À 46 ans, Basile Dalberto possède une très solide expérience de caddie. Que ce soit sur le DP World Tour, sur le sac de nombreux golfeurs français, ou sur le PGA Tour. Il répond aux questions que l’on s’est tous au moins une fois posé sur son métier.
Basile Dalberto a débuté dans le métier de caddie en 2005 avec Thomas Levet. Et à plein temps à partir de 2006 en compagnie de Jean-François Lucquin. Il était encore auprès de Clément Sordet en 2025 avant de faire équipe depuis décembre dernier avec Quentin Debove. Domicilié à Prague (République tchèque), il a aussi pas mal bourlingué sur le PGA Tour.
Il devait effectuer cette semaine une « pige » au Joburg Open avec Johannes Veerman, avec qui il s’entend très bien. Mais l'Américain s'est scratché à la veille du tournoi, ce mercredi, pour rejoindre via Oman sa femme et ses trois enfants à Dubaï, leur lieu de résidence.
Un caddie arrive-t-il sur un tournoi en même temps que son employeur golfeur ?
Non, toujours avant. Cela fait 20 ans que je fais ce métier. Cette semaine, à Johannesburg, même si je connais très bien le parcours, c’est toujours très important pour moi d’avoir cette discipline d’aller marcher sur le parcours le lundi matin pour prendre le pouls. On aura peut-être un petit peu moins de rough, ou un peu plus. Des greens plus rapides, plus fermes ou plus souples et plus lents. Il y aura toujours des petits détails qui seront importants à noter. Pour moi, il ne faut jamais tomber dans une sensation de routine. Chaque journée pour moi est différente d’une autre. Que l’on soit dans un pro-am, dans une partie de reconnaissance, dans une journée de tournoi. Tu arrives un jour à 5 heures du matin pour jouer à 7 h 10. Le lendemain, on est là à 11 heures parce que l’on va démarrer à 13 heures… On va avoir 10 degrés avec beaucoup de vent un jour et le lendemain on a 25 degrés avec grand soleil et pas un brin de vent. Chaque journée est un nouveau bouquin que l’on ouvre. Et c’est ça que j’adore !
Caddie sur le PGA Tour et le DP World Tour, c’est pareil ?
Non, c’est incomparable. Le standard général, c’est-à-dire la qualité des parcours, les zones d’entraînement, la façon dont les caddies sont traités, tout est différent sur le PGA Tour. La densité des joueurs moyens sur le PGA Tour est bien plus forte que sur le DP World Tour. Pour un jeune comme Quentin Debove, qui a cette forte ambition de faire une grosse carrière, c’est quelque chose d’important d’atteindre l’objectif d’être un jour joueur sur le PGA Tour.
Quel genre d’information un joueur demande-t-il le plus souvent à son caddie durant un tournoi ?
Pour moi, il n’y a pas de talent requis pour écrire des distances, apprendre la routine, annoncer la distance jusqu’au drapeau, où on doit faire tomber la balle, etc. Ce qui est important surtout, c’est qu’on devient quelque part météorologue. Tous les matins au réveil, je checke la météo sur deux ou trois applications différentes. La direction du vent, sa force… Il faut savoir se préparer à ça. Il faut être confiant, même quand le vent tourne, sur la direction du vent que tu annonces au joueur. Et puis j’ajouterai la façon dont tu délivres cette information. Avec le temps, j’ai réalisé que c’était ultra important. Quand tu es avec des caddies qui ont gagné vingt ou trente fois, le joueur peut être devant la balle, à hésiter, avec un vent qui tourne d’un coup… Et bien le caddie lui dira (il prend un ton ferme) : « Écoute, le vent est là. Il est à 1 h 30, fais ta routine, joue ton coup à 100 % » Avoir cette faculté à comprendre comment fonctionne le vent, c’est pour moi l’information capitale.
Un caddie voyage-t-il toujours en classe économique ?
(Rires) Il faut savoir se faire plaisir de temps en temps. On passe de longues journées, de longues semaines. Si tu es fatigué, fais-toi plaisir. Est-ce que c’est valable uniquement sur des longs courriers ? Pas forcément. Je me suis fait plaisir sur des courtes distances aussi. Pour le décalage horaire, à chaque fois que tu pars vers l’Est, c’est plus compliqué. Si Quentin (Debove) entre en Chine (Hainan Classic) et en Inde (Hero Indian Open) dans les prochaines semaines, c’est un peu galère d’aller sur l’ile d’Hainan. Et en attaquant deux semaines de tournois qui vont être challenging, si tu as envie de te faire plaisir, faut pas hésiter. Je voyage toujours avec des grandes chaussettes de compression, comme les marathoniens… Des petits détails qui te permettent de mieux voyager. Mais je serai incapable de dire combien de kilomètres j’ai parcouru dans les airs… Sur un vol de onze heures comme je celui que j’ai pris entre Londres et Johannesburg, j’ai bien dormi, je me suis fait un bon documentaire sportif, on a mangé, j’ai eu l’impression que le vol faisait quatre heures. Avec l’expérience, on arrive à bien gérer tout ça.
Un caddie mange-t-il toujours avec son joueur ?
Dans mon cas, jamais ! Mon système idéal, c’est : rendez-vous au vestiaire à telle heure, on se serre la main, on se met dans l’optique boulot. Il y a pas mal de joueurs qui sont caddeyés par leur frère, comme Oihan Guillamoundeguy par exemple. Même chose pour le Suédois Sebastian Söderberg. Je suis très américain dans l’esprit, très individualiste dans la façon d’être. C’est pour ça que j’adore caddeyer sur le PGA Tour. J’arrive tôt, je pars tard. J’ai le sentiment d’avoir bien bossé. Je me fais un bon repas. Je me fais ma série, je regarde mon documentaire sportif, relax quoi. Moi, ça me convient. On est tous différent. Manger seul, ça ne me dérange pas. C’est ma façon d’être.
