Directeur du Soudal Open depuis 2022, Michael Jones nous dévoile en détails ses fonctions aux commandes de l’étape belge du DP World Tour, l’une des plus attractives de la saison. Ce n’est pas les golfeurs français, quinze au départ cette semaine, qui diront le contraire.
Anglais de naissance, devenu belge le jour de ses 50 ans - « pour faire partie de l’équipe nationale belge sénior » - Michael Jones est tout sauf un inconnu dans le monde du golf européen. Agent de joueurs pendant plus de 25 ans chez IMG, il a accompagné durant de très longues années les meilleurs golfeurs tricolores tels Grégory Havret, Raphaël Jacquelin, Alexander Levy ou encore Julien Guerrier. A ce titre il continue de suivre les deux premiers cités ainsi que Nastasia Nadaud, membre cette saison du LPGA Tour, et effectue également quelques « missions » auprès de Romain Langasque. « Je joue au golf depuis 52 ans, et je vais bientôt en avoir 60 ans. Ce sport est tout pour moi ! »
Comment devient-on un Directeur de tournoi sur le DP World Tour ?
J’ai eu de la chance quelque part. C’est Andy Hancock avec qui j’avais travaillé chez IMG qui était impliqué dans le projet avant même son lancement. Il était le Directeur du tournoi avant même que l’événement ait lieu mais il a décidé de passer la main. Il m’a appelé en me disant qu’il ne le ferait pas et m’a demandé si cela m’intéressait. Il m’a recommandé auprès de Golazo (Ndlr, promoteur du Soudal Open, une des plus grandes sociétés européennes d’organisations d’événements sportifs) me présentant comme étant la personne en Belgique la plus à même d’assurer ce rôle. Je pense que mon expérience de 20 ans chez IMG en tant qu’agent de joueurs, ma proximité avec le Tour européen, et ce que je fais dans le golf depuis maintenant plus de 27 ans a plaidé en ma faveur. Mon profil cochait visiblement les cases. Ce poste finalement est une continuation logique de ce que je fais dans le monde du golf.
Quel est votre rôle exact ?
En parallèle du Directeur du tournoi du DP World Tour qui s’occupe de ses membres tout en s’assurant que la compétition se déroule selon les standards du DP World Tour, je m’occupe, moi, du tournoi local, à savoir le Soudal Open. Mon rôle est de faire la liaison entre les partenaires, le public, les volontaires, les greenkeepers, les médias et les joueurs bien évidemment. Je suis un peu l’électron qui rassemble un peu tout le monde. Je dois par exemple surveiller que les installations autour du parcours ne soient pas placées n’importe comment car il y a quand même des balles de golf qui circulent durant une semaine... Il faut avoir une connaissance du golf dans tous ces éléments. Où met-on la tente réservée à la presse ? Celle-ci ne doit pas être trop éloignée du practice afin que les joueurs ne mettent pas 5 kilomètres pour répondre aux questions des journalistes. C’est un exemple. Je fais en sorte que tout soit bien huilé durant toute la semaine du tournoi, avant et pendant.
Qu’est-ce qui est le plus difficile à gérer dans vos fonctions ?
(Sans hésiter) Le champ de joueurs ! Il faut qu’on ait une bonne date. Ici, on arrive dans le calendrier juste après l’USPGA. Est-ce que c’est une bonne ou une mauvaise date ? Ceux qui ont joué l’USPGA ne viennent pas tous. Ils ont joué un Majeur, tout dépend s’ils ont passé ou pas le cut. On essaie toutefois de construire un champ de joueurs de la meilleure qualité qui soit. Cette édition 2026 est d’ailleurs un peu particulière puisque l’on dit au revoir à Nicolas Colsaerts, qui dispute son tout dernier tournoi du Tour européen, dans son pays natal. Tout tourne autour de Nicolas cette semaine. C’est le Nico’s final dance ! Il faut donc intéresser les joueurs à venir en Belgique mais j’ai plusieurs éléments qui fonctionnent en ma faveur. D’abord le parcours, le club de Rinkven est apprécié par les joueurs et les caddies. Le player’s lounge est important aussi, avec une bonne cuisine proposée, équilibrée au niveau diététique tout en faisant attention aux éventuelles allergies, tout comme pour le caddie’s lounge d’ailleurs. L’approche est la même pour le practice. S’il y a quelque chose qui ne va pas, le joueur va dire : « ce n’est pas bien organisé, on ne reviendra pas. » Ici, on essaie de les convaincre de revenir. A ce titre, je leur dis qu’on a un très beau taux de joueurs qui revient année après année. Grâce à mon métier d’agent, je me mets à la place des joueurs et je me pose la question de savoir ce qui est important pour moi si j’étais dans la peau d’un joueur professionnel. Le bouche à oreille doit faire son effet. Et c’est le cas !
Combien de temps à l’avance prépare-t-on un tel événement ?
Dès que le tournoi est fini, on pense déjà au suivant. On effectue un debriefing avec les partenaires du tournoi. On leur donne les chiffres de visibilité à travers le monde sur leur marque. Ces réunions commencent fin juillet, jusqu’au mois de septembre, une fois que l’on a tous les chiffres officiels. On commence aussi à travailler la date du Soudal Open suivant. Celle de 2027 sera discutée dans quelques jours. Le calendrier prend sa forme douze mois à l’avance.
