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Christophe Muniesa : « la licence, c’est le cœur du réacteur du golf en France »

Le Directeur exécutif de la Fédération répond à nos questions sur l’utilisation par la ffgolf de l’argent de la licence et insiste notamment sur les nombreux bénéfices retirés indirectement pour tous les golfeurs. Bénéfices souvent mal connus et pourtant significatifs.

Christophe, dans ce contexte de crise sanitaire sans précédent, joueurs et clubs ont été unanimes ces derniers mois pour saluer l’action déterminante de la Fédération française de golf en faveur d’une reprise rapide du jeu à la sortie des deux confinements. Est-ce un raccourci trop facile ou pour le dire autrement, est-ce démagogique de dire qu’on doit ce résultat à la licence ?

Pourquoi cela le serait-il ? C’est de notre responsabilité d’affirmer que c’est tout simplement une réalité. 60% du budget de la Fédération dépend du produit de la licence, soit de l’ordre de 17 M€ sur un budget total de 29 M€.

Elle est notre énergie pour œuvrer au développement du golf et défendre chaque jour les intérêts de nos clubs et de tous les golfeurs, qu’ils soient licenciés ou non. Alors, lorsqu’il s’agit en urgence de mobiliser des moyens pour répondre aux défis immédiats posés par la crise sanitaire, sans une fédération forte, dotée de ressources humaines et financières pour agir, je doute de notre faculté à peser avec autant d’efficacité sur les événements. Rien ne tient au hasard. Si la voix de la ffgolf s’est fait entendre, c’est parce que nous sommes une grande fédération (la 6ème en nombre de licenciés en 2020), rassemblant plus de 400 000 licenciés autour de nos clubs, reconnue pour le sérieux de sa gestion, pour sa capacité à porter avec succès de grands projets comme la Ryder Cup 2018, qui a tissé sa toile et ses réseaux dans notre pays et à l’international mais aussi et surtout parce que nous disposons de moyens d’actions grâce à la licence. Sans moyens, pas de salut.

Concrètement qu’a fait la ffgolf ?

En coordination permanente avec les organisations professionnelles de la filière, nous avons œuvré sans relâche et avec opiniâtreté auprès des instances gouvernementales pour que le golf soit parmi les premiers sports à pouvoir être pratiqués à la sortie des confinements ! C’est avec l’appui de nos conseils dans différents domaines et grâce à ce travail de pédagogie, de persuasion que nous y sommes parvenus. Je ne saurai, tellement ils ont été importants, vous recenser le nombre d’échanges que nous avons multipliés avec tous les Ministères concernés par la gestion de cette crise sanitaire, ainsi qu’avec Matignon et l’Elysée. Nous avons dû produire et défendre au moins 42 versions (rires) de notre « protocole sanitaire renforcé - golf » !

Seule une Fédération forte, ayant tissé des liens étroits avec d’autres grandes fédérations, peut s’inviter dans ces discussions. Ces échanges ont été accompagnés de l’élaboration d’un protocole sanitaire complet pour encadrer la reprise du jeu. Il a fallu le discuter, le faire savoir, l’imposer et le faire respecter. Dans le même temps, il a fallu soutenir nos clubs qui subissaient de plein fouet l’arrêt total de leur activité. Le service relations clubs a été sur la brèche pour aider tous les exploitants au niveau social et administratif. Il a par ailleurs mené un important travail d’enquête pour évaluer l’impact économique de la crise sur la filière et entamer par la suite une nouvelle action auprès des instances gouvernementales et de nos parlementaires afin de réclamer des aides en faveur de nos structures les plus fragiles, dans un esprit de solidarité.

Enfin, et au-delà de nos efforts bien naturels pour accompagner nos licenciés dans cette période sans golf, nous avons été à l’initiative d’une grande campagne nationale de communication pour encourager la pratique du golf dans un moment où les Français aspirent notamment à se reconnecter à la nature. Elle avait pour but de soutenir nos clubs en générant un afflux de nouveaux golfeurs. Cela a représenté un investissement de 500 000 euros. Je me répète mais seule une fédération forte peut le supporter et surtout seule une fédération nationale peut se rapprocher du Royal & Ancient et lui demander de participer au financement de cette campagne à hauteur de 150 000 euros. La licence, c’est tout cela aussi.

Vous avez ainsi permis à tous les golfeurs de renouer avec leur passion… de renouer avec le jeu. Le lien s’était rompu, la faute à ce fichu virus. Une autre menace guette le golf et les golfeurs, celle du changement climatique. Elle impose une accélération de la transition écologique des golfs. Il n’est pas exagéré de dire que l’avenir du golf et les conditions de sa pratique sont en jeu. La ffgolf est en première ligne. N’est-il pas de votre responsabilité de mieux faire savoir aux golfeurs ce que vous mettez en œuvre dans ce domaine grâce à l’argent de la licence ?

