Après avoir mis un terme à sa carrière en début d’année, Joël Stalter est passé de l’autre côté du « miroir » en devenant agent de joueurs pour la prestigieuse agence Hambric Sports. Le Lorrain, installé à Dubaï, nous explique les rouages de son nouveau métier.

Avec Angel Hidalgo, l'un de ses "joueurs", au dernier U.S. Open à Shinnecock Hills © D.R.

« Je pars à la fin du mois en Californie. Avant de m’arrêter à la mi-septembre à Wentworth, sur le DP World Tour. J’enchainerai avec l’Open de France avant de repartir à Dubaï pour début octobre. » Joël Stalter, qui vient de passer deux semaines de vacances en France, en famille, a repris le « boulot ». C’est depuis Dubaï, où il réside, que l’ancien joueur professionnel nous a consacré plus de 30 minutes par téléphone. Riche et instructif !

Comment devient-on agent de joueur ?

Pour moi, c’était une évolution on va dire naturelle de ma carrière dans le golf. J’ai un diplôme de l’Université de Berkeley, plus précisément de la Haas School of Business. Une des meilleures bussiness school des Etats-Unis. Le ticket d’entrée est plutôt difficile. Il y a tout un processus de sélection. D’ailleurs, je le répète souvent, mon plus grand trophée, c’est mon diplôme (rires). C’est Rocky Hambric, mon ancien agent à qui je demandais conseil au moment où j’envisageais d’arrêter ma carrière, qui m’a proposé d’entrer chez Hambric Sports (une agence de management de joueurs qui gère notamment les carrières de Scottie Scheffler, Brooks Koepka, Dustin Johnson, des frères Hojgaard ou encore Martin Couvra). Ma formation universitaire et mes douze ans comme golfeur professionnel sur différents circuits (Asian Tour, DP World Tour et PGA Tour) ont été des atouts dans ma reconversion.

Quel est le rôle exact d’un agent de joueur ?

Beaucoup de gens pensent que la fonction première d’un agent, c’est de négocier les contrats. Mais ça va largement au-delà de ça. C’est d’abord de créer une structure qui permet au joueur de se sentir libre, de pouvoir performer. Il y a beaucoup de discussions qui se passent en coulisses afin de faciliter la vie du joueur pour qu’il s’exprime sereinement dans son métier. Je me vois un peu comme un architecte qui essaie de rendre la structure du joueur la plus efficace possible.

Vous êtes en quelque sorte une courroie de transmission essentielle...

Oui. Le leaderboard du dimanche, c’est un peu la partie visible mais notre travail, c’est tout le reste de la semaine. Cela démarre en organisant comme il faut le voyage et toute la logistique autour du joueur. Il faut aussi gérer au mieux les relations avec la presse, avec les équipementiers... On est là pour que tout se passe bien. Pour que le joueur puisse se préoccuper de ce qu’il sait faire, c’est-à-dire se préparer pour le tournoi de la meilleure façon, en toute sérénité. Au-delà de tout ça, il y a évidemment toute la partie business, avec les négociations de contrats, aller trouver des sponsors pour pouvoir financer les saisons. A très haut niveau, c’est aussi maximiser le potentiel commercial d’un joueur. C’est le gros du travail. En fait, on a ici plusieurs morceaux d’un puzzle qui s’imbriquent les uns aux autres.

On dit souvent qu’un agent de joueur passe son temps au téléphone. Est-ce vrai ?

On peut en effet très vite se noyer au téléphone. Au final, c’est de l’organisation et il faut, sur ce point, se donner des limites. Peu importe le métier que l’on fait. Les gens les plus décisionnaires sont ceux qu’on a le moins au téléphone. Parce qu’ils prennent le temps. Quand je suis avec mes joueurs, je suis à 100 % avec eux. A moins de gérer les urgences, le téléphone, je le laisse un peu de côté. Une grande partie est aussi d’être à l’écoute. La confiance se construit avant les titres. Le but est aussi de les accompagner avant certains résultats. Mon métier, ce n’est pas seulement de la négociation, c’est aussi de la compréhension. Et c’est là que mon expérience, en tant qu’ancien joueur pro, est intéressante. Il y a ce que l’on voit de l’extérieur mais il y a aussi le fait de comprendre ce qui se passe à l’intérieur. En fonction de comment est le joueur, de la façon dont il a construit son équipe, de sa manière d’aborder sa carrière, la pression, la transition, les doutes, etc. Mon but ici est de les guider au mieux dans leur choix, mais aussi de les responsabiliser face à ces mêmes choix. Tout le monde est différent. Il n’y a pas de méthode universelle. Pour moi, la qualité première d’un agent, c’est d’être à l’écoute et de comprendre l’écosystème du joueur.

Vous vous occupez de la carrière de combien de joueurs actuellement ?

