Victor Perez sur le Tour

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Victor Perez sur le Tour – épisode 3 : « Des moments forts »

Vainqueur dimanche du Alfred Dunhill Links Championship, Victor Perez a vécu une superbe semaine en Écosse. Avec ce premier titre sur le Tour européen, le Tarbais a fait un bond de géant au classement mondial (72e) mais garde les pieds sur terre et préfère se tourner déjà vers son prochain tournoi en Italie.

Comment vous sentez-vous trois jours après cette superbe victoire ?

J’ai eu un peu le temps de décompresser. Ne pas jouer cette semaine est aussi important, je peux profiter un peu car ce sont des moments forts. J’ai le temps d’apprécier mais je commence déjà à me reconcentrer pour l’Italian Open la semaine prochaine.

Y’a-t-il des moments particuliers qui vous reviennent en tête depuis dimanche soir ?

J’ai revu les images et il y a certains moments importants qui ressortent. C’est surtout la fin au 17 et au 18 dont je me souviens le plus. Je me rappelle des autres coups mais ils sont noyés parmi le reste du tournoi. Le 17 et le 18, les deux derniers trous à jouer sur le Old Course à St Andrews… C’est ça dont je me souviens le plus.

Revenons un petit peu sur votre début de tournoi. Avec trois premiers tours exceptionnels (-20) vous sembliez sur un nuage…

C’est un tournoi au format assez spécial puisqu’on joue sur un parcours différent chaque jour. On ne voit pas tous les autres joueurs. Au practice, on ne croise qu’une dizaine de gars. Cela change grandement d’un moving day où on croiserait Rory McIlroy ou Justin Rose et où on sentirait déjà la pression avant le coup de départ. Au Dunhill, il n’y a pas non plus le fameux flight du matin ou de l’après-midi. Là, c’est trois fois le matin sur des parcours différents. Finalement, on ne se rend pas forcément compte d’où on en est. Ce n’est pas mal d’ailleurs de jouer sans pouvoir se situer par rapport aux autres. Après, quand les caméras arrivent sur toi, comme ça a été le cas pour moi à partir du retour à Kingsbarns, tu sais très bien que tu es dans une bonne position. Mais c’est surtout le samedi soir, quand tout le monde en a terminé avec les trois parcours, qu’on se dit « bon maintenant le classement c’est ça et ça redevient un tournoi basique ».

Comment vous sentiez-vous justement le samedi soir dans la peau d’un co-leader du tournoi ?

J’étais plutôt bien. Je suis allé simplement faire les courses pour m’acheter à manger. C’était banal comme un autre soir. J’avais la chance d’être chez moi pendant toute cette semaine puisque je vis à Dundee. Je pense que cela m’a beaucoup aidé, surtout pour une première fois dans cette situation, d’avoir tous mes repères. J’étais avec ma copine et pas à l’hôtel avec tous les joueurs qui passent et qui te disent « bonne chance pour demain ». Tu peux aussi te faire des scenarios quand les gens viennent tous te dire un petit mot d’encouragement. Evidemment ils ne vont pas te souhaiter d’échouer mais ça te rappelle toujours que le lendemain est important. Là, ça m’a permis de faire autre chose, de regarder un film, d’avoir une soirée assez standard et de ne pas monter en pression avant dimanche.

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Résidant à quelques kilomètres, connaissez-vous particulièrement bien ces parcours ?

Non, pas plus que ça. Ce sont des parcours assez exclusifs où il est difficile de jouer. Ils fonctionnent beaucoup au green fee donc on n’a pas facilement des départs. En revanche je m’entraîne sur des links donc j’ai l’habitude du sol, de la vitesse des greens, du climat, du vent. De toute façon, le parcours change tous les jours même si on joue quatre fois le même. Les boules de départ sont différentes, les positions de drapeau également, les conditions météos… Mais l’habitude de jouer sur des links en revanche m’a bien aidé à être à l’aise.

On a beaucoup parlé également de votre caddie JP Fitzgerald, qui travaillait auparavant avec Rory McIlroy. À quel point son rôle a-t-il été important cette semaine ?

Il a été très important par sa connaissance du terrain. Il a souvent vu ces parcours et il a pu m’apporter des certitudes grâce à cela. S’il y a des coups où je me sens bien, il se met à l’écart et me laisse faire, et sur les coups où je suis plus en difficulté il sait aussi intervenir et m’apporter les choses dont j’ai besoin pour faire le meilleur coup possible.