Avez-vous des demandes particulières venant des joueurs sur le tournoi en lui-même ?
Oui. Il y en a dans tous les sens. Mais le DP World Tour intervient le plus souvent en nous demandant d’avoir par exemple un hôtel pour les joueurs qui soit facile d’accès, pas coincé en plein centre-ville avec des travaux et des bouchons. Il faut qu’il ne soit pas trop loin du parcours. Le parcours justement doit être d’une certaine qualité et là, on a la visite de l’agronome du DP World Tour quatre fois par an. Cela ne vient donc pas directement des joueurs... Le Tour européen nous impose un cahier des charges et les joueurs viennent. Si ça leur plait, ils reviennent. Dans le cas contraire, on ne les revoit pas. Non, franchement, la collaboration avec le DP World Tour fonctionne très bien.
Quel est à ce jour votre plus beau souvenir en tant que Directeur du Soudal Open ?
J’ai du mal à en ressortir un plutôt qu’un autre... Les Belges sont assez riches en champions avec Colsaerts bien sûr, Thomas Pieters, Thomas Detry. On a toujours envie que ces joueurs jouent bien devant leur public. Je me souviens, et c’était émouvant, du fils de Nicolas (Colsaerts) venant l’embrasser sur le green alors qu’il venait de manquer le cut. Thomas Detry qui joue pour la gagne en 2023, Thomas Pieters qui est tout près de gagner en 2024... Ce sont des émotions fortes. On a eu des belles histoires avec Ryan Fox qui finit 2e du Soudal Open en 2022. Aujourd’hui, il fait partie des meilleurs joueurs du monde. Kristoffer Reitan l’an passé fait -9 lors du dernier tour, attend trois heures dans le player’s lounge pour finalement jouer un play-off à trois et il gagne à l’arrivée. C’était la première fois qu’on avait un play-off. Et là, il vient de gagner sur le PGA Tour (au Truist Championship). Pour nous, c’est juste génial. On fait quelque part partie de l’histoire de ce joueur. Alex Fitzpatrick a bénéficié d’une invitation en 2023 car il n’avait pas de droit de jeu sur le DP World Tour. C’est le frère Matt, il est super sympa. Il est venu au dîner, il a fait des visites aux hospitalités... Un garçon charmant. Et là, aujourd’hui, il suit l’exemple de Reitan aux Etats-Unis. Ce sont de très beaux souvenirs. Au Pro-Am aussi, on a des souvenirs très forts. Eden Hazard, le footballeur, est venu jouer. Donc voilà, c’est compliqué de choisir...
L’absence cette semaine de Kristoffer Reitan, le tenant du titre, peut-elle être préjudiciable au Soudal Open ?
Je dirais non... Parce qu’on pourrait rebondir là-dessus en disant que le Soudal Open a été un tremplin pour lui. On peut quelque part capitaliser là-dessus. On est fier ! Quand il a gagné récemment, on a posté un message sur nos réseaux sociaux : le vainqueur du Soudal Open 2025 vient de gagner sur le PGA Tour.
Question à l’opposée de vos meilleurs moments. Quel est votre souvenir le plus difficile concernant le Soudal Open en tant que Directeur ?
La météo peut être un facteur de déception mais quand les gens ont décidé de venir voir le plus gros tournoi de golf en Belgique, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, ils viennent. Samedi de l’an passé, il n’avait pas fait beau et pourtant, il y avait du monde. On a 80 000 licenciés en Belgique. On n’est pas beaucoup mais on attire quand même 20 % des golfeurs belges. A ce propos, l’affluence du tournoi tourne entre 16 à 18 000 personnes par an sur les quatre jours de compétition.
Quel serait votre vœu le plus fou pour le Soudal Open ? Faire venir par exemple un ou deux joueurs américains ?
C’est possible... On avait été un moment en contact avec Patrick Reed, qui n’a pas pu venir finalement. On a été en contact avec Matt Kuchar mais c’est difficile de les attirer. Les Américains ont du mal à voyager. Reed, lui, joue sur le Tour cette année. Il est d’ailleurs en tête de la Race en ce moment. On a eu Luke Donald il y a deux ans. On a eu aussi Francesco Molinari. J’aimerais bien aussi voir un Belge gagner le tournoi. Parce que ce serait vraiment extraordinaire. Quand Thomas Levet avait gagné l’Open de France en 2011, cela avait eu un retentissement important... Mais au-delà de tout ça, mon plus grand rêve serait que le Soudal Open perdure longtemps encore. Que l’on parvienne à produire de mieux en mieux chaque année cet événement, c’est notre plus grande fierté.
Il y a 13 Belges et 15 Français dont Lev Grinberg, récemment naturalisé français, dans le champ cette année. Cela prouve une fois de plus que l’amitié franco-belge n’a jamais été aussi forte, non ?
Oui, incontestablement. Les Français représentent une nation forte sur le circuit européen. En nombre de joueurs, avec des profils différents. Martin Couvra est quelqu’un de très agréable à voir jouer. Et pourtant, on ne parle pas beaucoup français dans cette partie des Flandres. Les Belges quand ils partent en vacances, ils aiment bien aller où on parle français. Le Soudal Open n’est pas loin de la France, Paris est à 3 heures de route. Donc c’est assez facile pour les golfeurs français de venir ici !