En l'espace de vingt-quatre heures seulement, le golf de Villenave d’Ornon a réalisé une collecte d'envergure pour soutenir les pompiers qui font face aux incendies qui dévastent depuis plusieurs jours les forêts de la Nouvelle-Aquitaine.

Une partie de la collecte du golf de Villenave d'Ornon reversée à la caserne de Saint-Médard-en-Jalles. © Sacha

Depuis leur déclaration sur la commune de Saumos le 22 juillet dernier, les incendies qui touchent la Gironde ont détruit plus de 42 000 hectares de terres et forcé l’évacuation de plus de 220 000 personnes vers les communes les plus proches et la métropole de Bordeaux. Face à la propagation et la virulence rare des flammes, le département est passé de vigilance rouge à noire pour le risque de feu de forêt depuis ce samedi 25 juillet. Niveau d’alerte le plus élevé, celui-ci interdit notamment toute présence humaine dans les espaces exposés à dominante forestière, incluant logiquement les golfs. Ainsi, tous les clubs du département ont fermé leurs portes. Mais avant de le faire, il en est un qui a choisi d’agir. Provoquant un élan solidaire inattendu par son ampleur et les personnes qu’il a touchées.

Basée au Sud-Est de la ville, à quelques encablures de la rocade, le golf de Villenave d’Ornon a monté, la veille de sa fermeture complète, une opération solidaire en quelques heures seulement. « Tout est parti d’une discussion le vendredi midi avec Cynthia, mon adjointe, et Sacha, notre alternant » raconte Arnaud Araujo, le directeur du golf. De ces trois-là, Sacha est le plus concerné. Sa maison, située à Andernos-les-Bains, l’une des villes attaquées par le feu, a vu les flammes passer tout près. « Heureusement pour nous, la ville n’a compté ''que'' trois habitations touchées » raconte-t-il. Vendredi dernier, le jeune homme de 21 ans était déjà sur le front à multiplier les aller-retours entre son domicile et la caserne de sa ville lorsqu’il échange par téléphone avec la directrice adjointe du golf où il travaille depuis un an. Inspirée par son dévouement, celle-ci lui propose de mobiliser un plus large public par l’intermédiaire du club sportif. « On a toujours été très communiquant sur les réseaux sociaux, reprend Arnaud le directeur. On a donc demandé aux membres de relayer notre appel aux dons, mais aussi aux personnalités habituées des lieux tels que des joueurs de rugby ou les anciennes miss France et miss Aquitaine. » La solidarité est telle que les réponses ont été bien supérieures aux attentes.

Le lendemain, de 7h à 14h, c’est un « défilé non-stop de voitures » que décrit le responsable avant d’ajouter : « Ce qui nous a surtout surpris, c’est que 80% ou 90% d’entre eux n’étaient pas des golfeurs. » Entre de nombreux échanges de soutien devant le club house, les citoyens ouvrent tour à tour leur coffre pour y déposer des denrées précises : masques FFP2, sérums physiologiques, bouteilles d’eau, fruits et gâteaux secs… une liste établie la veille par Sacha, renseigné auprès des soldats du feu. Évidemment, rien ne manque. « On a même eu peur parce que les quantités étaient telles que l’on n’était pas assez pour les livrer » sourit Arnaud Araujo. Au total, avec le renfort de Romain, le greenkeeper, et quelques amis, ce sont sept voitures pleines qui ont fait le voyage le soir-même vers différentes casernes en périphérie des feux : à Mérignac, La Brède, Saint-Jean d’Illac et à Saint-Médard-en-Jalles.

Les denrées livrées à la seule caserne de Saint-Médard-en-Jalles. © Sacha

Ce mouvement, s’il est exemplaire et singulier par sa provenance, n’a pourtant pas été le seul. « En allant dans les casernes, j’ai été frappé par la quantité de dons que recevaient les pompiers. Ça en dit beaucoup sur la mobilisation des gens. Certes, tout le monde ne fait pas ce qu’on a fait, mais beaucoup de personnes ont énormément aidé et donné de façon individuelle » salue le jeune homme plein d’humilité, plus bavard sur la générosité des autres que sur la sienne. « Il s’agissait d’apporter notre pierre à l’édifice, comme on le pouvait, ajoute Arnaud Araujo. Pour beaucoup, nous sommes originaires de la région et de voir nos forêts mais aussi nos proches ou connaissances être touchés, ça ne nous laisse pas indifférents. J’ai vu que Sacha était très ému de voir autant de solidarité et, forcément, on partageait cette émotion. » Ce mardi, le jeune homme a levé le pied sur les efforts fournis, une situation qui relève d'une contrainte forcée : « En voulant retourner donner un coup de main lundi, j’ai eu une panne de voiture… Donc je me retrouve coincé sur Bordeaux » lâche-t-il quelque peu désabusé. Évacué en attendant une amélioration de la situation, le bénévole suit le relais pris par ses amis et se tient informé de l’évolution des incendies, en attendant un retour chez lui le plus rapidement possible.


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