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Arnold Palmer (1929-2016) : Adieu le King !

Arnold Palmer est décédé, hier, à l’âge de 87 ans, à Pittsburgh (Etats-Unis). Après une immense carrière sur les greens, ce grand champion de golf aux 95 victoires est devenu un businessman reconnu. Globe-trotter, Arnold Palmer a aussi marqué le France de son empreinte. 

Arnold Palmer

« Je suis très triste ce matin, c’est un monument du golf qui vient de nous quitter », regrette Jean Garaialde, le pro français à avoir le mieux connu Arnold Palmer, décédé hier à l’âge de 87 ans.  Leurs chemins se sont souvent croisés au Masters, à l’Open britannique, à la Canada Cup ou au Trophée Lancôme. « C’est parmi tous les champions de sa génération celui qui m’a le plus impressionné, poursuit notre ex n°1 Français, aujourd’hui âgé de 81 ans. J’ai joué quatre fois avec lui, la dernière, c’était lors d’un Senior Open Championship au Royal Lytham & St Annes au début des années 90. A chaque fois, c’était un plaisir et un honneur. » L’ex pro Bernard Pascassio, 69 ans, l’a aussi bien connu : « C’était mon idole. On voulait tous imiter Palmer et son finish si particulier. »

Même la jeune génération se montre affectée par cette disparition. « J’ai eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises. C’est une personne qui dégageait beaucoup de charisme et une gentillesse extraordinaire. Il est un modèle pour nous tous », déclare Julien Brun, pro depuis un an. « Monsieur Palmer fait partie de cette catégorie de personne qu’on a du mal à oublier. Je me souviens de la cérémonie d’ouverture de la Palmer Cup. J’étais un rang devant lui et quand je me suis retourné, nos regards se sont croisés et il m’a fait un clin d’œil », rajoute Joël Stalter, tombé, lui aussi, sous le charme de celui qui pourrait être largement son grand-père.

Palmer, ambassadeur du golf

Quelles que soient les générations, ces opinions sont largement partagées par tous ceux qui ont approché Arnold Palmer. Partout dans le monde, de Jack Nicklaus à Tiger Woods, en passant par Phil Mickelson, Jordan Spieth et les diverses institutions golfiques internationales, l’hommage est unanime. Car le monde vient de perdre celui qui a inventé le golf moderne. Une combinaison de jeu de golf spectaculaire, de relation unique avec le public et de business hors les greens. Bien avant Tiger Woods, Arnold Palmer comprend qu’il faut prendre son bâton de pèlerin pour répandre le golf sur la planète. Véritable ambassadeur du jeu dès les années 60, The King, comme on le surnommait, en référence à l’autre idole de cette époque, Elvis Presley, voyage, dispute de nombreux tournois dans le monde et suscite des centaines de milliers de vocations.

La French Arnie’s Army

La première fois que Palmer foule le sol français c’est lors de la Canada Cup, organisé pour l’inauguration en 1963 du golf de Saint-Nom-la-Bretèche. Dès le mardi, il est à pied d’œuvre, fumant cigarette sur cigarette (une par trou, précise le journaliste de Tennis et Golf de décembre 1963). Arnie découvre alors le premier grand tournoi de golf international organisé en France. Il est littéralement bluffé par la centaine de journalistes qui se bousculent en salle de presse, par le bataillon de jolies interprètes polyglottes et par les agents de police gantés de blanc qui organisent la circulation et le flux des parkings. Quand il tape son premier drive (les Américains jouent avec les Français Jean Garaialde et Jean-Claude Harismendy), la foule compacte dans laquelle se faufile discrètement le Duc de Windsor s’étire du départ jusqu’au green. Arnie a trouvé sa « French Army », une foule de passionnés acquis à sa cause. Conclue le lundi en raison de brouillard persistant, la Canada Cup consacre les Américains qui s’empressent de recevoir leurs trophées avant de filer à Orly pour attraper un avion pour… l’Australie. 

Trois drives de la Tour Eiffel !

