Le parcours de championnat du Golf National rouvre ses portes au grand public ce 1er septembre, après deux ans de travaux. Principale nouveauté : les trous 4, 5 et 6, totalement remodelés. Notre journaliste William Lecoq a pu les découvrir ce lundi, clubs en main, à l’occasion d’une journée d’ouverture aux médias. Il raconte.

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Le trou n° 5, totalement transformé par rapport au précédent, avec notamment quatre bunkers à gauche sur la mise en jeu. © ffgolf

Le coup de corne de brume n’a même pas attendu l’heure prévue de 14 h 30. Comme si l’engin lui-même avait hâte, autant que tous les journalistes présents à ce media day, comme on dit de nos jours, de retrouver l’Albatros. Deux ans c’est long. Mais, phénomène relativiste, lorsque ça se termine, cela fait remonter la dernière partie ou le dernier tournoi couvert à hier. Avons-nous seulement quitté si longtemps le parcours hôte de la Ryder Cup 2018 et des épreuves olympiques de 2024 ? Si la force publique a pu donner dans l’excavation massive à donner le vertige, en creusant des tranchées grosses comme des vallées glaciaires tout autour du golf, c’est qu’un peu de temps a bien dû se passer. Mais l’Albatros, nous ne l’avons pas quitté. Nous l’avons laissé tranquille. Nous ne le retrouvons pas. Nous lui revenons. Tu as comme quelque chose de changé, Alba…

Le shot-gun de 14 h 26 (soyons précis, appelons-le comme ça) m’a mis sur le départ du trou n°3, en compagnie de Frédéric Plisson et François Simeca, de Golf Planète. Il n’y aura pas trop de ce par 5 pour respirer l’émoi de jouer de nouveau sur ce tracé, avant de s’attaquer au vif du sujet. Pour François et moi, 456 m au programme, car nous nous sommes élancés du repère 58. Pour Frédéric, ce sera un peu moins depuis le repère 53. Ces nombres remplacent les sempiternels repères de départ de couleur. Ils indiquent simplement le chiffre des centaines de la distance totale du parcours depuis le repère en question. Si, un jour, vous voulez vous amuser à partir du repère utilisé au FedEx Open de France, ce sera le 67. Mais justement, cela risque peu de coller avec l’objectif de vous amuser.

Trou n° 4 : Entrée en douceur

Un trou donc, et nous y voilà. Au départ du 4, nous entrons dans le point focal de toute cette journée. L’enchaînement des trous 4, 5 et 6, remodelés à différentes échelles au cours des quasi deux ans de fermeture de l’Albatros. Au départ du 4, par 4 de 457 m (repère 67) ou 349 m (repère 58), le paysage est familier. Mais le joueur ressent un besoin de s’habituer. Comme s’il portait des nouvelles lunettes à plus forte correction depuis quelques heures. Où est-ce qu’on drive, au juste ? Il y a bien ce pan de fairway très visible à droite, qui apparaît comme l’évidente solution de sécurité. Mais est-ce qu’on n’essaierait pas, sur ce trou qui, désormais, tourne un tantinet à gauche, de prendre une ligne plus agressive ? Par exemple par-dessus ce petit talus, droit devant ?

Oui, le pluriel devient de rigueur. Car pour agrémenter cette journée de découverte, les organisateurs ont demandé à toutes les parties de jouer les trois nouveaux trous en scramble. Pour info, la timbale se décrochait à -3 (trois birdies), mais mes partenaires et moi-même l’avons loupée. De fort peu, à cause d’un monstre. On en reparle.

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Principal changement au trou n° 4 : la localisation du green, plus à gauche. © ffgolf

Pour l’heure, François prend cette ligne agressive, mais se met un peu trop à gauche dans le rough. Ma propre ligne est meilleure, mais pour la petite histoire, nous retrouverons ma balle dans la première tonte de rough. Mais surtout, il nous apparaît à tous les deux que l’endroit où nous avons planté le tee, en ayant plein vent avec, facilite énormément la tâche. À refaire, nous opterions sans doute pour le repère 62, une bonne quarantaine de mètres derrière, afin de se faire une idée précise de la difficulté du trou.

Bref, de toute façon, Frédéric a mis un plomb plein milieu depuis son départ plus avancé, il ne nous reste plus qu’un wedge, même pas plein. François le colle au piqueton, on fait notre birdie, on claque les paluches. Cependant, quelques secondes avant, ma propre tentative à 70 m était partie en pull bas, colis express pour le fond de green à gauche. Enfin je dis le fond de green… il s’agit en réalité de l’un des deux creux qui font ressortir les balles, et qui donnent au green, en vue aérienne, une silhouette de tête de martien. Histoire de tester, après tout on est là pour ça, je sors le putter depuis le fond du creux. Un peu fort, mais digne. Le creux du martien est jouable. Le temps de nous retourner, et là, devant nous, ce n’est plus la planète Mars. C’est un trou noir supermassif.

