Consultant international basé à Biarritz, Gérald Bouhourd a fait de sa passion pour le golf un projet collectif. À travers la C&S Golf Team, il soutient depuis six ans une quinzaine de joueurs et de joueuses, pour la plupart originaires du Pays basque et du Sud-Ouest.

Thomas Élissalde et Gérald Bouhourd, créateur de la C&S Golf Team, lors du championnat de France professionnel MCA en 2024. © C&S Golf Team

Sa grande silhouette, aujourd'hui familière des golfeurs français, aurait pu ne jamais fouler un parcours. Gérald Bouhourd, 54 ans aujourd'hui, a failli être pongiste. Gamin d'Arbonne, près de Biarritz, il tutoie le niveau régional, voire national chez les jeunes, quand un asthme sévère lié à la poussière lui ferme les portes des gymnases. « Pour moi, c'était un vrai drame : j'adorais le ping pong, et j'étais bon ! » indique-t-il. Le golf, en plein air et sans acariens, devient son refuge : initié au jeu au début de l'adolescence grâce à une politique municipale qui ouvre le parcours du Phare aux collégiens, il se consacre complètement à ce jeu. Ayant descendu son handicap à un chiffre à 17 ans, il participe à la montée du Golf de Biarritz en première division. « L'homme qui s'occupait de l'équipe, à l'époque, était Olivier Léglise, resté un ami proche. C'est avec lui que j'ai connu un tas de joueurs, dont certains sont devenus de très bons joueurs. »

Pas destiné à une carrière professionnelle clubs en main, il se découvre et façonne d'autres talents : les maths appliquées à la finance, les modèles, mais aussi les sciences humaines, la sociologie et la psychologie. Vient alors le temps des grands horizon : Londres, le Maroc – où il se découvre un goût pour la relation client –, l'Afrique noire, l'Amérique latine, le Moyen-Orient, les États-Unis, l'Asie, au gré de ses postes successifs chez Gemini Consulting, Schlumberger et Technip. Pendant une quinzaine d'années, le golf passe au second plan, jusqu'à un changement radical en 2017 : « J'ai fini par quitter mon dernier job, parce que je voulais autre chose. Pendant toutes ces années, j'avais vu de très belles choses dans de grandes entreprises, mais j'avais envie de retrouver quelque chose de plus petit, de moins hiérarchisé, de moins politique — un rôle où je fais moi-même le cœur du métier, avec plus de liberté », confesse-t-il. En 2018, avec son meilleur ami Fernand Lanca, il fonde C&S Partners, cabinet de conseil en stratégie et en leadership employant une quinzaine de consultants seniors : « On est un peu David contre Goliath, mais dans notre secteur d'activité, on est considérés comme incontournables », assure-t-il.

Une famille à l'accent basque

Libre de ses choix, Gérald Bouhourd peut enfin reprendre l'écriture de son histoire d'amour avec le golf. En 2020, son vieux complice Nicolas Cano, alors capitaine des équipes de Biarritz, lui glisse le nom d'un espoir : Paul Élissalde. Avec ce joueur, les fondations de la C&S Golf Team sont posées. « Je fonctionne sur des coups de cœur », résume Gérald. Fidèle à ses racines, les joueurs formés à Biarritz sont des cibles évidentes : « Je ne les rate jamais ! » plaisante-t-il. Aujourd'hui, dix pros actifs font partie de l'équipe : Antoine Auboin, Nicolas Calvet, Augustin Holé et Alexandre Bauduin sur l'Alps Tour ; Nathan Trey et Louis Bonté sur le Pro Golf Tour ; Julien Quesne sur l'HotelPlanner Tour, Anthony Grenier sur le Legends Tour, ainsi que Lucie André et Emma Falcher sur le LET Access Series – la seconde disposant d'une catégorie partielle sur le LET.

Côté amateurs, Carole Danten-Azfi, l'une des meilleures joueuses seniors du pays, côtoie deux figures du paragolf, Nicolas Grossia et Julien Mouchet. « J'aime bien la diversité, c'est aussi une question de valeurs », précise Gérald Bouhourd. Un peu à l'écart des circuits, Grégory Bourdy, quatre titres sur le DP World Tour, est ambassadeur, tandis que Roger Sabarros joue les conseillers. Enfin, Paul Élissalde prépare sa reconversion en coach, et son frère aîné Thomas, repassé sous statut amateur, a rejoint le monde de l'entreprise grâce aux conseils de son mécène. « Je considère que c'est une chose d'aider les sportifs à grandir dans leur carrière, mais c'est aussi une chose de les aider à continuer à grandir dans un autre domaine quand ils décident d'arrêter », souligne Gérald Bouhourd.

