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Olivier Léglise, la vie d’après…

Ancien entraîneur fédéral, Olivier Léglise, alias The Church, continue de prodiguer sa très riche expérience à une dizaine de golfeurs, pros ou amateurs. Avec cette inébranlable passion du jeu ancrée au plus profond de lui.

Olivier Léglise avec Grégory Bourdy... Alexis Orloff / ffgolf

Il fut un temps, pas si lointain que ça, où tous les meilleurs golfeurs français (ou presque) se bousculaient pour s’offrir les « services » d’Olivier Léglise, la référence avec Benoit Ducoulombier en termes d’entraîneur de golf made in France. Né le 3 novembre 1957 à Biarritz (Pyrénées atlantiques), celui que l’on surnomme affectueusement dans le milieu The Church s’est d’abord construit une belle petite expérience de joueur entre 1979 et 1990 sur les circuits français et européen (six victoires professionnelles) avant d’entamer une riche carrière d’entraîneur. A son actif, une trentaine de succès, hommes et femmes confondus.

Arcangues, le camp de base

Encore coach fédéral jusqu’à l’an dernier, il a accompagné avec une certaine maestria la destinée (et pour certains l'éclosion) de plusieurs éléments moteurs d’un golf tricolore en perpétuelle mutation. Citons ainsi Grégory Bourdy, Gwladys Nocera, Benjamin Hébert, Romain Wattel, Edouard España, Ugo Coussaud, Julien Brun… Même Victor Dubuisson est venu – certes assez brièvement – consulter le technicien installé à l’année à Arcangues, en plein cœur du Pays Basque. Depuis, certains ont décidé de quitter le nid, remplacés par d’autres jeunes pousses promis à un bel avenir. Comment le principal intéressé gère-t-il cette vie d’après, depuis qu’il a quitté la Fédération française de Golf (FFG) ?

« Je le vis très bien, réplique Olivier Léglise. J’ai retrouvé, quelque part, mon indépendance. Je travaille chez moi, au club d’Arcangues, mais aussi à Biarritz (au golf Ibarritz). Je suis une dizaine de joueurs, qui évoluent entre l’Alps Tour et le Challenge Tour. Il y a des jeunes amateurs, aussi. Qui vivent en France, ou poursuivent leurs études en université aux Etats-Unis… »

Pros et futurs pros

Dans son « team », on trouve ainsi quelques noms très connus comme Grégory Bourdy, fidèle parmi les fidèles, Ugo Coussaud, Julien Brun – « sans vexer les autres, c’est lui qui a fait le plus de progrès depuis un an. Mais il a encore une très grosse marge de progression, beaucoup de travail à faire » ­– Victor Trehet, Julien de Poyen, Victor Luce et d’autres un peu moins connus du grand public comme Elodie Chapelet, étudiante de Baylor, aux Etats-Unis, n°1 de son équipe, qui poursuit son cursus universitaire et qui devrait passer pro à la fin de l’année 2021, ou encore Paul-Louis Gachet, étudiant en Californie, lui aussi encore amateur. « Et puis j’ai aussi quelques petits jeunes, qui viennent me voir ponctuellement à Arcangues pour des sessions de deux-trois heures et qui reviennent me voir un mois après, ajoute Olivier Léglise. Ils ne sont pas encore majeurs, il faut que les parents les amènent jusqu’à moi, c’est un peu différent… »

Adrian Otaegui, la belle histoire

Le coach est également ouvert à toute autre rencontre, plus ponctuelle, comme ce fut le cas au tout début de l’automne avec le plus Français des golfeurs espagnols, Adrian Otaegui.

« Il est venu me voir pour faire un bilan sur son jeu, avant la reprise des tournois importants de fin d’année, explique Léglise. J’ai l’occasion de le voir à Arcangues puisqu’il vient s’entraîner de temps en temps sur mon centre de petit jeu. Je l’ai vu début octobre avant les tournois en Ecosse. On a travaillé une demi-journée ensemble. Sur son swing et sur la façon de gérer ses petits soucis techniques sur le parcours, en tournoi. Je ne sais pas s’il y a un lien de cause à effet mais il a gagné juste après (Scottish Championship). Il était très content et m’a envoyé un message juste après sa victoire. Il avait tout de suite senti qu’il tapait très bien la balle… Il a eu un peu de mal sur les deux premiers tournois de reprise et le troisième, il l’a gagné. C’est un garçon qui voyage beaucoup. Il a travaillé avec son père, qui n’est pas pro de golf. Adrian est assez autodidacte. Il se débrouille assez bien tout seul. C’est le genre de garçon qui va prendre de l’info quand il en a besoin, et où il en a besoin… Il voit d’autres entraîneurs mais ce n’est pas quelqu’un qui se disperse. Il est assez autonome. Je suis assez proche de lui, assez proche des joueurs espagnols. Quand il aura envie de me voir de nouveau, il fera appel à moi. Il sait qu’il peut compter sur moi… »

En collaboration avec Peyo Iguaran

Depuis septembre, Olivier Léglise a entamé une collaboration avec l’Espagnol Peyo Iguaran, ancien caddie durant cinq ans de Francesco Molinari avec qui il a remporté l’Open britannique 2018 à Carnoustie, le BMW PGA Championship mais également la Ryder Cup au Golf National.