Que fait un caddie quand il ne travaille pas ?
J’ai 46 ans, ça fait 20 ans que je fais ça. Ma hanche droite s’est affaissée d’un centimètre et demi parce que je porte le sac à droite. J’ai donc une condition physique à conserver. J’essaie d’aller à la gym entre deux à trois fois par semaine. J’ai quelqu’un qui me suit, j’ai un physio à Prague qui me suit aussi. Qui connait bien mon corps, mes tendances… Je dois être très discipliné là-dessus car j’ai envie de continuer encore au moins vingt ans, facile. Les sacs sont de plus en plus lourds car il y a de plus en plus de gadgets (rires). La condition physique est par conséquent primordiale.
Qui possède le sac le plus lourd ?
(Il réfléchit) Je dirais Sang-moon Bae. Sur le PGA Tour. Beaucoup de gadgets dans le sac comme des élastiques, des machins de toute sorte, toujours trop de clubs en partie d’entraînement, la tenue de pluie, les barres protéinées, la bouteille d’eau, etc. Je pense qu’il a la médaille d’or du sac le plus lourd. Cela peut aller jusqu’à 24 kilos. Dans l’idéal, on aimerait porter un sac entre 19 et 20 kilos.
Une saison sur le Tour, ça coûte combien pour un caddie ?
Je vais dire entre 45 et 50 000 euros ! Pour le logement, sur le DP World Tour, je fais soit tout seul, soit je partage avec Chris Liley, le caddie de Julien Guerrier. Il y a aussi le caddie de Francesco Laporta qui habite Prague également… Un Anglais avec qui je suis très pote. On a partagé au Kenya il y a deux semaines. La moitié de la saison, je la fais tout seul dans un petit appartement, et l’autre moitié je partage. Et aux États-Unis, je suis très pote avec le caddie de Collin Morikawa. Je partage très souvent avec lui. On fait Airbnb. On a chacun sa chambre, chacun sa salle de bain. On regarde du sport dans le salon. Et on a chacun sa voiture de location. La voiture de location est essentielle aux États-Unis. Ce n’est pas tout le temps nécessaire sur le DP World Tour. J’en ai une cette semaine au Joburg Open parce que j’ai plein d’amis qui habitent en Afrique du Sud. Cela dépend de la situation. En Chine par exemple, je ne veux pas de voiture de location. Parce qu’il y a des pays où il ne faut pas la prendre (rires).
Quel est le voyage qui vous a le plus marqué ?
En 2006, ma première année à plein temps. On avait eu la chance de jouer en Écosse, à Loch Lomond. Thomas Levet avait gagné là-bas en 2004 et Grégory Havret en 2007. C’était la première fois que j’allais là-bas. J’étais avec Jeff Lucquin. Je crois avoir fait ma plus belle marche de parcours. Je suis arrivé le lundi matin. J’étais le premier. Il faisait un grand ciel bleu. Du soleil, 17 ou 18 degrés. Je n’ai jamais vu un endroit aussi beau. Chaque trou, c’était un tableau. On ne se rend pas compte de la beauté des lieux. J’ai aussi le souvenir d’avoir caddeyé le joueur n° 1 de ma fac aux États-Unis, Kyle Blackman, pour l’U.S. Open 2000 à Pebble Beach. Son père avait loué une maison juste en dehors du golf. C’était tout simplement exceptionnel. Il était parti -2 après quatre trous. Il y avait deux gamins de 19 ans qui étaient devant un leaderboard où on pouvait voir Woods -3, Jiménez -2 et Blackman -2… On est restés scotchés devant. Et derrière, il a fait cinq bogeys d’affilée (rires). On était restés le week-end pour voir Tiger Woods gagner avec 15 coups d’avance. Dans le sens inverse, quand on va en Inde par exemple, on ne réalise pas le degré de pauvreté qui règne là-bas. C’est le voyage qui t’ouvre le plus l’œil sur le monde. Quand on voit un gamin à qui il manque un bras et qui dort dehors en face de notre hôtel, j’ai du mal à l’accepter. C’est dur et quelque part ça te fait un peu plus encore apprécier la chance que tu as.
Les gains en tournois et les pourcentages, ça se passe comment pour un caddie ?
Dix pour cent des gains du joueur pour la victoire ! Après, sur le DP World Tour, on a un salaire-semaine que l’on négocie avec le joueur. Ce salaire-semaine couvre tes frais d’hébergement, tes avions, ta voiture de location, ta nourriture, le carnet de parcours et tout le temps que tu passes pour travailler pour le pro. En pourcentage, comme je l’ai dit, c’est 10 % la victoire, 7 % le reste… C’est devenu standard. Tous les vols en dehors de l’Europe, la moitié est payée par le pro. Durant les discussions sur ce sujet, si on sent de la réticence, il ne faut pas bosser pour lui. Mais il n’y a jamais d’abus. Il y a aussi des systèmes de bonus par rapport aux résultats dans la saison. Quand tu gardes la carte, il y a un petit bonus. Tu joues la finale de la Race, le bonus est plus important… Ce qui est logique quelque part. Plus le joueur gagne, plus le caddie gagne. C’est aussi simple que ça. Il faut toutefois préciser qu’il y a une grosse différence entre le salaire-semaine sur le PGA Tour et sur le DP World Tour. Les logements sont beaucoup plus chers aux États-Unis. C’est beaucoup plus difficile de trouver un logement bon marché à moins de 30 minutes du golf. Chaque semaine, l’hébergement sur le PGA Tour, c’est au minimum 1000 dollars (860 euros environ). Donc les salaires-semaines sont plus élevés sur le PGA Tour.