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Rétrospective 2021 : Les coups de cœur de la rédaction (1/2)

Une rencontre, un moment fort, une expérience nouvelle : les journalistes de ffgolf.org vous révèlent ce qui les ont marqués, touchés ou émus en 2021.

Coups de cœur 2021

Du coup de fil au coup de cœur, par Romain Muraille

Tout est parti d'une conférence de rédaction. Une date cochée, celle de la journée mondiale des personnes handicapées le 3 décembre, s'affiche dans notre calendrier. Mais comment traiter cet évènement tout en parlant de golf ? La réponse tombe assez vite : une interview de Vincent Helly, l'un de nos meilleurs Tricolores en paragolf. Vincent, 26 ans, est atteint d'autisme. Sera-t-il capable de parler de lui et se livrer dans l'exercice délicat de l'interview ? Vais-je réussir à le mettre à l'aise ? Cela peut sembler stupide, mais c'est vers l'inconnu qu'on se dirige, lui comme moi.

Finalement, un simple SMS pose les bases de l'entretien, qui a lieu le lendemain. Plus qu'une interview, nous passons trente intenses minutes au téléphone à discuter de golf, notre unique point commun. Mais quel point commun ! Une passion du jeu et de cette petite balle qu'on ne cesse d'imaginer dans les airs. Vincent me raconte ses exploits, avec timidité et fierté. Il développe sur sa maladie, son enfance, et explique très vite que c'est un jeu vidéo de golf qui l'a rendu mordu. Mordu au point de ne vivre que pour ça, avec comme objectif ultime d'intégrer le top 10 du classement mondial paragolf.

La discussion se poursuit, puis il me confie à la fin de notre appel avoir apprécié ce coup de fil. Ce n'était donc pas un simple échange, pour lui comme pour moi. Le surlendemain, l'article est ligne et je reçois un mot touchant de Vincent : « Mes coéquipiers de Moliets m'ont envoyé ton article, et il est super. Merci de m'avoir écouté. À bientôt. »

L'ascension de « PRB » aux premières loges, par Sébastien Cachard-Berger

Meilleure amateur française, ancienne numéro 1 mondiale et abonnée aux victoires universitaires aux États-Unis, Pauline Roussin-Bouchard est passée pro en 2021. Suivant son évolution depuis plusieurs saisons, cette transition amateur-pro ne faisait guère de doute en début d'année, et c'est en privilégié que j'y ai assisté au fil de plusieurs rencontres rythmant mon année.

Je la retrouve ainsi au mois de juillet sur les bords du lac Léman, où elle s'apprête à disputer son deuxième Amundi Evian Championship. Pour sa première en 2019, déjà très sollicitée, elle avait eu bien du mal à répondre sur le parcours, terminant loin, très loin, du cut. À tout juste 21 ans, « PRB » respire cette fois la sérénité. Toujours aussi à l'aise et souriante en interview, elle fait le pitre devant ma caméra, mais demeure implacable de concentration sur le parcours. Avec son caddie Sébastien Clément, l'Azuréenne se comporte en pro tout en conservant une étonnante décontraction entre chaque coup – blagues, anecdotes, grimaces… – avant de rentrer à nouveau dans sa bulle sur le coup suivant. La recette étant jugée efficace (elle se classe 38e du Majeur français), elle sera réemployée pour ses débuts pro.

Deux mois plus tard, rendez-vous au golf du Médoc pour le Lacoste Ladies Open de France. Entre-temps, Pauline a joué trois tournois chez les pros et en a déjà remporté un, en Suède. Des débuts fracassants qui ne semblent pas la bouleverser outre mesure : « C'est dans le plan », me confie-t-elle alors, confirmant au passage que rien n'a été laissé au hasard dans ses débuts professionnels. Déjà focalisée sur un avenir plus que probable sur le LPGA Tour, elle est très organisée, avec un agent aux États-Unis et le soutien de Maxime Demory pour gérer ses relations presse en France. Un procédé logique, quoique toujours un peu préoccupant quand on évolue côté média et qu'on a pris l'habitude de se contenter de décrocher le téléphone pour la joindre. Pas d'inquiétude pour l'instant, Pauline est toujours aussi joviale, et participe avec enthousiasme aux tournages prévus. Plus important, elle continue de briller sur le parcours devant un public français qui en a déjà fait sa chouchoute. Dans cette édition 2021 exceptionnelle pour la France, son jeu puissant et précis fait mouche. Manquant seulement d'un peu de réussite sur les greens, elle prend la troisième place, à trois coups de la lauréate Céline Boutier.

