Lauréate du plus prestigieux championnat amateur international ce samedi à Muirfield, la joueuse de 21 ans a réalisé un rêve : marquer l'histoire de son sport sur la scène internationale en faisant honneur à son pays. Son prochain objectif sera d'en faire de même avec l'équipe de France au championnat d'Europe amateur Dames, du 7 au 11 juillet en Irlande, quitte à décliner une invitation pour l'Amundi Évian Championship, le Majeur professionnel qui aura lieu en Haute-Savoie la même semaine.
Il y a des victoires qui transcendent le simple résultat sportif. Celle de Valentine Delon au Women's Amateur Championship, acquise au terme d'une semaine d'une intensité ultime sur le mythique links écossais de Muirfield, appartient à cette catégorie. La Française a dominé six adversaires de bout en bout, avec une maîtrise forçant l'admiration. Sur les rencontres en match play, elle n'a été menée qu'une seule et unique fois, lors des six premiers trous de son quart de finale face à la Suédoise Meja Örtengren. Cette prouesse, peut-être inédite dans les 123 éditions du championnat, ne doit pourtant rien au hasard. Elle s'est construite coup par coup, dès la phase de qualification où, passée de quinzième à soixante-dixième place en l'espace de deux trous à la fin du premier tour, elle avait su réagir avec trois birdies consécutifs.
Le lendemain, elle avait bouclé sa qualification à une bonne 18e place, sans pour autant s'attarder sur ce résultat certes probant, mais purement intermédiaire. « Les années précédentes, je regardais souvent le tableau pour voir qui était là et contre qui j'allais jouer. Cette année, je me suis dit : "Quoi qu'il arrive, si tu veux gagner le championnat, il faut que tu les battes toutes. Donc même si dès le premier jour tu joues contre une très forte adversaire, il faudra gagner." Je suis contente de m'être mise directement dans le bon état d'esprit, car il faut mettre de l'intensité pour battre tout le monde », indique-t-elle.
Des cadeaux et des coups
Au fil des tours, négociés avec la même régularité dans l'excellence, la joueuse de vingt-et-un ans a utilisé cette même recette faite d'intensité maximale. La finale, disputée sur trente-six trous dans des conditions extrêmement venteuses, a bien sûr été le match où elle dû employer le plus cet ingrédient. D'autant plus que son adversaire était l'Espagnole Andrea Revuelta, dont elle avait croisé la route l'an dernier en finale du championnat d'Europe par équipe, sur son parcours du golf de Chantilly, et dont l'issue avait été favorable aux Ibères. « Je voulais tellement gagner chez moi, et avoir perdu en finale m'avait fait très mal. Mais au-delà de ça, je voulais la battre parce que mon objectif, c'est de battre les meilleures, et je sais qu'elle est quatrième mondiale, avec un palmarès exceptionnel. Donc c'est avant tout pour ça que je voulais la battre », précise-t-elle.
Dominatrice le matin, mais bousculée en début d'après-midi au point de voir son avance de trois trous s'évaporer, Valentine Delon a su trouver les ressources pour reprendre l'avantage et conclure au 17e trou — le 35e de la journée. « C'était très dur. Je me souviens que mon père m'avait dit : « sur trente-six trous, vous allez vous faire des cadeaux. Tu vas peut-être lui en faire six, elle va peut-être t'en faire six. Parfois, elle va te mettre une claque, parfois tu vas lui en mettre une". Voir les choses comme ça m'a beaucoup aidée à encaisser et à repartir au combat. », illustre-t-elle dans une habile métaphore pugilistique.
Des parents porte-bonheur
La victoire acquise, l'émotion a tout emporté sur son passage. Valentine Delon avouait encore, quarante-huit heures après les faits, n'avoir guère dormi dans la nuit qui avait suivi le sacre. « J'étais épuisée, mais tellement excitée que je n'arrivais pas à trouver le sommeil. Je suis toujours sur un petit nuage — et je le serai encore pendant longtemps ! » Pour rendre ce moment encore plus fort, ses parents avaient fait la surprise de traverser la Manche pour assister à son quart de finale, vendredi matin. Une présence décisive, presque porte-bonheur : à chaque fois qu'ils ont assisté à une finale de leur fille sur trente-six trous — à Saint-Cloud en 2023 pour la coupe Cartier, à Lyon en 2024 pour le championnat de France Dames — Valentine Delon a soulevé le trophée !
Muirfield n'a pas dérogé à la règle. « Je n'ai vraiment pas de mots pour décrire ce que j'ai ressenti – et que je ressens encore ! » confie-t-elle, avant d'ajouter avec une gravité qui sonne comme une promesse : « Marquer des points au classement mondial, c'est bien, mais avoir une coupe comme ça dans les mains et inscrire mon nom dessus, c'est la chose la plus précieuse au monde. »
Marquer l'histoire du golf
Car derrière la joie, il y a une ambition. Clairement affichée, pleinement assumée. Valentine Delon ne cache pas vouloir laisser une empreinte durable dans l'histoire du golf français — et du golf tout court. Muirfield, l'un des temples du jeu, a été son premier grand terrain de légende. « L'endroit est extraordinaire, le club-house est magnifique, le lieu respire l'histoire du golf. Là, rien que le fait de pouvoir jouer un British Amateur dans un club comme Muirfield, c'est déjà un privilège. Mais le gagner, c'est vraiment le paradis ! »
Sa victoire lui ouvre désormais les portes des quatre prochains Majeurs professionnels, d'un tournoi du LPGA Tour, d'un tournoi du Ladies European Tour, et du très exclusif Augusta National Women's Amateur, dont elle avait manqué l'invitation cette année à une place près. « Me dire que je suis la première sur la liste des invitées, c'est vraiment fou ! » sourit-elle.
Un drapeau tricolore dans sa chambre
Pourtant, alors que son premier Majeur chez les professionnelles lui tendait les bras dès la semaine prochaine sur les rives du lac Léman, Valentine Delon a choisi de regarder dans une autre direction. Le championnat d'Europe par équipe dames se disputant la même semaine que l'Amundi Évian Championship, elle n'a pas hésité : ce sera le maillot bleu, blanc, rouge. « C'est ma décision personnelle — personne ne m'a forcé la main. D'abord, parce que si j'ai gagné ce British Ladies Amateur, c'est en grande partie grâce à la Fédération. Et en plus de ça, l'équipe de France, c'est ce qui me rend le plus heureuse. Porter le maillot français, c'est la chose qui me rend le plus fière. Aux États-Unis, dans ma chambre, je dors avec un drapeau bleu-blanc-rouge... »
Elle rappelle que Paula Martín Sampedro, lauréate de la même épreuve l'an passé, avait fait le même choix, et était repartie avec le titre européen, contre la France, en finale. Un souvenir cuisant qu'elle avait salué avec le respect des grandes compétitrices. « Je lui avais dit : "Respect. Ce que tu viens de faire, c'est la chose la plus incroyable que j'aie jamais vue." » Aujourd'hui placée dans la même situation, Valentine Delon espère forcer le même dénouement en faveur de l'équipe de France. « J'ai envie de marquer l'histoire, et gagner cette coupe pour mon pays serait une magnifique façon de le faire. »