, ça aide. Donc il faut beaucoup s’entraîner pour augmenter ses chances », juge Clémence. Un propos appuyé par Édouard : « On le voit avec les pros, ils jouent plus souvent donc, en plus de leur niveau, ça leur arrive plus souvent. » Il en est un d’ailleurs qui a répondu à notre appel à témoignage. Avec un cumul de neuf trous en un en 34 années de vie, Adrien Saddier s’est même targué d’un #boulard dans son message plein d’auto-dérision. « Pourtant, quand on voit les vidéos des pros qui tentent un trou en un avec cent balles, ils n’y arrivent pas toujours », nuance Clémence pour souligner la difficulté, même chez ceux qui font de ce sport leur métier.
Le choix de la chance
En réalité, le trou en un ne respecte rien. Le timing, par exemple. L’an passé, il a choisi le moment où Amy était aveuglée par le soleil au trou n° 6 du parcours Hawtree du golf de Bondues (Nord) pour surgir. « Avec mon frère, on a perdu la balle et on est allés chercher derrière le green. Au bout d’un moment, il est allé voir dans le trou », raconte-t-elle du haut de ses 13 ans. Au 14 du golf Isabella, Édouard s’en est remis à une gigantesque butte située sur la droite du green pour transformer un « topon slicé, presque une socket même », en un projectile ne répondant plus qu’aux lois de la gravité. « Elle a roulé du début du fairway jusque sur la butte. Elle est montée, a escaladé tout le dénivelé et est redescendue vers le drapeau au fond du green. Elle est arrivée morte au niveau du trou et elle est tombée. » Clémence se souvient quant à elle avoir été témoin du bonheur d’une autre golfeuse, auteur d’un coup topé au driver sur un par 3 de 90 mètres et qui n’avait visiblement aucun autre destin que de finir au plus bas du mât. Le trou en un ne tient finalement ni à l’index - de 4 à 45 pour nos témoins du jour - ni à la volonté de le faire à l’instant T, ni même à la couleur de la balle choisie ce jour-là.
Il ne respecte même pas l’ancienneté ! « J’ai fait un hole in one », démarre Amy dans la vidéo faite pour immortaliser le moment. « Et mon frère il en a toujours pas fait », finit-elle, malicieuse d’avoir devancé son aîné dans cette quête. Pour elle, il est arrivé au bout de quelques mois de golf seulement. Comme William, son aîné, et comme beaucoup d’autres à l’instar de l’auteur de ces lignes, le trou en un est encore une chimère. Mais pour se consoler - et caractériser davantage la rareté de l’accomplissement - il est utile de rappeler qu’un golfeur tape dans une partie entre 70 coups (pour les meilleurs) et 120 coups (pour les plus novices). Sur cette fourchette, dix-huit seulement concernent le départ, situation indispensable du trou en un. Et selon la physionomie des parcours, le nombre de par 3 se situant entre deux et six, on réduit le nombre de coups à ces valeurs - exception étant faite d’éventuels par 4 très courts dans certains golfs. Reste ensuite à convertir sa chance sur l’un de ses deux à six coups. De l’autre côté de l’Atlantique, le National Hole in One Registry a converti cette probabilité dans la vie d’un golfeur amateur au-dessus de 10 d’index à une chance sur… 12 500. En comparaison, il est plus probable d’avoir les quatre chiffres du prochain tirage du loto (1 chance sur 9631).
Enfin, le trou en un est parfois empoisonné, accompagné d’une saveur douce-amère. Alors qu’il n’était encore que 45 d’index avec deux ans de golf dans les doigts, Boris a traversé toutes les émotions générées par le golf en seulement quelques minutes. À chaque fois qu’il retourne au trou n° 8 du golf de Garonne (Haute-Garonne), le Toulousain ressasse. « Je vois ma balle qui finit en roulant et pouah, dans le trou ! Je suis comme un fou. Je regarde tout autour de moi… personne. J’étais un peu dégouté (rires). » Celui qui est aujourd’hui 26 d’index enchaîne : « Derrière, j’arrive sur le 9 qui est aussi un par 3 d’environ 100 mètres. J’étais tellement excité et tremblant que j’ai foutu quatre balles à la flotte. J’ai ruiné la carte ! » Par-dessus tout, Boris regrette l’absence de témoins car, aujourd’hui encore, lorsqu’il raconte son exploit passé, il n’obtient que peu d’encensements, faute de soutien dans la narration. Alors pour tous les Boris et pour tous ceux qui ont connu la gloire à l’abri des regards, comme à tous ceux qui ont répondu au sondage sur Instagram, bravo et merci !