Le joueur de Saint-Cloud a disputé son premier Championnat d'Europe par équipes Messieurs la semaine passée, après avoir livré la meilleure performance française à The Amateur Championship ainsi qu'au Championnat d'Europe individuel. À 19 ans et après sa première année en fac américaine, il s'affirme parmi les meilleurs.

Arthur Carlier (à gauche), associé à Lev Grinberg lors des demi-finales du Championnat d'Europe par équipes Messieurs, la semaine passée. © EGA

Il y a des choses qui ne changent pas, chez Arthur Carlier. Sa fidélité aux copains, les Hugo Le Goff, Oscar Couilleau et autres Lev Grinberg, pour ne parler que de ceux qui étaient de ses coéquipiers, la semaine passée au Championnat d'Europe par équipes Messieurs. Son visage encore poupin et son regard clair, qu'il promène sur tous les terrains en compagnie de son attitude calme et de ses mots toujours posés. Sa constance dans la manière de s'entourer, aussi, avec Alexandre Kaleka comme coach technique et Julien Fichot-Lefort, spécialiste en psychologie comportementale, comme préparateur mental. Soit les mêmes que lorsque, adolescent, il progressait au Centre national de performance du Golf National.

Arthur ne change pas ou peu, donc. Mais sa dimension, c'est autre chose. Ses résultats aussi, les uns étant d'ailleurs la cause de l'autre. Meilleur scoreur de sa fac de Kansas en mai lors des Regionals (alors qu'il était en fin de première année). Puis finaliste du trophée Gounouilhou avec Saint-Cloud. Puis meilleur performeur français lors de The Amateur Championship, en étant le seul à se qualifier dans le tableau final en match play, et en n'en sortant au stade des huitièmes de finale que d'un cheveu. Puis encore meilleur Tricolore la semaine suivante, cette fois en stroke play lors du Championnat d'Europe individuel Messieurs, dont il a pris la 3e place ex æquo mais pas la médaille de bronze, qui l'a évité au départage.  

« C'était ma première année aux États-Unis, explique-t-il. Il y a eu un temps d'adaptation les deux premiers mois. C'est normal, on est loin de la famille, la nourriture n'est pas pareil, les copains changent... Mais après ces deux mois, je me suis complètement épanoui et lancé dans l'aventure américaine. J'ai eu un premier semestre correct, et ensuite, au deuxième semestre, j'ai bien joué. » En effet, sous le maillot des Jayhawks de Kansas, il a décroché ses trois premiers top 10 en carrière universitaire lors de trois tournois réguliers de la spring season, tout en pouvant agrémenter cela de la victoire collective de son équipe au Hoosier Intercollegiate, mi-avril. 

Et puis, il y eut donc cette belle performance individuelle aux Regionals, pas à prendre à la légère quand on sait que l'équipe masculine de Kansas dispute cette deuxième étape de la postseason chaque saison sans discontinuer depuis 10 ans. Désormais si bien intégré, Arthur Carlier, qui reprendra les cours là-bas le 17 août, prévient : « L'année prochaine, je connaîtrai les parcours, donc je serai prêt à repartir et à en découdre ».

Le jeu qu'il a développé une fois de retour en Europe fin mai (et les résultats qui sont allés avec) plaident clairement dans ce sens. Lors de The Amateur Championship, il est non seulement sorti seul Français des 36 trous de qualification en stroke play, mais il l'a fait de belle manière, en prenant la 8e place à -6. Dans cette phase disputée sur les deux parcours du Royal Liverpool et de West Lancashire (dans cet ordre en ce qui le concerne), sa seule frayeur aura été de commettre deux bogeys dans le final (16 et 17) sur le tracé ayant accueilli The Open en 2023. Mais dès le lendemain, six birdies sur les neuf premiers de West Lancashire, pour un aller en -5, le mettaient définitivement à l'abri.

« Julien Fichot-Lefort était avec moi cette semaine-là, et nous avons fait deux très bonnes reconnaissances, j'ai très bien compris comment jouer le parcours, détaille Arthur Carlier. Mon but était de prendre un maximum de fairways, comme souvent sur les links. J'ai fait toute la semaine en ne sortant le driver qu'une seule fois par partie. » Deux victoires convaincantes lors des deux premiers tours de la phase finale l'ont amené jusqu'en huitième de finale où, hélas, sa route s'est arrêtée. Mais non sans les honneurs. Car non seulement son adversaire, l'Américain Matt Moloney, a eu besoin de 24 trous pour se défaire du Français, mais en plus, le dénommé Moloney est ensuite allé jusqu'en finale. « En huitième de finale, ça s'est joué à rien, constate le Tricolore de 19 ans. C'était un match long, épuisant, stressant... un play-off de British Amateur, quoi. »

Au Championnat d'Europe individuel Messieurs, Arthur Carlier est passé à deux doigts d'avoir une médaille autour du cou en fin de semaine. © EGA

À peine remis de cette semaine éprouvante, et le temps d'apprendre sa première sélection en équipe de France Messieurs pour les Championnats d'Europe par équipes, Arthur Carlier était de nouveau sur le terrain, parmi les meilleurs amateurs du Vieux continent. Mais cette fois, il avait troqué l'air frais de la côte occidentale anglaise pour l'air pas beaucoup plus chaud des lacs et forêts de conifères de Finlande. Sur le Linna Golf, dans une formule plus classique à quatre tours de stroke play, il réalisait un excellent premier tour en 66 (-6), sans erreur. « C'était ma première partie sans bogey de l'année », note-t-il. Par la suite, et malgré fatigue et pression inhérente au fait d'être à portée de la tête, il n'a rendu aucune carte au-dessus du par. « J'ai eu un très bon chipping, qui m'a permis de faire peu d'erreurs durant tout le tournoi. C'est une bonne référence », analyse-t-il. 

Le seul petit bémol est de l'avoir vu attaquer trop gaiement un putt de l'extérieur du green tout en montée, sur le 72e et dernier trou du tournoi. Alors que deux putts de cet endroit lui auraient donné la 3e place seul et la médaille de bronze, un bogey l'a mis ex æquo avec, entre autres, l'Italien Riccardo Fantinelli, qui a récupéré la récompense par le jeu du départage. Il n'empêche, cette troisième place est une preuve de plus de sa présence parmi les meilleurs.

Après les Europe par équipes de la semaine passée, où Arthur Carlier et ses camarades ont terminé à la 4e place, le joueur licencié à Saint-Cloud va s'accorder une pause bien méritée, après six semaines passées sur les différents terrains. Mais ce ne sera que pour poursuivre sa marche en avant. Actuellement 228e au classement mondial amateur, il affiche sa meilleure place en carrière. Une place qui n'attend qu'une chose : s'améliorer. Devant lui, les carottes se nomment Oscar Couilleau, Lev Grinberg et Hugo Le Goff, qui gravitent dans cet ordre entre la 38e et la 61e place mondiale. Un trio qui, lui aussi, va rejoindre les universités américaines (et leurs tournois bien dotés en points mondiaux). « Quand tu as des potes comme eux dans le top 100, tu te dis que tu as ta place aussi », raisonne Arthur Carlier. Plus on est de fous...