Indéniablement. Vous avez raison. Nous devons mieux faire connaître ce pan de notre activité. Cet engagement ne date pas d’hier. La ffgolf est mobilisée sur ces sujets depuis plus de 15 ans et Pascal Grizot et son équipe en ont fait un des trois piliers de leur mandature. La licence nous permet de préparer l’avenir et d’aider les golfs à s’adapter aux conséquences du changement climatique mais aussi à la raréfaction des ressources et au durcissement du cadre réglementaire. Il faut par exemple financer la recherche pour trouver des alternatives aux produits phytosanitaires dont l’usage sera progressivement interdit et mettre en œuvre des formations pour les personnels qui évoluent dans leurs pratiques d’entretien des parcours. Les golfeurs sont exigeants. Ils veulent jouer sur de beaux terrains avec de bons greens.

En faisant le choix de la licence, ils concourent à préparer le golf de demain, à préserver la jouabilité optimale des surfaces de jeu alors que des contraintes conséquentes pèsent, comme vous le voyez, sur les exploitants. Ils ne doivent pas ignorer ces enjeux et prendre conscience que la licence et la fédération, c’est aussi cela. C’est leur propre plaisir et leur propre jeu que nous défendons pour maintenant et pour demain.

Dans vos missions statutaires, il est écrit que la ffgolf a pour mission d’organiser la pratique du golf en France. Cela peut apparaître un peu abstrait. Quelles sont les implications pour la Fédération ?

C’est aussi là que l’on mesure que la licence, c’est un peu le cœur du réacteur du golf en France. Je m’explique. Grâce aux revenus tirés de la licence, nous proposons une offre d’animation sportive conséquente pour tous les publics mais aussi nous dotons les clubs de tous les outils nécessaires à l’organisation du jeu, en loisir et en compétition. C’est la ffgolf qui développe et déploie dans tous les clubs le logiciel de gestion sportive. La ffgolf maintient et fait évoluer ces outils pour les adapter aux constantes évolutions technologiques et réglementaires. Je pense en particulier à la récente harmonisation mondiale du système de handicapping et l’entrée en vigueur du World Handicap System.

La Fédération, dans le cadre de sa mission d’organisation du golf en France, a eu la responsabilité de sa mise en place, ce qui a induit des développements informatiques pour prendre en compte des nouveautés dans le calcul de l’index ou encore un travail de pédagogie et d’information de tous les joueurs, qu’ils soient compétiteurs ou joueurs loisirs, le WHS offrant désormais la possibilité de certifier des parties amicales et ainsi les rendre éligibles au calcul de l’index. Tout ce travail, c’est la Fédération qui le fait. Elle le fait avec l’argent de la licence. Un peu dans l’ombre parce que c’est pour elle naturelle. Cela relève de sa mission. On ne le fait peut-être pas assez savoir à l’ensemble des joueurs qui en sont les premiers bénéficiaires.

La licence finance aussi la quête de champions et l’accueil de grands événements. N’est-ce pas un peu éloigné de la préoccupation des golfeurs ?

Faire rayonner le golf en France grâce à l’émergence de champions, grâce à l’accueil de grands événements a un but. Il doit nous aider à faire grandir le golf en France et à faire grandir l’économie du golf. A toujours mieux faire entendre notre voix, à peser parce que nous représentons une discipline qui compte dans le paysage sportif. En cela, l’accueil de la Ryder Cup nous a fait considérablement avancer. On en tire encore aujourd’hui d’immenses bénéfices. On peut considérer ça un peu naïf mais on pense que vibrer aux exploits de nos champions a du sens et intéresse nos licenciés et peut susciter des vocations. On a besoin de ces émotions. La Ryder Cup, ça a permis de montrer le golf sous son meilleur jour, populaire, exalté, intense ! Les partenaires publics, privés, les médias, le grand public, ont bien perçu ce message.

