Joueuse et capitaine de l'équipe de Biarritz Le Phare, Carole Danten-Azfi fête sous ses nouvelles couleurs le trentième anniversaire de ses débuts en Golfers', avec une passion et une reconnaissance décuplée par les épreuves endurées en raison de la maladie.
Parmi les nombreuses choses qui font la beauté du golf, l'aspect intergénérationnel est sans doute l'une des plus mésestimées. À tort, car quel autre jeu offre la possibilité à des vétérans de disputer les mêmes compétitions que des adolescents ? Carole Danten-Azfi, cinquante-deux ans, en est cette semaine l'un des meilleurs exemples, elle qui dans ce championnat de France par équipe Dames 2026 porte le même polo rouge vif que des joueuses pas encore majeures. « C'est génial d'être avec des filles aussi jeunes, et aussi chouettes à tous points de vue. J'ai l'impression d'être leur maman, en plus d'être leur coéquipière et capitaine », sourit-elle.
Jeune, cette joueuse originaire d'Amiens en Picardie l'était presque autant en 1996, lors de ses débuts en Golfers'. Jeune dans le golf en tout cas, elle qui n'avait pas touché un club avant l'âge de vingt ans, et s'était retrouvée deux ans plus tard au milieu des meilleures golfeuses amateurs du pays. « Je faisais des sports assez toniques : du foot, du tennis et du handball à bon niveau, et j'étais aussi ceinture noire de judo. Un jour, un ami m'a proposé d'essayer le golf. Je n'étais pas très emballée car je voyais ça comme un sport de vieux, mais je l'ai suivi », se souvient-elle.
Sur le practice du golf d'Amiens, ses premiers coups de fer 7 produisent aussitôt ce son si caractéristique de la balle parfaitement contactée, à tel point qu'un monsieur, sur un tapis voisin, vient se renseigner sur l'affiliation golfique de Carole. « Je lui ai dit que c'était la première fois que je tapais la balle, et il ne m'a pas cru ! » rigole l'intéressée. « Ce monsieur, qui s'appelait Alphonse Leclercq, était le président de la commission sportive du club, et il a tout de suite fait en sorte que le pro me donne dix heures de cours gratuitement. Ça a commencé comme ça. Au bout d'un an j'étais 16 de handicap, l'année suivante 8, et j'ai fait ma première Golfers' en 1996. »
La maladie et l'amour
D'Amiens, le club de ses débuts, à Biarritz dont elle porte les couleurs depuis deux ans, en passant par le Stade Français et Reims, Carole Danten-Azfi « voyage » au gré des rencontres, des projets sportifs, des changements de stratégie au sein des clubs et des impératifs financiers locaux, tout en menant en parallèle sa carrière professionnelle de VRP multicarte pour plusieurs sociétés pharmaceutiques. Mais une rencontre en particulier s'avère déterminante dans sa progression et son épanouissement : celle avec Abdel Azfi, un enseignant de golf marocain, qui devient son mari en l'an 2000.
Elle ne le sait pas encore, mais le soutien de son âme sœur prendra une dimension supplémentaire bien des années plus tard. « Fin 2016, j'ai eu un cancer du sein qui m'a forcée à faire une année complète de traitement - radiothérapie, chimiothérapie - et à subir une mastectomie puis une reconstruction de la poitrine », explique-t-elle sans détours. Grâce au chirurgien amiénois Philippe Naepels, Carole bénéficie d'une opération expérimentale quasi-miraculeuse, qui lui permet de continuer à jouer au golf : « Il m'a pris les muscles abdominaux pour reconstruire la poitrine, alors que normalement ça se fait avec les muscles grand dorsaux. J'aurais été incapable de lever un club s'il n'avait pas pensé à faire ça », apprécie-t-elle.
Malgré une première rechute en 2019, et une seconde il y a deux ans, le swing est toujours là, constamment remanié par son technicien de mari. « Le levier du bras droit n'est plus le même, forcément, mais Abdel a réussi à adapter mon geste en travaillant notamment l'accélération par le bas du corps. J'ai beau avoir un très bon petit jeu, il faut quand même garder de la distance pour être compétitive ! » sourit-elle. Tout au long de ces années difficiles, grâce à l'amour de ses proches et à son propre amour pour le jeu, le golf constitue une bouffée d'oxygène par rapport à la maladie : « Je faisais ma chimio le lundi et j'avais comme objectif ma partie du week-end ! J'ai d'ailleurs gagné, je ne sais comment, le Grand Prix d'Amiens, alors que j'étais encore sous traitement... »
Super senior
Aussi difficiles soient-elles, les épreuves de la vie n'ont pas triomphé de la ténacité de Carole Danten-Azfi, ni même altéré son goût pour le golf. Nommée capitaine de l'équipe de France seniors Dames, elle remplit avec passion cette mission durant quatre années, avant d'en devenir joueuse en atteignant la barre des cinquante ans. « En 2024, on est parties en Slovénie avec les copines, et on en est revenues championnes d'Europe ! » savoure l'actuelle n° 2 au Mérite national de la catégorie, et récente lauréate des Internationaux d'Espagne.
À cinquante-deux ans, Carole est loin d'en avoir fini avec le golf. Aussi bien pour ce qui est de la compétition nationale et internationale, à laquelle le soutien financier de la team C&S Partners de son ami Gérald Bouhourd lui permet de se consacrer une douzaine de semaines par an, que la simple joie de taper dans une balle, qu'elle s'efforce de transmettre autour d'elle. « Je suis la plus épanouie des golfeuses », conclut-elle. « Le fait d'être sur un parcours de golf, c'est non seulement un plaisir et un amusement, mais avant tout une chance. C'est ce que je dis aux filles : vous loupez un coup, ce n'est pas grave ; vous avez la chance d'être là, vous êtes des privilégiées et en plus vous faites partie des meilleures de France. Profitez du moment ! »