Lauréate du Women's Amateur en juillet, victorieuse d'un nouveau tournoi universitaire il y a quelques jours et désormais 22e mondiale… À 21 ans, Valentine Delon vit la plus belle année de sa jeune carrière. Avec une maturité qui saute aux yeux.

Capture d'écran 2026-09-09 104215.png
Alors ? Elle est pas belle la vie ? © Virginia Tech

Cinq minutes. C'est à peu près le temps qu'a duré l'ovation. Avant le coup d'envoi d'un match de football américain de Virginia Tech début septembre, Valentine Delon a été invitée à fouler la pelouse du stade de son université pour y être célébrée. Autour d'elle, 70 000 spectateurs ont applaudi la nouvelle lauréate du Women's Amateur. « Ça donne un petit peu des frissons, raconte-t-elle. Les coachs étaient là, en mode "pourquoi t'as la pression ?". Mais faire des signes de la main pendant cinq minutes pour dire merci, ça met de la pression. » Un moment privilégié qu'elle range volontiers dans la case des bons souvenirs. « On ne va pas se mentir, c'était quand même très cool. Aux États-Unis, quand t'es un athlète et que tu fais de bonnes performances, t'es honoré. Et là, j'ai pu le voir. »

Cet hommage XXL dit beaucoup de la nouvelle dimension dans laquelle s'est installée la licenciée de Chantilly. Passée en partie par le Centre de performance du Golf National, membre de l'équipe de France Dames avec laquelle elle a été trois fois vice-championne d'Europe par équipes, la Francilienne explose sur le plan individuel. Après le British Amateur en juillet, le tournoi le plus prestigieux du golf amateur, elle vient de remporter mi-octobre son troisième tournoi universitaire en dix-huit mois. Le plus coté des trois. « Les deux premiers que j'ai gagnés étaient un peu plus petits. Dans un coin de ma tête, j'avais envie de gagner un gros tournoi. » Avec ce succès, elle s'est hissée au 22e rang du WAGR, le classement mondial amateur. Aucun amateur français, hommes et femmes confondus, n'est mieux classé qu'elle. Un bond considérable pour celle qui pointait autour de la 70e place en début d'année. « Je suis très contente parce que je travaille tellement dur… Ça montre que mon travail va dans le bon sens. » Sans pour autant s'en satisfaire : « J'aimerais bien être un peu mieux. J'ai toujours envie de faire mieux tout le temps. »

Forcément, le regard des autres a changé. En tournoi d'abord, où son nom figure désormais parmi ceux que l'on attend en haut du tableau. « Vu que je suis dans les meilleures joueuses, il y a forcément des attentes. C'est le truc qui m'impacte le plus. » Au sein de son équipe universitaire ensuite, où ses coéquipières considèrent celle qui est en quatrième et dernière année davantage comme une leader. Un statut qu'elle accueille avec une forme de distance, sans doute sa meilleure façon de garder les pieds sur terre. « À partir du moment où on est dans la même équipe, on est toutes à égalité. Je sais, sans être prétentieuse, que je leur apporte des choses, et qu'elles m'en apportent aussi. »

Le jour où l'entraînement n'a plus suffi

Derrière ces résultats, il y a évidemment des heures d'entraînement. Valentine Delon ne s'en cache pas : le golf occupe à peu près tout l'espace de sa vie. Pendant longtemps, l'équation lui a paru simple. « Au début, je pensais que l'entraînement signifiait les résultats. Donc j'attendais beaucoup de résultats parce que j'aime beaucoup m'entraîner. Et j'ai réalisé que je me mettais trop de pression. » Un constat qu'elle a pleinement intégré il y a deux ans. La saison dernière en a fourni l'illustration parfaite : obsédée par une qualification pour l'Augusta National Women's Amateur, finalement manquée pour deux places, elle s'est épuisée à surveiller les classements. « Toute la pression que je m'étais mise ne m'avait absolument pas aidée. Je me concentrais uniquement là-dessus au lieu de me concentrer sur moi-même. »

Le déclic est venu à la maison. En juillet 2025 alors que les championnats d'Europe par équipes Dames se disputaient au golf de Chantilly, son club. Valentine voulait tellement bien faire que l'enjeu menaçait de l'écraser. « Je discutais avec des gens et ils m'ont dit : "kiffe ta semaine, prends l'énergie des membres, prends l'énergie du fait d'être à la maison." Et depuis ce moment-là, j'essaie de prendre les choses par leur énergie. » Un chantier auquel elle a donné un nouvel élan au début de l'été 2026 en commençant à travailler avec un nouveau préparateur mental, Julien Fichot-Lefort, qu'elle appelle chaque semaine. Un mois plus tard, elle soulevait le trophée du Women's Amateur à Muirfied. « On met beaucoup d'intensité sur ce que je dois faire, et c'est très clair pour moi. Il y a toujours un travail continu pour progresser. Ça, j'adore. »