« Je suis ami avec lui depuis longtemps, poursuit Léglise. Il est très proche d’Olazabal. Il a été l’adjoint du coach performance de Molinari, l’Anglais Dave Alred (ancien coach de Luke Donald, quand il fut n°1 mondial, mais aussi ancien coach technique du XV de la Rose). Alred est un type très attaché aux statistiques. Il a monté tout un concept d’accompagnement performance et Peyo a travaillé pendant 5 ans à ses côtés, comme caddie de Francesco mais aussi comme coach adjoint. Il y a quelques mois, Peyo et Francesco ont arrêté leur collaboration. J’ai alors demandé à Peyo de savoir si cela l’intéressait de bosser avec moi, auprès de mes joueurs, pour faire en quelque sorte le relais entre l’intervenant technique et la compétition. Je le fais moi-même depuis toujours mais c’est bien aussi d’avoir un spécialiste qui se consacre à ça. Car c’est beaucoup de travail (informations statistiques à récupérer auprès des joueurs, des plans de travail à mettre en place, savoir comment les joueurs doivent s’organiser durant les entraînements…) Il y a le travail technique et le travail performance qui le lie au jeu et à la compétition. Culturellement, on travaille beaucoup sur les swings mais il y a encore peu de savoir-faire sur le lien qu’il faut savoir créer entre technique et performance. Taper pendant des heures des balles et répéter un swing, c’est bien, mais c’est insuffisant. »

Avant de poursuivre :
« Mon modèle, c’est utiliser la mécanique de swing pour bien taper la balle. C’est la base. Une fois qu’on a cette maîtrise technique, il faut savoir bien jouer au golf. Etre capable de s’adapter à toutes les situations. Et ensuite, la troisième étape, c’est d’être en position de gagner. Pour créer le lien entre la technique, le jeu et la performance, c’est bien qu’un coach puisse s’appuyer sur des compétences afin de transposer cela le plus souvent possible sur un parcours de golf. En le faisant avec une seule balle, créant ainsi une certaine routine, de viser, d’organisation à l’adresse, de visualisation et de changement de club continuel. Le but étant de créer ici ce lien et repousser ses limites. Quand mes joueurs viennent me voir, Peyo n’est pas forcément présent mais quand ils ont compris ce système de travail, ils ont un carnet dans lequel ils remplissent leurs fiches. Un entraîneur comme moi, ou comme Benoit (Ducoulombier), n’existe plus. On n’exerce plus le métier tel qu’on l’exerçait autrefois. Avant, on était seul maître à bord, et l’entraîneur touchait quelque part à tout : préparation mentale, préparation physique, stratégie sur le parcours, sur l’organisation pratique de vie ou sportive, bref il avait un avis sur beaucoup de plans. C’était un touche-à-tout. Aujourd’hui, le niveau est tellement élevé sur les circuits européens et mondiaux qu’il n’est plus envisageable de ne pas être très bon dans tous les domaines. Un entraîneur ne peut avoir réponse à tout et la vérité absolue. Aussi compétent, aussi expérimenté soit-il. Voilà pourquoi notre métier a évolué, le joueur a aujourd’hui besoin de s’entourer de plusieurs spécialistes (les nouvelles technologies, les statistiques, ceux comme Peyo qui font le lien entre technique et performance, la nutrition, la préparation physique, la préparation physique spécifique, la biomécanique qui est fondamentale dans la compréhension du geste…) Pour atteindre le haut niveau, un entraîneur comme moi est obligé d’avoir autour de lui (et des joueurs) des spécialistes et des intervenants. »

Ne se rappeler que des bonnes choses

A 63 ans, Olivier Léglise ne s’est peut-être jamais senti aussi jeune. Mais curieusement, ses 30 années d’expérience au plus haut niveau l’incitent surtout à regarder vers l’avant, rarement vers l’arrière… En tout cas, il ne regrette rien.   

« Ce fut une période formidable. J’étais entraîneur fédéral, c’était mon job à plein temps. Je ne conserve que des bons souvenirs. Avec Benoit, qui a commencé 8 ans avant moi, ça a été une énergie, un engouement inouï. On a réussi à accompagner ces jeunes amateurs jusqu’à devenir des joueurs performants sur le Tour européen. C’était la mission de la FFG. Après, la carrière d’un joueur, quand il arrive sur le Tour européen, dépend plus de lui que de l’entraîneur. Les jeunes joueurs, qui débutent, ont souvent la nécessité d’avoir à leur côté un entraîneur d’expérience, et une fois qu’ils ont atteint un certain niveau, ça dépend plus d’eux et d’un choix de vie. Je pense qu’il aurait fallu, pour certains, quitter le Tour européen et aller tenter leur chance aux Etats-Unis (Wattel, Bourdy). Cela aurait valu le coup qu’ils tentent l’aventure… Pour franchir les étapes, il faut le faire en renouvelant sa motivation, en se lançant en permanence de nouveaux défis. Se remettre en question régulièrement… Ne pas se satisfaire de ce que l’on a… Mon plus gros regret durant cette période ? Aucun ! J’ai peut-être cette faculté qui me permet de ne me rappeler que des bonnes choses. Même en cherchant, je n’ai pas de regret. On a fait ce que l’on a pu dans un certain contexte. C’est vrai, j’ai plutôt tendance à regarder devant que derrière. Après, il faut toujours apprendre de ses erreurs, sinon, on n’avance pas. J’ai appris de mes erreurs mais je n’ai pas forcément de regret. »


Par Lionel VELLA
27 janvier 2021