Auteur d’un début de saison canon avec notamment une 3e place au premier Rolex Series de l’année, Julien Guerrier marque le pas depuis quelques tournois. Domicilié avec sa famille à Dubaï, son quotidien a également été perturbé par la guerre au Moyen-Orient déclenchée le 28 février dernier.

Un seul cut manqué en dix départs cette saison pour Julien Guerrier © David Cannon / Getty Images via AFP

C’est sur la route le menant au golf d’El Prat près de Barcelone, hôte cette semaine de l’Estrella Damm Catalunya Championship, que Julien Guerrier a pris le temps de répondre à nos questions. En toute décontraction. Parti d’Antalya le dimanche et après avoir passé la nuit à Istanbul, il a rejoint l’Espagne ce lundi matin pour poursuivre sa campagne de reprise après quatre semaines de break.

Un retour à la compétition qui s’est soldé par une 53e place au Turkish Airlines Open avec notamment un dernier tour difficile bouclé en 75 (+3). Un résultat qui n’enchante guère le Rochelais... 

« Pour être totalement transparent, je ne suis pas très content de mon jeu, lâche-t-il, d’emblée. Je travaille pour pallier à ça. J’ai mis des choses en place qui ne portent pas trop leurs fruits pour l’instant. J’ai mis un cadre pour éviter justement de vivre ce genre de période et je m’aperçois qu’on ne peut finalement pas l’éviter. J’ai rendez-vous avec mon coach (Raphaël Jacquelin) pour faire des choses peut-être encore plus simples. Faire un choix afin que je sois le plus libéré possible. Plus c’est simple, plus c’est efficace pour moi. J’essaie donc d’apporter un maximum de simplicité, que ce soit dans mes entraînements ou dans mon approche du golf... »

Raphaël Jacquelin, basé à Montpellier au Golf de Massane, sera avec l’actuel 8e de la Race to Dubaï jusqu’à samedi. Comme nous le confirme Julien Guerrier, c’est sur le grand jeu qu’ils vont principalement travailler.

« Je ne suis pas satisfait de ce que je fais dans ce secteur pour le moment, confirme-t-il. On va se poser pour prendre les bonnes décisions, choisir un cap et s’y maintenir. Le plus longtemps possible. Quand on est bon, on fait des choses qui durent très longtemps. »

Si l’on ne peut pas encore évoquer une zone de turbulences, le golfeur français qui fêtera ses 41 ans le 1er juillet prochain n’a plus accroché le moindre top 20 depuis son début de saison canon, fort de deux 3es places (au Dubaï Invitational puis au Hero Dubaï Desert Classic) et d’un top 10 (6e au Nedbank Golf Challenge). Même s’il n’a jamais manqué un week-end lors de ses six derniers départs, son meilleur résultat demeure une 24e place, au Bahrain et en Inde.

« C’est la vie de golfeur, avec ses hauts et ses bas, tente-t-il de tempérer, un brin fataliste. J’ai eu mes temps forts. Je travaille pour en avoir d’autres mais il faut aussi accepter les temps faibles. Je ne suis pas Cameron Young, Scottie Scheffler ou Rory McIlroy... Je préférerais faire des podiums toutes les semaines, mais ce n’est pas le cas. Hélas ! La normalité, ce n’est pas de voir Julien Guerrier sur un podium toutes les semaines. Pourtant, ce serait une habitude qui ne me déplairait pas (rires). »

L’Île Maurice et Lyon

Cette période de quatre semaines de « repos » a été plutôt mouvementée pour le vainqueur de l’Estrella Damm N.A. Andalucia Masters le 20 octobre 2024. Domicilié à Dubaï depuis décembre 2024, lui et sa famille ont subi les effets de la guerre au Moyen-Orient débutée le 28 février. Il était en Afrique du Sud, au SA Open, quand les hostilités ont débuté tandis que sa femme et ses deux enfants se trouvaient aux Emirats arabes unis, touchés par les drones et autres missiles iraniens répliquant aux frappes israélo-américaines.

