Le joueur qui s'entraîne à Montpellier Massane, dans sa première année sur l'Alps Tour, compte déjà deux victoires, au moment de se présenter au Longwy Alps Open. Son principal atout pour y parvenir : se détacher au maximum des enjeux.
Le paysage du golf professionnel est parsemé de profils et de parcours de carrière originaux. Celui d'Alexandre Vandermoten serait sans doute à classer dans cet univers. Car il est l'itinéraire d'un joueur d'ascendance belge mais ayant vécu le plus clair de sa vie en France (et cela continue), passé par deux universités aux États-Unis, qui s'entraîne à Montpellier et qui, dans sa première année professionnelle, a déjà connu deux fois le succès. Qu'un troisième survienne lors des quatre tournois restants au calendrier de l'Alps Tour, ou encore que sa place dans le top 5 de l'Ordre du mérite (il est actuellement 3e) se maintienne, et l'année de ses 26 ans coïncidera avec celle de sa montée sur l'HotelPlanner Tour. Même si lui préfère, sans doute, songer à ce qui l'attend dans l'immédiat, par excellence le Longwy Alps Open, qui démarre jeudi en Meurthe-et-Moselle.
La nationalité française à 18 ans
Alexandre Vandermoten est né à Clamart, près de Paris. De deux parents belges. De fait, même si sa villégiature d'enfance a alterné entre la France et l'Afrique, au gré de mutations paternelles, ses premiers tournois d'importance se sont plutôt déroulés outre-Quiévrain, avec les couleurs du Royaume de Belgique sur les épaules. « J'ai joué les Internationaux de Belgique U14 pour la Belgique, se souvient-il. J'ai aussi joué une Quadrangulaire Boys pour la Belgique. » Côté français, à cette époque, il participe plutôt à des rassemblements interligues, avec la Ligue d'Occitanie. En effet, installé dans l'agglomération montpelliéraine, il s'entraîne à la Leadbetter Academy du golf de Montpellier Massane dès ses 14 ans, sous le patronage d'Alain Alberti. Lequel, tout naturellement, est toujours son coach aujourd'hui. D'autant qu'Alexandre Vandermoten, une fois pro, a élu domicile sur le domaine de Massane.
Le choix de jouer avec le drapeau français accolé à son nom sur les leaderboards est intervenu lorsqu'il avait 18 ans. Mais sans que cela ne revête les atours de la grande décision, du genre à définir une carrière. « Que je sois français ou belge, pour moi, c'est un peu la même chose, avoue-t-il. Mais c'est vrai, il ne faut pas se mentir, j'ai toujours, pour ainsi dire, vécu en France. »
Dans la catégorie des choix forts figure, en revanche, celui d'être parti en université américaine à la fin de sa scolarité. Il a su y faire preuve de patience, notamment en effectuant sa première année à la Ottawa University, fac qui se situe non pas au Canada comme son nom pourrait le faire penser, mais en Arizona. En effet, cette université évolue non pas dans la très en vue NCAA, mais au sein d'une autre structure qui lui sert parfois d'antichambre : la NAIA. Après une première année convaincante, et alors que l'épidémie de covid-19 fait rage (on est début 2020), il effectue son transfert vers la Jacksonville University, cette fois en NCAA. En mai 2024, il est sélectionné pour disputer les Regionals en individuel, performance non négligeable.
« Ce qu'on apprend là-bas, c'est à scorer, indique-t-il pour résumer ses années américaines. Quel que soit le jeu, quel que soit le swing, il faut arriver à scorer. En université, on est tout le temps soit en tournoi, soit en train de jouer des parcours de qualification pour faire partie de l'équipe qui ira jouer le tournoi. Et si on ne score pas, on ne joue pas le tournoi. »
En partie avec Dubuisson à Biarritz
Début 2026, il entame sa première saison sur l'Alps Tour. Cette arrivée chez les professionnels lui a fait découvrir d'autres aspects de la vie de golfeur. « J'adore voyager, souligne-t-il. Mais ce dont on ne se rend pas compte, c'est que dès qu'on passe professionnel, tout est très solitaire. On doit tout gérer tout seul. À la fac, j'étais pris en charge à 100 %, je n'avais à m'occuper de rien. »
Le fait d'avoir à jouer au golf (et bien, si possible) pour gagner sa vie en est le corollaire. Et cela aussi a constitué une nouveauté pour Alexandre Vandermoten. « Même si on joue une partie en jouant un peu d'argent avec des copains, ça n'a rien à voir », cadre-t-il. Au début de la saison, et alors que de premières bonnes cartes montraient sa bonne forme (3e après le premier tour du troisième tournoi de la saison, en Égypte), cette question lui occupait l'esprit plus que désiré. Mais comme il le dit lui-même : « Le golf, c'est un sport où il faut savoir s'entourer des bonnes personnes ». Dans son cas, ces personnes sont naturellement Alain Alberti, ainsi que l'autre figure tutélaire de Montpellier Massane, Raphaël Jacquelin. « Juste avant le tournoi suivant en Italie, j'ai eu une très bonne discussion avec eux, narre-t-il. Ça m'a aidé à juste jouer au golf, sans penser au reste. »
Méthode gagnante, car à l'issue des trois tours du Villa Paradiso Alps Open, il s'est adjugé la victoire, sa première sur l'Alps Tour, avec trois coups d'avance. « Cette semaine-là, je l'ai passée avec Tom Guéant et Aymeric Laussot, raconte-t-il. On s'est eclatés, on a bien mangé, on a beaucoup rigolé. »
Alexandre Vandermoten a ensuite connu une période où les cuts loupés étaient presque en alternance parfaite avec les bonnes performances. Ces dernières sont par exemple ses deux tops 10 dans des étapes françaises de l'Alps Tour, le Lacanau Alps Open (7e) et l'Open de la Mirabelle d'Or (6e). Fin juin, lors du UGolf Aravell Andorra Open, il est parvenu à retrouver pleinement sa capacité à être dans l'instant présent, sans trop scruter les scores autour. Résultat : une nouvelle victoire. Un peu plus à l'arrachée (un coup d'avance), mais d'autant plus belle.
Surtout, ce deuxième succès le met à une victoire de pouvoir gagner, directement, sa promotion sur l'échelon supérieur de l'HotelPlanner Tour. Un enjeu, une nouvelle fois, qu'il essaie de garder loin de sa tête, même si ce n'est aucunement facile. « Les trois victoires, dans ma tête, elles étaient un peu présentes lors des derniers tournois, admet-il. Mais il ne faut pas regarder dans le futur, ça ne sert à rien. » Il a, tout de même, vécu un moment particulier lors de la Biarritz Cup, fin juillet, en disputant les deux premiers tours en compagnie de Victor Dubuisson. « Il est hyper sympa, souligne Alexandre Vandermoten. J'ai beaucoup échangé avec lui, sur plein de choses intéressantes. Et puis, même s'il n'a plus son meilleur niveau, qu'est-ce qu'il tape bien la balle ! »
Le Longwy Alps Open de cette semaine marque pour lui le début d'un sprint final de quatre tournois, dont deux en France (à Longwy cette semaine, et à Saint-Omer la semaine prochaine). Le dernier acte se jouera à partir du 15 octobre sur le parcours belge d'Hulencourt, qu'il connaît déjà. Quatre occasions lors desquelles Alexandre Vandermoten va être au défi de rester dans l'instant présent. Il y est prêt : « Si tu as de la pression, c'est que tu es au bon endroit ».