Au début des années 70,  Arnold Palmer revient à Paris pour disputer le Trophée Lancôme, un tournoi créé par Gaëtan Mourgue d’Algue, Mark McCormarck (l’agent de Palmer) et Pierre Menet, alors président du parfumeur français. Ce tournoi sur invitations qui fait connaître entre 1970 et 2003 toutes les stars du golf mondial au public français est remporté par Palmer en 1971. Six ans plus tard, Arnie crée le buzz en drivant de la Tour Eiffel ! Le jeudi 13 octobre 1977, à 9 h du matin, Arnold grimpe au deuxième étage de la Tour Eiffel et drive trois balles sur le Champ de Mars. La première s’écrase à 300 mètres, la seconde rebondit sur le toit d’un autobus, la troisième fend l’air frais et s’immobilise 366 mètres plus loin. Même s’il n’est pas le premier à sortir le golf « hors les murs », il lance la mode des paris fous : « Ces drives de la Tour Eiffel étaient spectaculaires. Cela m’a amusé de le faire et je suis vraiment fier de moi lorsque l’une de mes actions aide à promouvoir le golf ».

Un parcours près de Paris

Près de vingt ans plus tard, en 1994, Lancôme invite pour les 25 ans du tournoi Arnold Palmer, 65 ans, Lee Trevino et Gary Player. C’est la dernière apparition de Palmer sur un golf en France.
Désormais, c’est en qualité d’architecte de golf qu’Arnold Palmer revient dans l’Hexagone. « En effet, je suis venu d’autre fois en France, notamment pour un projet de golf à Eurodisney qui, finalement ne s’est pas finalisé », déclare le champion américain au magazine Golf Européen en octobre 1995. Mais c’est à Crécy-la-Chapelle (Seine-et-Marne) qu’il crée les esquisses d’un 18 trous qui ne verra pas le jour tout de suite. Durant des années, le chantier reste en friche. Du haut des buttes couvertes d’herbes folles, les fairways et les greens se laissent alors deviner à la manière d’un site archéologique. C’est un Palmer en jachère ! Heureusement, dans les années 2000, un nouvel investisseur relance la société d’Arnold Palmer qui termine enfin le travail au Domaine de Crécy. C’est l’unique parcours en France d’Arnold Palmer qui compte pourtant plus de 250 réalisations dans le monde.

Il aurait pu être Président

Pour Gaëtan Mourgue d’Algue qui l’a bien connu, Arnold Palmer est finalement tout aussi important dans l’Histoire du golf que Tiger Woods : « Il a même complétement bouleversé l’Open britannique la première fois qu’il est venu le jouer, faisant de ce tournoi un must dans le calendrier ».  Tous deux ont profondément transformé leur sport favori. « Notre regret c’est que cette légende du golf qui a rendu ce sport plus accessible et plus moderne ne soit pas venu davantage en France. Il aurait apporté sa contribution à la progression du golf français », souligne le président de la ffgolf, Jean-Lou Charon. « Si je devais le comparer à un homme politique, ce serait avec Jacques Chirac avec qui Palmer partageait cet incroyable contact avec les gens », ose Bernard Pascassio. La comparaison n’est pas si hasardeuse car nombreux aux Etats-Unis pensent que si Arnold Palmer s’était présenté aux élections américaines, il aurait été élu président de la plus grande nation golfique du monde…

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Le palmarès professionnel d’Arnold Palmer

. Passé pro en 1954
. 95 victoires professionnels dont :
-          62 victoires sur le PGA Tour
-          7 victoires majeures (4 Masters en 1958, 1960, 1962 et 1964), 2 British Open (1961, 1962) et 1 US Open 1960).
-          5 victoires majeures sur le Senior Tour.
-          2 victoires en France : Canada Cup 1963 avec Jack Nicklaus, et Trophée Lancôme 1971
. 6 sélections en Ryder Cup (1961, 1963, 1965, 1967 1971, 1973).
. Capitaine de l’équipe américaine de Ryder Cup (1963 et 1975) et de l’équipe américaine de Presidents Cup  (1996)
. Créateur de l’Arnold Palmer Invitational (tournoi du PGA Tour) et de la Palmer Cup (une compétition amateur)
. Créateur de 250 parcours de golf dont 1 en France, à Crécy-la-Chapelle (Seine-et-Marne)
. Membre du Hall Golf of Fame.


Par Jean-François Bessey
26 septembre 2016