Récent vainqueur de la coupe Frayssineau-Mouchy à Fontainebleau, le joueur breton de 16 ans a été sélectionné pour disputer le match biennal entre France et Angleterre, samedi et dimanche à Chantilly. Une première sélection en équipe de France Messieurs pour ce pensionnaire du Centre de performance du Golf National, heureux de se confronter au plus haut niveau avec ses camarades du quotidien.
Il savait que France et Angleterre avaient pour vieille habitude, tous les deux ans, de faire s'affronter leurs équipes amateurs Messieurs lors de deux journées de matches. Il savait également qu'en 2024, les Tricolores étaient allés décrocher, en territoire adverse, une très convaincante victoire, qui mettait fin à 14 années de disette (20 ans si on ne compte que les déplacements outre-Manche). Il savait, enfin, que la rencontre allait de nouveau avoir lieu, samedi 16 et dimanche 17 mai, au Golf de Chantilly (lire ci-dessous).
Ce que Tao Pemerika ne savait pas forcément, en revanche, c'est qu'il allait participer à la fête. La bonne surprise lui est arrivée par un coup de fil du capitaine Antoine Delon, deux jours après que le joueur licencié au Golf de Cornouaille a remporté la Coupe Frayssineau, puis la Coupe Mouchy, à l'issue d'un solide week-end de golf à Fontainebleau. Une performance qui n'est sans doute pas pour rien dans le fait de voir le joueur breton de 16 ans sur le point d'honorer sa première sélection en équipe de France Messieurs. « Je ne pensais pas être sélectionné, il y a quand même du monde, réagit-il. Quand j’ai reçu l’appel d’Antoine Delon, j’étais surpris, mais évidemment très content de pouvoir représenter la France. C’est une belle échéance, avec des super joueurs, ça va me faire voir le top niveau. »
Europe Boys et British Boys en ligne de mire
Le haut niveau, Tao Pemerika en a montré un bon morceau, fin avril à Fontainebleau. Pas tellement lors du premier tour du vendredi... encore que. Si l'on inclut dans le haut niveau la capacité à pouvoir rendre un score correct même avec un jeu en-deçà de l'optimum, alors celui qui disputait sa première Mouchy en a fait montre. Un 68 (-3) sans bogey lors du deuxième tour l'a mis en orbite, trajectoire dont il n'a pas dévié lors des 36 trous du dimanche. « J'ai pu voir qu'aucun joueur du Centre de performance n'avait encore gagné la Mouchy, note-t-il d'un sourire. Je suis le premier. » Sur le parcours de Fontainebleau, outre sa solidité sur les mises en jeu et son style agressif, qui sont sa marque de fabrique, il a pu exploiter une autre de ses particularités : le fait d'être gaucher. « Il y a pas mal de trous où je peux mettre des petits fades à la mise en jeu », explicite-t-il.
Cette victoire à la Mouchy, qui succède pour lui à un premier succès d'envergure au Grand Prix de Saint-Donat, à la fin de l'hiver, ressemble à une percée au grand jour. Mais Tao Pemerika est dans le périmètre du haut niveau français depuis plusieurs saisons, en réalité. En 2022, au Gouverneur, il avait décroché le titre de champion de France U12. Depuis l'automne 2023, il est pensionnaire du Centre national de performance du Golf National, qu'il a intégré en classe de 4e. « C'est ma troisième année maintenant, je suis en classe de seconde, explique-t-il. C'est passé très vite, j'ai du mal à me rendre compte que ça fait bientôt trois ans que je suis là. » Une structure au sein de laquelle il côtoie quotidiennement des joueurs tels qu'Hugo Le Goff, Oscar Couilleau, Lev Grinberg ou Callixte Alzas, qui seront de ses coéquipiers ce week-end à Chantilly. « Je suis avec eux au quotidien, mais je n'ai jamais vraiment été avec eux dans un contexte de compétition, précise-t-il à propos de ses aînés. C'est forcément assez différent de l'entraînement. »
Match France - Angleterre : confirmer à domicile
Après un très beau succès en terre anglaise en 2024, les Bleus reçoivent cette fois les Anglais au Golf de Chantilly, samedi et dimanche. La formule de jeu de cette rencontre ne change pas : deux équipes de huit joueurs, et 12 matches par jour, avec quatre foursomes le matin, et 8 simples l'après-midi.
Dans l'escouade menée par le capitaine Antoine Delon, Hugo Le Goff, Oscar Couilleau, Callixte Alzas et Noa Auch-Roy sont les quatre vétérans de la campagne victorieuse de Moortown, il y a deux ans. Ils seront accompagnés de Tom de Herrypon, récent vainqueur des Internationaux d'Autriche, du champion de France Messieurs en titre Octave Bailo, du récent naturalisé Lev Grinberg et, donc, de Tao Pemerika.
La victoire à la Mouchy puis la sélection en équipe de France Messieurs sont arrivés dans la saison de Tao Pemerika sous les atours du bonus. Les objectifs principaux qui étaient les siens en début de saison restent les mêmes, et concerneront plutôt l'été. Le natif de Quimper espère bien de nouvelles sélections en équipe de France, mais cette fois chez les Boys, d'abord lors du Toyota Juniors Golf World Cup au Japon (23-26 juin), puis lors des Championnats d'Europe par équipes (7-11 juillet). Sur le front des épreuves individuelles, il a particulièrement en vue le Boys' Amateur Championship (communément nommé British Boys), du 10 au 15 août en Écosse. Non seulement par le prestige de l'épreuve, mais aussi par le fait que, étant en fin d'année de seconde, il entrera prochainement dans la période où les coaches et autres éclaireurs d'universités américaines ont le droit de prendre langue avec lui. « Je veux et je vais sûrement aller aux États-Unis à partir de 2028, confirme-t-il. Le British Boys, pour eux, c'est une bonne occasion de faire du repérage. »
Dans cette perspective américaine, une chose ne fera pas partie de ses préoccupations : la barrière de la langue. Fils d'un père néo-zélandais et d'une mère française, Tao Pemerika est bilingue depuis sa plus tendre enfance. Golfeur aussi d'ailleurs. « Je pense que j'ai posé mes pieds au Golf de Cornouaille pour la première fois à trois mois, raconte-t-il. J'ai toujours fait du golf, et je n'ai jamais lâché. » À peine avait-il soufflé sa première bougie que son père lui avait déjà bricolé un driver, en assemblant une tête de bois 3 et un shaft raccourci et allégé. « J'ai fait mes premiers swings avec, enfin si on peut appeler ça des swings. Et je l'ai cassé quelques mois après », rigole le Finistérien.
Même si, jusqu'à l'âge de 10 ans, il jouait essentiellement pour le plaisir, son pro d'alors au Golf de Cornouaille, Olivier Bottineau, avait assez vite remarqué sa qualité de frappe de balle. En participant à ses premières compétitions avec les autres jeunes de la Ligue de Bretagne, le joueur lui-même s'est rendu compte de ses capacités. Aujourd'hui encore, le club situé à La Forêt-Fouesnant est pour lui un appui précieux, notamment (mais pas seulement) financier. « C'est en grande partie grâce à eux que je suis ici, affirme Tao Pemerika. Le club m'aide beaucoup, et me donne un beau budget chaque année. »
À Chantilly, ce week-end, le décor sera bien différent de la côte découpée du Finistère sud. Tao Pemerika s'attend à un parcours long et ferme, et à rencontrer des roughs assez hauts. Ce qu'il voit d'un bon œil, puisqu'il se réjouit de pouvoir se confronter à des parcours exigeants. C'est cela aussi, le début d'une belle trajectoire.