Ils ont pu se retrouver à l’Île Maurice la semaine du 9 mars avant de regagner la France et la région lyonnaise pour y passer les vacances scolaires avant que ses enfants ne suivent ensuite les cours par visioconférences. Ils ne sont revenus à Dubaï qu’à la mi-avril.

« Cela n’a pas plus que ça perturbé ma préparation, souligne doucement Julien Guerrier. Je suis quelqu’un qui regarde devant plutôt que de me retourner. Mais c’est un fait important, un fait marquant aussi pour la famille. On gère ça, on avance avec ça. On sait, hélas, que ça peut reprendre à tout moment. On suit ça de près. On prendra de toute façon les dispositions par rapport à ce qu’il se passe. »

Depuis notre retour, la vie est plutôt agréable à Dubaï. Les gens vivent normalement

L’Américain Johannes Veerman, lui aussi résident à Dubaï avec femme et enfants, avait pris la décision de se scratcher à la veille du Joburg Open (5-8 mars) et de rejoindre les siens via le sultanat d’Oman. Avant de poursuivre le trajet par la route. Une décision que Julien Guerrier a également songé à prendre...

« Oui, c’est vrai, confirme-t-il. Même si nous ne sommes pas tout à fait dans le même cas de figure. Il a trois enfants dont deux en très bas âges. Les choses étaient un peu différentes. Mais oui, les premiers jours du conflit, ça a tapé fort. Le samedi, le dimanche aussi... On s’est organisés. Ma femme et mes enfants devaient rentrer en France pour les vacances scolaires. On a juste avancé d’une semaine à cause de la guerre. On s’est rejoint à Maurice. Avant de regagner la France. »

« Là, depuis notre retour, la vie est plutôt agréable à Dubaï, ajoute Julien Guerrier. Les gens vivent normalement, il y a du monde sur les routes, peut-être un peu moins qu’avant mais il y a encore beaucoup de monde. »

J’adorerai jouer là-bas, aux Etats-Unis, j’en suis sûr, mais la vie en dehors ne va pas me faire rêver du tout, je pense.

Dubaï, il y retournera à l’issue de sa semaine en Catalogne avant de mettre le cap le 18 mai sur l’Angleterre et Walton Heath pour les qualifications de l’U.S. Open sur 36 trous. Suivront le Soudal Open à Anvers (Belgique), l’étape autrichienne et le KLM Open. Un retour à Dubaï est prévu juste après. Sauf s’il valide entretemps son ticket pour l’U.S Open programmé à Shinnecock Hills (New York) du 18 au 21 juin.

La saison, comme chaque année, prendra alors un rythme plus soutenu encore avec la perspective des playoffs en fin d’année – qu’il avait manqués en 2025 – et ces dix spots pour évoluer sur le PGA Tour en 2027. Julien Guerrier, 8e de la Race, est plus que jamais concerné par ce dernier scénario.

« J’y pense évidemment mais je reste très dubitatif par rapport à cette carte, avoue-t-il. J’adorerai jouer là-bas, aux Etats-Unis, j’en suis sûr, mais la vie en dehors ne va pas me faire rêver du tout, je pense. Une fois que tu es installé, dans ton environnement, c’est top. Mais les premières années sur le PGA Tour... La mariée est belle, mais ce n’est pas aussi simple que ça. De ce que je peux entendre, des copains qui y sont allés ou qui y sont encore, qui ont fait la fac là-bas contrairement à moi, ce n’est pas évident. Mais c’est vrai que j’aimerai bien me qualifier. On se posera la question quand il le faudra. »

En espérant d’ici-là avoir, comme l’an passé à The Open du côté du Royal Portrush, goûté aux sensations uniques d’un tournoi du Grand Chelem.

« Cela fait partie de mes objectifs, conclut-il. Faire des perfs dans les gros tournois, et les Majeurs en font partie, c’est ce à quoi j’aspire. J’essaie d’évoluer constamment dans ma carrière et c’est pour moi la prochaine étape. »