Il a vécu ça avec Rory au début de sa carrière mais aussi quand il était numéro 1 mondial et qu’il gagnait des Majeurs. Ça aide énormément d’avoir quelqu’un qui a autant d’expérience sur le sac et qui sait s’adapter à la situation.

Revenons au tournoi, comment vous sentiez-vous le dimanche matin, avant d’attaquer votre dernier tour ?

Je ne suis pas sorti de ma routine. J’ai l’habitude de me lever assez tôt. J’ai dû le faire à 7h30 puis la matinée est passée assez vite. J’ai eu la chance de ne pas avoir un départ trop tard puisqu’on jouait à midi donc il n’y a pas eu trop d’attente. Le plus dur c’est l’attente, après quand on commence à faire l’échauffement physique et le practice c’est fini, on rentre déjà dans la partie. On se met en autopilote, dans la zone. Et puis, une fois que le premier coup est parti on ne réfléchit plus trop. À St Andrews, l’avantage est que le premier trou est assez large. On tape un coup de fer. Ce n’est pas une mise en jeu très difficile donc c’est pas mal d’avoir un premier coup tranquille qui te lance dans la partie. Ensuite j’ai fait un super coup de départ au 2 et à partir de là j’étais vraiment lancé.

Durant tout le dernier tour on vous a senti très concentré et serein…

Je me sentais bien. J’avais une bonne ligne de conduite que j’ai gardée toute la semaine et je m’y suis tenu. Mon objectif en début de journée n’était pas du tout de gagner. J’avais des objectifs simples et si je m’y tenais j’aurais au moins fait mon maximum quel que soit le résultat.

À quel moment vous êtes vous rendu compte que la victoire allait se jouer entre Matthew Southgate et vous ?

Il y a des leaderboards partout donc on est conscients de ce qu’il se passe. On regarde toujours un petit peu même si on ne sait jamais trop s’ils sont bien à jour. À mi-parcours, j’ai vu que les autres joueurs étaient à -19 et nous on était à -21 pour moi et -23 pour Matthew. Je savais qu’un de nous deux allait jouer sous le par au retour donc cela poussait les autres à faire au moins -4 pour passer devant. C’était possible mais difficile donc il y avait de grandes chances que ce soit lui ou moi.

Personne n’a réussi à revenir de l’arrière et les cartes étaient globalement moins basses le dimanche. Comment l’expliquez-vous ?

Effectivement, je m’attendais à ce que quelqu’un fasse une grosse journée et descende à -24 ou -25. J’ai eu de la réussite car cela n’est pas arrivé, mais c’est vrai que c’était un petit peu plus difficile dimanche. Il faisait assez froid et le vent était de travers sur les 18 trous. À St Andrews, il y a neuf trous dans un sens et neuf trous dans l’autre. Très souvent, on a un vent portant sur une moitié du parcours ce qui rend cette partie là vraiment plus facile. Là, avec ce vent de travers, ça a rendu les 18 trous plus unis et donc une charge plus compliquée. Quand on joue avec le vent arrière sur l’aller, on peut vite avoir quelques joueurs à -5 ou -6 sur neuf trous, des gars qui reviennent à égalité et mettent la pression. Là c’était plus difficile de faire des birdies donc tant mieux pour moi.

Dans votre duel face à Matthew Southgate, la partie a semblé tourner au 14 où vous faites birdie et lui bogey. Avez-vous senti que cela basculait à ce moment là ?

Oui je pense que c’est là que ça a basculé. J’ai eu la chance que la porte se soit ouverte car sur certains tournois, quand le leader continue à bien jouer, la porte ne s’ouvre jamais. Matthew m’a laissé une ouverture avec son mauvais chip puis en ne se mettant pas donné pour par. Il y avait une possibilité de reprendre deux coups sur le même trou. Quand je rentre mon putt, je sais que j’en reprends déjà un avec quatre trous à jouer. Si je ne l’avais pas rentré ça aurait été beaucoup plus compliqué pour la suite. C’est pour ça aussi que je sers le poing à ce moment là, car j’ai senti que je revenais vraiment dans le match.