Pour nombre d’entre eux qui ne connaissaient pas le golf, notre sport a changé de dimension dans leur esprit. Vous savez, quand lors du premier confinement, Bruno LE MAIRE a contacté Jean-Lou CHARON et Pascal GRIZOT pour parler des aides à apporter à la filière économique golf, c’est parce qu’il a bien saisi le poids de notre sport. Avant la Ryder Cup, on serait passé sous les radars, et on serait encore perçu comme un sport de nantis cultivant « l’entre-soi ». Et de plus, ce n’est pas un hasard non plus si le sport professionnel se poursuit malgré la crise sanitaire. Au-delà du fait qu’il s’agisse d’une de nos missions statutaires de faire rayonner le golf au-delà de nos frontières grâce à nos champions et nos grands événements, je crois que nos licenciés y sont sensibles. Là aussi, sans licence, pas de golf pro. La ffgolf finance pour partie les dotations des tournois des 2ème et 3ème divisions. Ça représente plus d’un million d’euros par an. Et vous pouvez également ajouter un autre million d’euros pour les programmes d’accompagnement à la transition amateur-pro.

Christophe, à vous écouter, on pourrait se dire que vous voulez culpabiliser les golfeurs non-licenciés.

Loin de moi cette intention ! Je souhaite expliquer. Je souhaite que l’action de la ffgolf soit comprise de tous et que les golfeurs sachent à quoi sert précisément l’argent de la licence. Comme vous le voyez, la licence, c’est une faible contribution individuelle pour un gros effort collectif au service de l’organisation du jeu, au bénéfice des joueurs et de toute une filière (voir par ailleurs : Etude comparative annuelle sur le prix de la licence).

Tout le monde comprendra que lorsqu’on joue 3 fois par an, il n’est pas forcément « obligatoire » de prendre sa licence. En revanche, quand on est abonné à l’année, ou qu’on joue au green-fee 10 à 20 fois par an, le moins qu’on puisse dire, c’est que jouer sans licence n’est pas forcément très responsable ou solidaire vis-à-vis des autres golfeurs et des clubs. C’est comme si on voulait accéder à un service, sans participer à « l’effort » commun. Selon la dernière étude que nous avons réalisée en 2018 (Ernst and Young), le budget moyen d’un golfeur adulte, c’est 1200 € pour l’accès au parcours (abonnement, green-fee ou cotisation annuelle) et 500 € de vêtements/matériel. Une contribution annuelle de 56€ pour la licence, ça représente de l’ordre de 3% par rapport à ce budget.    

Et pourtant cela n’empêche pas certains de vous interpeler sur les 3€ affectés à l’organisation de la Ryder Cup…

En effet, on nous interpelle souvent sur l’augmentation des 3 € par licence qui ont été décidés en 2009, dans le but de contribuer au plan de financement de l’accueil de la Ryder Cup en France. Il me semble fondamental de rappeler deux éléments clefs : tout d’abord, pendant les 3 années qui ont suivi cette décision adoptée par les clubs à plus 83%, la licence n’a pas augmenté. Deuxièmement, le plan de financement de la Ryder Cup (incluant donc l’affectation des 3€ par licence) s’étale sur 13 années, soit jusqu’à 2022 inclus. Cela a été présenté dès le départ, et il n’y a eu aucune « dérive » financière. Au contraire le plan dégagera à son terme un léger excédent (de l’ordre de 500 000 euros sur un budget global de 40 millions d’euros) réinvesti sur les infrastructures de Haut Niveau implantées au Golf National (Centre National d’Entrainement).

 

 

On sent que cela vous agace de voir ce sujet sans arrêt revenir sur la table ?

C’est vrai, je le concède. L’ensemble de ce projet a été conduit dans la plus grande transparence - tout comme toutes les autres missions mises en œuvre par la Fédération - de manière démocratique. Chaque année, le plan de progression du projet et le budget sont présentés en Assemblée Générale de la ffgolf. A chaque fois, ça fait l’objet d’un vote positif à plus de 95% ! Ce qui m’agace aussi parfois, ce sont les commentaires agressifs ou démagogiques, qu’on trouve parfois sur les réseaux sociaux, sur le fait que la seule ambition de la ffgolf, à travers la conduite de ce type de projet, ce sont les festivités à base de petits-fours et de champagne.

La ffgolf a un train de vie extrêmement économe et encadré. Les frais généraux incluant les charges de « mission et réception » pèsent pour moins de 10% à la ffgolf. Notre fédération peut être fière de sa gestion, depuis de très longues années. Elle le doit à l’engagement exclusivement bénévole de ses élus, et à la rigueur imposée à l’ensemble des équipes d’élus et de salariés. Nous sommes régulièrement audités par l’Inspection Générale des Finances ou par la Cour des Comptes. À chaque contrôle, la qualité de la gestion de la ffgolf est soulignée par ces organes indépendants.

La licence, c’est le moteur de tout un écosystème… finalement au cœur de chaque coup de golf que nous jouons… 

Oui. C’est 60% de notre énergie que nous mettons au service des clubs et des joueurs.


Par La rédaction
20 février 2021