Je suis avec Angel Hidalgo et Alejandro Del Rey, qui évoluent sur le DP World Tour. Je suis aussi Connor Graham, un jeune écossais encore étudiant à Texas Tech, aux Etats-Unis. Je travaille également avec les jeunes français Callixte Alzas et Hugo Le Goff. C’est super intéressant pour moi d’avoir un spectre de joueurs différents. Et j’aime beaucoup travailler avec les plus jeunes car le métier a changé. Avant, les amateurs ne pouvaient pas gagner de l’argent, ne pouvaient pas avoir de contrat. Aujourd’hui, aux Etats-Unis par exemple, avec le NIL (Name Image and Likeness), tout va plus vite. On va maintenant recruter plus jeune, ce qui implique plus de pression plus tôt chez les jeunes joueurs... Moi, je perçois les choses à long terme car dans le golf on se construit longtemps. Tout ça pour dire que je suis, en ce qui me concerne, plus tourné vers les joueurs des facs américaines, les joueurs en devenir.

Quelles sont les demandes les plus fréquentes que vous recevez de la part de vos joueurs ?

En général, on me demande souvent un feedback sur ce que je vois dans leur jeu. Je suis par exemple très souvent en contact avec le coach putting d’un de mes joueurs. On discute beaucoup. J’ai un peu cet œil là mais tout dépend de la personne en fait. Certains seront très logistiques et contractuels, ou encore sur des questions d’images. Récemment, on m’a demandé si c’était bien ou pas de poster certains messages sur les réseaux sociaux. Il y a de tout. Ce qui fait la richesse de mon métier, et d’où mon background qui est assez vaste. Pour négocier un contrat, parler du stroke de putting avec un joueur ou un coach... Je prends beaucoup de plaisir dans ce que je fais car je sens que je peux beaucoup apporter. Mes dernières années chez les pros ont été difficiles. Il y a eu plus de bas que de haut mais c’est ce qui me permet aujourd’hui de bien faire mon job. Au final, ma carrière m’a vraiment préparé à ce métier. On me demande souvent si le fait de jouer me manque. Je réponds : « pas du tout » J’aime être de l’autre côté des cordes en tournoi. Ma vraie fierté, ce n’est pas mes trophées mais c’est plutôt cette relation que je peux créer. Et de pouvoir réaliser le rêve de mes joueurs.

On n’est pas là uniquement pour signer des contrats. On est là pour aider à construire une carrière. »

Combien de fois vous déplacez-vous sur une année ?

Je ne voyage peut-être pas autant qu’avant mais presque... C’est un rythme plus court puisque je reste trois à quatre jours sur un tournoi... Je serai dans un mois à Wentworth (BMW PGA Championship), pendant quatre jours. Du lundi au mercredi. Ou jusqu’au jeudi. A l’Open de France, j’y serai trois jours. Pour donner un ordre d’idée, je suis sur une dizaine de tournois dans l’année. Au minimum. Mais tout dépend du nombre de joueurs dont on s’occupe, où ils vivent... J’ai des voyages aux Etats-Unis car certains de mes joueurs s’y trouvent, notamment en facs. Il y a aussi une grosse partie de recrutement. Cela peut se traduire par cinq minutes de discussion sur un tournoi. Après avoir volé pendant dix heures... C’est un métier qui prend du temps. Il faut être patient. Il faut bien le faire pour que les joueurs aient confiance. Celle-ci se gagne par les résultats, par la manière dont on travaille. Cette année, je mets pas mal de choses en place qui, je l’espère, porteront leurs fruits d’ici deux à trois ans.

Comment un agent comme vous est-il rétribué ?

On a un pourcentage sur les contrats que l’on signe pour les joueurs, et que l’on gère bien évidemment. Quand je me déplace sur un tournoi, et comme je travaille pour une société, n’étant pas à mon compte, je suis défrayé. J’ai un budget annuel pour pouvoir gérer mes déplacements. Etant basé à Dubaï, je voyage le plus souvent en été. Je regroupe le plus souvent mes voyages.

Quel est votre meilleur souvenir en tant qu’agent ?

(Il réfléchit plusieurs secondes) Cette année, à l’U.S. Open, avec Angel Hidalgo. J’ai passé beaucoup de temps avec TaylorMade et son coach pour un nouveau putter. Je faisais un peu le lien entre tous les interlocuteurs. Il a changé le putter juste avant le tournoi et il s’en est super bien sorti. Il a fait le cut (53e). C’est un bon souvenir car j’avais eu la confiance du joueur et de son équipe. C’est très gratifiant tout en étant crédible. Faire ça dans un Majeur, ça a du sens. Cela a du poids. On n’est pas là uniquement pour signer des contrats. Pour moi, c’est aussi ça le métier d’agent. On est là pour aider à construire une carrière.


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