Ce type de réaction est plutôt rare chez vous, d’ordinaire assez placide sur le parcours…

On se retrouve rarement en un contre un comme c’était le cas cette fois. Cela n’arrive qu’en toute fin de tournoi. On peut serrer le poing au 9 parce qu’on l’impression de gagner un coup sur le mec avec lequel on joue, mais si un autre joueur passe devant dans une autre partie ça n’a pas de sens. Là, on était passé dans un mano a mano et je savais que j’avais fait une bonne opération.

Les comportements changent-ils lorsque la partie devient une confrontation directe entre vous deux ?

Oui un petit peu, c’est l’esprit de compétition. Si on peut d’une manière ou d’une autre arriver à faire sentir à l’adversaire qu’on est solide et qu’on est là pour gagner, ça peut aider. C’est quelque chose qu’il va aussi avoir à surmonter.

Chaque bon coup permet de mettre la pression sur l’adversaire…

C’est sûr ! Au 15 on fait deux pars, puis au 16 je tape un coup de fer sur le fairway et lui il met un drive 80 mètres devant moi avec un coup de sandwedge pour le drapeau à jouer. De suite, mon coup de fer est sous pression. Si je ne vais pas sur le green ou que je ne me mets pas en position de birdie, la porte s’ouvre et ça lui permet lui d’être agressif et d’aller chercher le birdie pour m’enfoncer la tête sous l’eau. J’ai réussi à mettre un bon coup et à me mettre en position. Voilà c’est du un contre un, chaque coup est une petite bataille entre les deux.

Est-ce ce qu’il s’est passé au 17, où Southgate concède le bogey ?

C’est possible. Après ce n’est pas parce que je fais un super coup qu’il va forcément rater le sien. J’ai fait un super drive à l’endroit idéal, au milieu du fairway en m’ouvrant l’angle pour le drapeau. Avec le hors limite à droite et le vent qui poussait vers la droite, c’était un drive difficile. En assurant le tee shot et en jouant à gauche on se rend le deuxième coup plus compliqué. Je ne sais pas si mon coup lui a mis la pression où s’il a juste fait un moins bon swing. Il n’y a pas une raison en particulier mais ça a beaucoup aidé.

Comment vous sentiez-vous en arrivant sur le dernier trou, le mythique 18 de St Andrews ?

J’étais conscient que j’avais un coup d’avance mais je savais que je ne pouvais pas relâcher la pression, qu’il fallait continuer à être agressif. On a vu tellement de renversements au golf. Il peut faire birdie et m’emmener en play-off, je peux faire une erreur. Tout peut arriver sous pression. J’avais envie de faire birdie au 18 en me disant qu’il y avait très peu de chance que lui fasse eagle.

À quel moment avez-vous senti que la victoire était dans la poche ?

Dans ma tête, il allait rentrer son putt pour birdie même s’il était loin. Moi j’avais de toute façon mon putt ensuite pour gagner donc j’étais en bonne position. Une fois qu’il a raté son premier putt, j’avais deux putts à quatre mètres pour gagner. On est encore hyper minutieux, il faut faire la routine de la même façon mais on sent que ça va dans le bon sens. Je me dis que j’ai une main sur le trophée mais qu’il faut mettre la deuxième, être précis, rester concentré et faire tout de la même manière que sur n’importe quel autre coup.

Que se passe-t-il dans votre tête quand la balle tombe dans le trou ?

On est content que ce soit terminé ! C’est plus du soulagement qu’autre chose.

Vous n’exultez pas tout de suite…

Oui parce que j’avais quand même deux putts pour gagner, il faut aussi être respectueux. J’ai serré la main à Matthew, aux amateurs qui étaient avec nous et après quand Raph (Jacquelin), Matthieu (Pavon) et Julien (Guerrier) sont arrivés sur le green on peut relâcher la pression parce qu’on sait que c’est terminé.

Cette victoire vous permet d’intégrer le Top 20 de la Race to Dubaï (17e) et le Top 100 mondial (72e). Cela va-t-il changer vos objectifs pour les prochains mois ?

Je ne pense pas trop à la suite pour l’instant. J’essaie de me concentrer sur l’Open d’Italie car c’est ma prochaine échéance. Si je commence à trop me projeter, je risque de passer à côté des tournois qui arrivent et ce serait dommage. Il y aura des petits changements mais l’important aujourd’hui c’est de faire une bonne semaine d’entraînement et de repartir sur l’Italie. On arrive sur les gros tournois de fin de saison donc on aura le temps de se reposer pendant l’hiver.


Par Sébastien CACHARD-BERGER
2 octobre 2019