L'année s'achève par une dernière « rencontre » sur Instagram. Une discussion en direct d'une quarantaine de minutes, quelques jours après une épreuve des cartes américaines qu'elle a survolé. Pauline vient tout juste de rentrer chez elle à Carqueiranne pour boucler l'année en famille et prendre quelques jours de repos bien mérités. Probablement pressée d'en profiter tranquillement, la jeune femme prend tout de même le temps de me répondre avec un sourire et un naturel qui n'ont pas changé. Conserver cette joie de vivre et cette bonne humeur tout en évoluant au plus haut niveau, c'est finalement tout ce qu'on lui souhaite pour 2022, et les années à venir.

Le rebond victorieux de Julien Brun, par Gérard Rancurel

Après quatre années de reconstruction, l'Antibois a renoué en 2021 avec la victoire sur le Challenge Tour, neuf ans après sa première à l'open de Toulouse, décrochant ainsi sa carte pour évoluer sur le DP World Tour. Quel bonheur d'avoir été un observateur privilégié de la carrière de Julien Brun depuis plus de dix ans ! Toujours disponible, sans indulgence pour lui-même dans les mauvais jours, il a été, selon un qualificatif du jargon journalistique, un « bon client », même pour jouer le jeu lors d'un audacieux poisson d'avril (il est né le 1er de ce mois) !

Neuf fois victorieux en NCAA D1 (un record pour un étudiant français), nommé à trois reprises au sein de la Ping First Team All-Americans aux côtés de joueurs comme Jordan Spieth, Justin Thomas ou Patrick Rodgers, il avait figuré en 2013 parmi les trois finalistes du Ben Hogan Award, une cérémonie organisée dans les salons du Colonial Golf Club à Fort Worth et retransmise en streaming. En smoking et nœud papillon, l'étudiant de TCU avait répondu, dans un anglais parfait, à l'animateur de la soirée l'interrogeant sur divers sujets. Mais, au bout de la nuit (en France), l'Américain Chris Williams, alors n° 1 mondial amateur, lui avait été préféré par les membres du jury.

La même année, l'Antibois et son ami Paul Barjon avaient été conviés par la Fédération à un stage à ChampionsGate en Floride. Accueillis par David Leadbetter, ils avaient travaillé avec le célèbre coach américain pendant deux jours, au terme desquels ce dernier n'avait pas tari d'éloges sur la qualité du jeu des deux jeunes Français promis, selon lui, à évoluer au plus haut niveau, c'est-à-dire sur le PGA Tour. Passé pro en 2015 après avoir remporté l'une des qualifications du Mackenzie Tour, Julien Brun a bien négocié son entrée sur le circuit canadien (35e)... avant de perdre son droit de jeu l'année suivante. À son retour en France à la fin 2016, je n'avais pas osé évoquer sa situation lorsque je l'avais croisé à la Noël Cup sur les fairways du Dolce Frégate. Je le pensais suffisamment armé par ces années américaines pour rebondir rapidement et rejoindre son complice sur le circuit U. S.

Mais sa reconstruction a nécessité quatre saisons sur l'Alps Tour, le Pro Golf Tour et le Challenge Tour. Solidement ancré sur la 2e division européenne en 2021, son travail et ses choix judicieux l'ont propulsé de nouveau au sommet avec deux victoires (open de Bretagne et Emporda Challenge) et trois top 10 dont une septième place à l'Hopps Open de Provence où je l'ai suivi régulièrement et constaté qu'il avait recouvré un solide niveau de jeu, celui-là même qui l'avait hissé, quelques années plus tôt, au 3e rang du WAGR. Sa quatrième place finale de la Road to Mallorca m'a ravi car elle signifiait son accession au DP World Tour, à quelques mois de son 30e anniversaire. Bien entouré, Julien Brun possède de nouveau toutes les cartes en main pour poursuivre sa progression et retrouver, dans les années à venir, Paul Barjon sur le PGA Tour. Que lui souhaiter de mieux en cette période de fêtes ? « Go Frogs ! »


Par La rédaction
29 décembre 2021