Trou n° 5 : « Ils sont pas prêts »

« Attends, je vais aller jeter un œil depuis le back-tee. Non parce que là, quand même… » Nous avons fait demi-tour, et face à nous se dressent désormais le vent, le nouveau trou n° 5, et par combinaison des deux, un défi de taille. Taille, c’est justement le mot, avec un bon 435 m qui attendra les joueurs du FedEx Open de France, du 24 au 27 septembre. Avec un vent comme celui-là, ils pourraient avoir un fer 5 ou 6 à sortir au deuxième coup, chose devenue peu courante pour eux sur un par 4.

Le matin, en visitant les lieux parmi la presse, Grégory Havret en personne avait prévenu : « Ils sont pas prêts. Le 5, avant, c’était un trou gentillet, on pouvait se reposer un peu, espérer un petit birdie. Maintenant, il n’est plus du tout gentillet. » Accompagnateur de notre partie, Russell Talley, principal architecte des travaux des deux dernières années, nous le confirme : « Avant, ici, il n’y avait pas de trou. » Le phénomène relativiste repart dans l’autre sens. Il est bien loin le temps. Place à un monstre. Mais un monstre magnifique.

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Le nouveau green du 5, en hauteur, avec derrière lui le nouveau trou n° 6. © ffgolf

Au repère 58, François met une bonne mise en jeu au driver, sur une ligne sage. Moi, je me dis que mon bois 3, bas en fade face au vent, va faire du bon boulot. Bas, il l’est. Mais en slice. Ça va, la partie au départ du 6 ne s’est pas retournée, je ne les ai ni touchés ni dérangés. Ça vient vite mine de rien. Orgueilleux, je rejoue le même coup, cette fois en le réussissant, mais il s’en est fallu de très peu pour que je trouve l’un des quatre bunkers à gauche. Et si ça avait été le cas, finies les ambitions de green en régulation.

Car rendus tous les trois à la balle de François, il nous reste quelque chose comme un petit 160 m, avec le green en hauteur, et toujours ce vent dans le museau. Les autres, je ne sais pas, mais moi, c’est fer 5. Encore à droite (décidément) dans un bunker, mais François nous a mis sur le green. Cette fois, le putt pour birdie ne tombe pas. Le monstre nous enlève notre -3. Mais il nous laisse repartir sans dommages. Le monstre, étymologiquement, c’est celui que l’on montre. Ce trou-ci peut montrer sa perspective splendide depuis le fairway vers le green surélevé. C’est beau un parcours de golf, ma bonne dame.

Trou n° 6 : De long en large

Comme le 5, le trou n°6 est passé non pas par un lifting, mais une large transformation. Large c’est le terme, car l’élément métamorphique majeur est de voir cet ancien green tout en long s’étirer désormais dans la direction perpendiculaire. Mais avant de songer au green, il va falloir s’occuper de la mise en jeu de ce par 4 de 315 m (repère 58).

« C’est moi, ou ce bunker en plein milieu est exactement au bon endroit pour nous embêter ? », demandé-je à mes partenaires, en usant d’un autre verbe du premier groupe débutant par « em ». Voir mon drive y plonger la tête la première vaut toutes les réponses du monde. Le matin, Grégory Havret nous avait mis au parfum : des trois nouveaux trous, le 6 est celui à option. Pour nous, en scramble, c’était vite vu, formule offensive. Encore une fois, mes partenaires me sortent du potage en touchant le fairway.

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Le trou n° 6, avec son nouveau green en largeur. © ffgolf

Il est temps que je contribue un peu à l’œuvre collective, sans quoi ça va se voir. Mon attaque de green vient donc se positionner à quelques mètres, et François rentre le birdie avant même que je n’aie à m’en charger. « Bon, à -2, on ne sera pas derniers, c’est sûr. Mais il devrait y avoir -3 », prophétise-t-il à juste titre. Nous ne sommes pourtant pas peu fiers de ce deuxième birdie, sur un trou aux airs aimables mais où le positionnement des bunkers, la topographie du nouveau green et la perspective de devoir l’attaquer en ayant les pieds en pente peuvent picoter le jarret. Larousse avait raison, « largeur » ne veut pas dire « largesses ».

Pour nous, le chapitre de la nouveauté est terminé. Déroulant le programme officiel de 12 trous, nous partons vers le départ du 13, juste à côté. Finie la découverte, retour à la réacclimatation. Merci, Alba, pour la belle découverte. À la revoyure…