Sur le toit de l'Europe

Retour sur les victoires des équipes de France aux Championnats d'Europe par équipes au cours de la dernière décennie.

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Euro Boys 2013 : une reconquête tant attendue

Vingt-cinq ans après un premier titre déjà remporté en Ecosse, les Boys français ont renoué avec la victoire sur l’exigeant parcours du Murcar Links Golf Club en battant (4 à 3) le Norvège en finale.

Quatre mois avant l’ouverture du championnat d’Europe, le Fédération française de Golf avait organisé une rencontre quadrangulaire sur le parcours de Pont Royal réunissant les équipes de France, de Suède, d’Italie et d’Ecosse.

Une bonne opportunité offerte à ces formations d’expérimenter diverses formules de foursome, jauger la forme des uns et des autres, et se confronter à de potentiels adversaires.

Le violent mistral ayant soufflé tout au long de la compétition n’empêcha pas les jeunes Français de l’emporter ni les Ecossais de jouer en polo manches courtes : «Les conditions de jeu ? Elles étaient parfaites, avait commenté l’entraîneur britannique à l’issue du tournoi avant d’ajouter : «Vous savez, même en juillet, ça pourrait être pire chez nous car le climat écossais peut vous proposer les quatre saisons au cours d’une même journée.»

Une inquiétante prédiction qui, fort heureusement, ne se vérifia pas entre le 9 et le 13 juillet sur le parcours, très exposé au vent, du Murcar Links Golf Club, implanté en 1909 sur les bords de la mer du Nord, à quelques kilomètres d’Aberdeen.

Le soleil fut au rendez-vous de la qualification mais, pas Romain Langasque, leader de cette sélection tricolore composée exclusivement de pensionnaires du Pôle France Boys (Pierre Mazier, Victor Veyret, Joris Etlin, Paul Elissalde et Nicolas Manifacier).

«J’ai joué + 15 (84 et 73 sur ce par 71) sur les deux tours, se souvient Romain Langasque. Ce n’était pas la grande forme.»

«Mais, il a accepté de se remettre en question et ce n’était pas facile dans ces conditions, enchaîne Cyril Gouyon. Une intervention technique n’est pas vraiment la bienvenue dans un tel tournoi. Pourtant, il fallait la faire et il l’a approuvée. Nous avons travaillé sur le rythme et l’intensité afin qu’il retrouve la confiance. Il s’est rapidement remis en selle puisqu’au second tour, il a scoré + 2 grâce à sa capacité à se débrouiller dans les moments délicats. Le signe d’un futur grand champion. Ma tâche a été facilitée car je le connaissais très bien. Je l’entraînais tout au long de l’année au Pôle. Puis, c’est un garçon qui est toujours resté sur son naturel, avec qui les changements n’étaient pas nécessaires.»

Grâce aux places dans le top 10 de Pierre Mazier (8e), auteur d’un trou en 1, de Victor Veyret et de Nicolas Manifacier (10e) sans oublier Joris Etlin (18e) et Paul Elissalde (32e), la France se classa quatrième (+ 16) derrière l’Italie (+ 5), l’Angleterre (+ 8) et l’Ecosse (+ 11).

La résurrection de Romain Langasque

Opposés aux Danois en quarts de finale, les Boys tricolores dominèrent leur rencontre (5 à 2) en s’adjugeant les deux foursomes (Mazier - Etlin 1up et Veyret -Elissalde 4&3).

Romain Langasque au championnat d'Europe 2013
En difficulté durant la qualification, Romain Langasque avait retrouvé son efficacité en demie et en finale.

L’après-midi, Nicolas Manifacier ne laissa aucune chance à Kevin Chen (6&5) et Joris Etlin apporta le point décisif propulsant l’équipe en demi-finales.

Pas retenu pour ce quart, Romain Langasque fut aligné dans le premier double de la demie contre les Italiens en compagnie de Nicolas Manifacier. Un succès 2&1 lui fit le plus grand bien moralement : «Tout s’était bien passé et j’étais super bien», précise l’Azuréen.