© The R&A

Sur le plan technique, la même lucidité guide son organisation. Son entraîneur en France, Alexandre Kaleka, lui a conseillé dès sa première année américaine de trouver un relais sur place, les séances en visio ayant leurs limites. Elle travaille donc aussi avec Justin Parsons aux États-Unis, tout en continuant d'envoyer ses exercices à son coach français. « Je sais qu'il y en a qui veulent garder leurs joueurs pour eux. Le fait qu'Alex m'ait poussée à voir quelqu'un d'autre, ça montre qu'il pensait vraiment à moi. »

Nadal, Marchand et le soccer

Pour trouver ses clés, Valentine Delon puise partout. Fan de sport au sens large, elle dévore les documentaires consacrés aux grands champions, à l'instar de Rafael Nadal à Léon Marchand. « Je peux regarder ça toute la journée. » Au point d'en faire sourire son entourage : « Je me fais engueuler par mes parents parce que je ne regarde pas assez de films à la télé. » Devant Roland-Garros ou Wimbledon, elle scrute l'intensité des joueurs, leur gestion des temps faibles, leurs réactions. L'inspiration vient aussi des tribunes de son campus, notamment lors des matchs de soccer de son université, où elle observe des athlètes qui construisent leur carrière à la même échelle qu'elle. Et de ce sentiment, très américain, de défendre des couleurs plus grandes que soi. « Quand je suis sur le parcours, un peu fatiguée en pleine saison, je me dis : je représente Virginia Tech. Ça booste. » Un ressort qu'elle connaît bien sous le maillot tricolore. « Représenter mon pays, c'est encore plus grand. Ça peut mettre de la pression, mais moi ça me donne de l'énergie, parce que ça montre que t'es pas toute seule. »

Cette année, l'amateure a aussi eu un aperçu grandeur nature de son avenir rêvé sur les fairways du de l'AIG Women's Open, son premier Majeur, puis au Standard Portland Classic, son premier tournoi du LPGA Tour. Deux cuts manqués, frustrants sur le moment mais enrichissants après coup. « J'ai compris que les filles arrivaient le lundi sans se mettre la pression, et qu'elles étaient prêtes le jeudi. Alors que moi, au Majeur, je suis arrivée super prête le lundi et le jeudi, j'étais déjà un peu redescendue. » À trop s'appliquer en reconnaissances, la joueuse de 21 ans a abordé le premier tour avec une petite fatigue physique et mentale. « Le golf, c'est tellement long que quand tu dépenses ton énergie pour des choses extérieures, ça ne t'aide pas. » Pas question pour autant de copier-coller la méthode des autres. Valentine Delon a appris à se connaître, et à assumer ce qui lui convient.

Un week-end en Majeur, et après ?

En 2026, Valentine Delon ne s'était pas fixé d'objectif de résultat, « quelque chose que je ne peux pas contrôler », mais voulait progresser mentalement, physiquement et stratégiquement, et décrocher une grande victoire. Mission accomplie donc. Seule une participation à l'Augusta National Women's Amateur lui a échappé. La case sera cochée en 2027 : grâce à son titre au Women's Amateur, elle disputera le prestigieux tournoi de Géorgie, ainsi que trois Majeurs professionnels, le Chevron Championship, le British Open et l'U.S. Open. Et cette fois, figurer dans le champ ne suffira pas. « Je veux passer un cut dans un Majeur. Quand je ne joue pas le week-end, même si c'est un Majeur et que c'est un très, très haut niveau, je suis frustrée. » Améliorer encore son classement mondial fait aussi partie du programme, tout comme une liste de chantiers que la perfectionniste égrène sans se faire prier : le chipping, la visualisation, le petit jeu, le renforcement physique. « Je ne suis pas là en mode : j'ai gagné, tout est parfait, on continue comme ça. J'ai toujours du progrès à faire. »

Dans un coin de sa tête, l'après-université se dessine déjà. « Je ne prépare pas forcément le passage pro en termes de logistique, mais je le prépare dans mon jeu. » Une porte d'entrée existe d'ailleurs pour elle et les meilleures joueuses universitaires. Le LPGA Collegiate Advancement Pathway (LCAP) offre aux dix premières de son classement une catégorie de jeu sur l'Epson Tour, la deuxième division féminine américaine. Actuellement 7e, Valentine Delon devra conserver sa place jusqu'à la clôture de la saison universitaire, à la mi-mai. Un défi de plus pour une joueuse qui reconnaît volontiers que la réussite a quelque chose de grisant.