Nicolas Calvet et Paul Élissalde, lors du Lacanau Alps Open 2026. © Raffaele Canepa / Alps Tour

Paulo, Lucie, Gus et Emma

Si l'on demande à Gérald ses plus grands moments, la réponse fuse aussitôt : « Paulo, Lucie, Gus, Emma. » Il y a d'abord l'Autriche, en 2021 sur l'Alps Tour, première victoire de la team signée Paul Élissalde, suivie en direct sur son téléphone « en pleine ascension de la Rhune, avec une connexion capricieuse ». Puis Lucie André, qui s'impose en 2023 à Gérone sur le Letas à l'issue de l'un des plus longs play-offs de l'histoire du circuit, cinq trous d'une intensité folle, suivi en direct sur Instagram faute de live scoring fiable. Il y a aussi l'Open PGA France de Mont-de-Marsan en 2024, remporté par Augustin Holé au terme d'un play-off gagné sous les yeux de Gérald Bouhourd : « Voir ton joueur te tomber dans les bras en larmes au bord du green, c'est une vraie émotion. » Enfin, Emma Falcher, lauréate en 2025 de l'étape anglaise du Letas, avec en prime une belle couverture médiatique due au fait que ce tournoi était organisé par Justin Rose. Le millésime 2026 est lui aussi couronné de succès : 33 top 10 sur les différents circuits professionnels, dont une victoire, signée à la surprise de tous par le néo-senior Anthony Grenier début mai à Lacanau, sur l'Alps Tour.

Pour le plaisir de voir grandir

Pourquoi tant de générosité ? « Je ne suis pas un agent de joueurs, je ne mets pas d'argent pour en gagner derrière, tout ce que je fais, c'est par passion », explique Gérald Bouhourd. Le retour sur investissement ? « En termes de rentabilité pure, il n'existe pas. Mais je m'en fiche, ce n'est pas le sujet. » En six ans, la team et les autres formes de présence de C&S Partners dans le golf – la société sponsorise la Biarritz Cup et la Coupe des capitaines – n'a ainsi rapporté que deux prospects. « En revanche, je prends beaucoup de plaisir à voir des gens s'épanouir, à sentir un certain succès d'estime et de sympathie pour C&S. Dans le microcosme du golf français, le sac noir au logo orange est plutôt bien identifié — même si la plupart des gens qui le voient ne savent strictement rien de notre activité réelle. Si je faisais ça pour des questions de retour sur investissement, je ferais autre chose », assure Gérald Bouhourd.

Reste la fragilité d'un mécénat dépendant d'une petite société. « Ce que j'aimerais bien réaliser, c'est répondre au caractère précaire de mon équipe — précaire puisque C&S Partners n'est pas une très grosse boîte. On fait ce qu'on veut, mais j'ai totalement conscience de cette fragilité », conclut-il. Gérald rêve donc de former un pool rassemblant d'autres soutiens du même type : « On n'est pas nombreux en France à aider des pros, mais on est quand même quelques-uns, et on se connaît tous. L'idée serait de se coordonner, de trouver une gouvernance et un mode de financement commun, pour pérenniser les choses : le jour où l'un de nous a moins de moyens, les autres compensent, en quelque sorte, pour que les joueurs n'aient jamais à subir les éventuels coups durs de leurs partenaires. »

3 questions à Nicolas Calvet

À quel point le soutien de la C&S Golf Team est-il précieux dans l'exercice de votre métier ?
À travers la team, Gérald nous soutient d'abord financièrement, ce qui constitue le combat principal des golfeurs pros à tous les niveaux, mais plus encore en troisième division. Sur l'Alps Tour, une saison coûte 50 000 €, or le premier du classement n'en empoche que 30 000 €... On ne peut pas gagner sa vie sur les divisions inférieures, donc les sponsors ceux qui nous permettent d'évoluer sur ces circuits dans l'espoir d'accéder aux échelons supérieurs. C'est une aide réelle dès le début de la saison, ce qui est précieux.

En quoi la C&S Golf Team est-elle une équipe ?
Gérald a fait naître une véritable émulation entre nous. Les échanges sont nombreux : nous nous soutenons mutuellement, les joueurs les plus expérimentés transmettent leur savoir, et nous nous retrouvons pour travailler ensemble dès que nos disponibilités le permettent. Cette dynamique de partage tire tout le monde vers le haut. C'est très appréciable de retrouver un esprit d'équipe dans un sport profondément individuel. Lors des périodes plus difficiles, on trouve dans ce soutien collectif des encouragements, une entraide, et le sentiment d'être moins seul. Ça compte beaucoup.

En retour, quelles sont les obligations des membres de la team ?
Gérald ne nous demande presque rien. Un peu de visibilité : nous portons la casquette aux couleurs de la C&S Golf Team, le sac ou le polo suivant les cas. Nous jouons ensemble de temps à autre, selon nos disponibilités, dans des alliances ou des pro-ams. Exceptionnellement, si dans le cadre de son activité il a besoin de l'un d'entre nous pour une partie avec un client ou un collaborateur, il peut nous solliciter. Nous le faisons de bon cœur, évidemment, car pour lui nous n'avons jamais le sentiment de remplir une obligation.