Le tandem Veyret - Elissalde dut batailler jusqu’au 22e trou pour porter la marque à 2 à 0. L’affaire semblait donc bien engagée mais, les Italiens, finalistes en 2012 et vainqueurs de la qualification avec quatre joueurs parmi les huit premiers (Soldati 3e, Paratore 5e, Migliozzi 7e et Zuchetti 8e), entamèrent leur remontée en s’imposant 3&2 dans deux simples. Les deux équipes se retrouvèrent encore à égalité après la victoire (3&1) de Nicolas Manifacier contre Renato Paratore.

L’issue de la demi-finale reposait sur les épaules de Romain Langasque, positionné en n°5 en dernière minute à la place de Victor Veyret.

«All square» avec Federico Zuchetti après dix-huit trous, le Cabrienc, rejoint par tous ses partenaires, enquilla un putt de 7m au 1 pour continuer et au 3, un autre de 4m mais, pour la victoire, cette fois : «J’étais 3 down et je gagne en play off, c’est un super souvenir. Tous les potes étaient en folie autour du green. C’était unique.»

«Ce fut un grand moment, témoigne Nicolas Manifacier. Monté sur une butte surplombant le green, Cyril a glissé et cassé ses lunettes mais, il s’en foutait complètement. Il était en pleurs. Il a serré Romain dans ses bras.»

«L’émotion a été plus intense qu’après la finale, ajoute Pierre Mazier. Nous lui avons tous sauté dessus.»

Des Boys sereins et déterminés en finale

Malgré la perte des deux foursomes de la finale face aux Norvégiens, les Français paraissaient nullement atteints par ces revers, un peu trop décontractés au goût de Cédric Menut.

«Avec Joris, nous avions perdu au 19e trou et j’avais un peu la tête dans l’assiette, confie Pierre Mazier. J’étais frustré par cette défaite. Mais, je l’ai relevée en martelant que ce n’était pas fini. Ça m’a donné une énergie de dingue pour aborder mon simple contre Viktor Hovland que j’ai remporté 4&3.» 

Nicolas Manifacier au championnat d'Europe 2013
En battant Renato Paratore en demie et Kristoffer Ventura en finale, Nicolas Manifacier avait été l'un des grands artisans de la victoire en Ecosse.

«Leur après-midi a été impressionnante, confirme Cyril Gouyon. Je n’ai vu que des joueurs sereins, déterminés et agressifs. Tout le monde a joué à son meilleur niveau. Etre menés 2 à 0 après les doubles est très souvent une situation irréversible. Ils ont démontré le contraire en ne lâchant rien. C’était fantastique.»

Mais, les succès de Pierre Mazier, Joris Etlin et Romain Langasque étaient encore insuffisants pour reconquérir le titre européen après vingt-cinq ans d’attente. Encore fallait-il que Nicolas Manifacier ou Paul Elissalde l’emportent aux dépens de Kristoffer Ventura, le plus expérimenté des Norvégiens, ou Andreas Halvorsen.

«J’avais bouclé l’aller à 3 up, raconte le Cabriesien. Mais, Kristoffer a réussi trois birdies d’affilée pour égaliser. Au 14, Cédric, notre team advisor, est venu me voir sans trop me dire ce qu’il se passait. Mais, j’avais le pressentiment que les choses se goupillaient bien. Au 15, j’ai hésité sur le choix du club mais, j’ai opté pour le bon car j’ai planté ma balle à moins d’un mètre du drapeau. Je suis repassé 1 up. Je l’étais toujours au départ du 18. Ventura a drivé très à droite. Nous avons cherché sa balle un moment avant de la retrouver. Malgré un très mauvais angle, il a tapé un très bon coup et atteint le green à 8m du trou. Moi, j’avais un plein 52°. Ma balle est partie plein piquet mais, elle était un peu courte de 9m. Mon premier putt s’est arrêté à 50cm et lui a manqué le sien. Il m’a donné le trou.»

Nicolas Manifacier s’est alors tourné en direction de Paul Elissalde, encore sur le fairway, en hurlant : «On est champions d’Europe. C’était même difficile à réaliser sur l’instant. Cyril était très ému. Il prenait chacun d’entre nous dans ses bras. Je ne l’avais jamais vu comme ça. J’ai découvert un autre Cyril submergé par l’émotion récompensant tous nos efforts. C’est le plus beau souvenir de ma carrière sportive, plus fort encore que mon succès au Doral car une victoire collective est plus jouissive. Et puis, ça m’aura permis de voir Cyril boire un verre de rouge (rires).»


Par Gérard RANCUREL
6 juillet 2020