Première qualification sur le PGA Tour grâce à sa victoire au Monroe Invitational, première participation à venir à l'U.S. Amateur, le tout au beau milieu d'un transfert de l'Université du Nebraska à celle du Tennessee... L'été de Rudy Sautron est on ne peut plus chargé. Ce qui ne l'empêche nullement de bien jouer.
Dans la galaxie des universités américaines, il est souvent question de la nécessaire adéquation de l'aspect golf, que cela soit à l'entraînement ou en compétition, et de l'aspect académiques. Les cours, quoi. Une problématique qui ne semble s'appliquer qu'à l'année universitaire en elle-même, qui court de fin août à début juin. Sauf que pour Rudy Sautron, elle perdure tout l'été. Au milieu des cartons par son transfert de l'Université du Nebraska à celle du Tennessee, le Réunionnais doit suivre quatre classes d'été pour mettre tous ses bulletins dans les clous. Fort heureusement, tout cela s'accompagne de plusieurs bonnes nouvelles, parmi lesquelles sa première participation à l'U.S. Amateur à partir du 10 août, et surtout sa qualification pour son tout premier tournoi du PGA Tour, en octobre prochain.
Rudy Sautron sort en effet d'une superbe semaine de golf lors du Monroe Invitational. Un prestigieux tournoi amateur disputé tous les ans dans l'État de New York et qu'il a remporté haut la main, avec sept coups d'avance sur son plus proche poursuivant. Cette avance s'est surtout construite lors du quatrième et dernier tour, où son partenaire de jeu n'était autre que l'Américain Collins Trolio, qui le talonnait alors à un coup au classement.
Mais rapidement au-dessus du par, ce dernier a vu filer le Français, qui bouclait ainsi une semaine en ayant fait un seul bogey, au 18 du deuxième tour à cause d'un trois-putts. « Le pire drapeau de la journée, rigole Rudy Sautron. C'est vrai qu'un tournoi sans bogey, on prend avec plaisir, mais à la fin, ça n'a pas changé grand-chose. J'ai simplement très bien tapé la balle, je n'ai pas loupé beaucoup de fairways, j'ai loupé quatre greens dans la semaine. »
Déjà, plus tôt dans la semaine, le joueur formé au Golf du Colorado avait montré ses bonnes dispositions. Le lundi, lors d'une qualification sur 18 trous pour l'U.S. Amateur, sur le parcours du Boston Golf Club, il avait signé une bonne carte de 67 (-4). Un score qui égalait la meilleure performance de la journée, et le qualifiait donc, pour la première fois de sa carrière, à l'épreuve phare du golf amateur aux États-Unis. Le 10 août, il sera donc à Merion, en Pennsylvanie, face au gratin américain et même mondial. « J'ai parlé avec un type qui connaît Merion il y a pas longtemps, narre Rudy Sautron. Il m'a dit que, lorsqu'on y allait et qu'on ne connaissait pas, ça rentrait forcément dans le top 3 des golfs qu'on avait joués dans sa vie. »
Sa victoire au Monroe Invitational, elle, va aussi lui permettre de côtoyer le gratin mondial. Mais sans avoir à ajouter l'adjectif « amateur », cette fois. Comme son prédécesseur au palmarès Oscar Couilleau, Rudy Sautron a validé, par cette victoire, sa place au Butterfield Bermuda Championship, épreuve du PGA Tour, qui se tiendra du 22 au 25 octobre aux Bermudes. L'an dernier, en remportant l'Indian Creek Invitational, dans le Nebraska, il s'était ouvert les portes de la deuxième division du Korn Ferry Tour, lors du Pinnacle Bank Championship. Cette fois, il se fera une idée du niveau du dessus. « Je n'arrive toujours pas à réaliser, souffle-t-il. Je vais pouvoir jouer contre des joueurs du top 150 mondial, c'est une grosse étape dans ma carrière. Après, le but, c'est de prendre de l'expérience et de voir si j'ai le niveau. C'est une opportunité qui s'ouvre, et ça fait très plaisir. »
« J'ai besoin de jouer les meilleurs tournois »
L'étoile de Rudy Sautron est loin de pâlir. Mais la couleur de son uniforme, elle, s'est décalé d'une bande dans l'arc-en-ciel. Habillé jusque-là du rouge vif de Nebraska, le Réunionnais est officiellement vêtu, depuis juin, de l'orange de Tennessee. Une montée en grade claire pour lui, qui quitte ainsi l'université classée 83e à l'échelle du pays pour celle occupant le 18e rang du classement sur la saison passée. C'était d'ailleurs tout le but de la manœuvre. « Ça fait deux ans que je suis à Nebraska, et que j'essaie de me qualifier pour le NCAA Championship en individuel, mais c'est très compliqué, souligne-t-il. J'aimerais vraiment jouer ce tournoi, jouer contre les meilleurs. J'ai besoin de me mettre à niveau avec eux. »
En ligne de mire du joueur français, qui fêtera ses 21 ans le 12 août prochain, figurera également le PGA Tour University. Ce programme, mis en place par le circuit américain, vise à faciliter le passage des tout meilleurs des rangs universitaires à ceux du Korn Ferry Tour, voire du PGA Tour. Ainsi, le top 10 à la fin de chaque saison reçoit, a minima, des droits de jeu sur le Korn Ferry Tour, si tant est que le joueur en question soit en fin de cursus universitaire. Ce qui sera bien le cas de Sautron, qui jouera à partir de cet automne sa dernière saison en NCAA. « Si je restais à Nebraska l'année prochaine, j'allais être maximum 30e au PGA Tour University, observe-t-il. Cette saison, même avec trois victoires, je n'étais que top 30. Alors que dans une autre université, avec trois tournois, j'aurais été top 10. Donc j'ai besoin de jouer les meilleurs tournois. »
Passer d'une université à l'autre, Rudy Sautron connaît. Déjà, il y a deux ans, il était passé de la fac de Cameron, évoluant en division II de NCAA, à celle de Nebraska. Pour aller cette fois jusqu'à Tennessee, il a dû effectuer derechef ce que l'on appelle dans le jargon un transfert. Un mot qui, en la circonstance, rime très bien avec galère. La procédure commence par une simple inscription sur un portail en ligne, mais se poursuit avec le rassemblement de mille et un documents et autres bulletins à faire transiter d'une université à l'autre, puis le déménagement des affaires d'un état à l'autre, ce qui, rapporté à l'échelle européenne, revient à aller d'un pays à l'autre.
Tout cela peut s'accompagner, parfois, de classes d'été afin qu'aucun crédit ne manque niveau académique, et Rudy Sautron n'y a pas échappé. « Tout s'est passé très vite, raconte-t-il. Je me suis mis sur le portail le 11 juin, j'ai dû faire toutes les démarches dans la foulée, trouver un appartement, et j'avais des tournois en même temps. J'avais quatre classes d'été à faire car j'avais des crédits à Nebraska que je ne pouvais pas transférer à Tennessee. Franchement, c'était chargé. Les classes d'été, c'était un mois, mais pour l'équivalent de quatre mois en semestre classique. » Avec tout cela, il faut tout de même trouver le temps et l'énergie de jouer au golf. De ce côté-là, tout va bien, visiblement, Rudy a trouvé la formule.