Coach technique et performance d'une douzaine de joueurs et joueuses français depuis février 2023, Raphaël Jacquelin nous décrypte son « nouveau » métier, après avoir été un brillant golfeur du Tour européen pendant plus de vingt-cinq ans.

Raphaël Jacquelin et Julien Guerrier sont venus s'entraîner au Golf Club de Lyon en mars dernier. © Magazine Golf Auvergne Rhône-Alpes

Raphaël Jacquelin, c'est d'abord un impressionnant CV : 681 tournois joués sur le Tour européen de 1995 et 2023, quatre victoires entre 2005 et 2013, seize Majeurs disputés dont une 8e place à The Open en 2011, quelques participations à des World Golf Championships et à la coupe du monde. En février 2023, alors que sa carrière de joueur était en train de s'achever, il est devenu le coach de Julien Guerrier. En parallèle, il a créé à Massane (34) avec Alain Alberti la structure AJ Coaching. Ensemble, ils gèrent une bonne douzaine de joueurs et joueuses évoluant sur le DP World Tour, l'HotelPlanner ou encore l'Alps Tour (cf. encadré ci-dessous). Sans compter les jeunes pousses du sport-études...

Quel est le mode de fonctionnement de votre duo avec Alain Alberti ?
Alain Alberti s'occupe plus de la partie technique et mécanique pure et dure, pour donner la direction de swing, et moi je fais le lien avec le joueur, entre ce qu'il travaille au practice et ce que l'on transpose ensuite sur le parcours. C'est ce que j'ai fait durant toute ma carrière de joueur avec David Leadbetter, qui donnait la direction technique en collaboration avec Alain. Il faisait le lien toute l'année, en trouvant ensuite les moyens pour m'accompagner sur le parcours. On fait exactement le même schéma, sauf que c'est moi maintenant qui fait le lien, en amenant en plus mon expérience de joueur de haut niveau. C'est le schéma que l'on donne à tous les joueurs, qu'ils soient pros ou avec les plus jeunes que l'on entraîne ici à Massane, en sport-études.

Les élèves du duo Alberti-Jacquelin

Julien Guerrier, Alexander Levy, Julien Sale, Robert Foley, Jean Bekirian, Nathan Legendre, Théo Brizard, Adrien Bonnet, Tiffany Arafi, Lucie Malchirand, Robin Roussel et Romain Wattel.

Devenir entraîneur était-il une évidence pour vous après votre très longue carrière de joueur ?
Non, pas du tout. J'ai toujours aimé partager quand on était à Terre Blanche avec Alex (Levy) et avec un peu tout le monde. Quand Julien (Guerrier) m'a demandé d'essayer, je me suis dit : « Pourquoi pas ? » Mais je n'étais pas certain que cela fonctionne. Et finalement, ça continue encore aujourd'hui. Je prends plus le coaching comme du partage sur le haut niveau, notamment sur des situations de jeu, sur des points clés techniques... C'est ce que je fais au quotidien. Je suis Alain (Alberti) dans la direction technique et je me nourris de tout ça pour avoir des réponses techniques. Mais après, je suis plus dans le lien, le parcours, la situation de jeu, la stratégie, qui est pour moi assez simple. Je n'ai jamais eu un souci de stratégie quand j'étais joueur. D'où l'importance de bien connaître son jeu afin de ne pas tenter des coups que l'on ne maitrise pas forcément.

Le partage, c'est ce qui vous attire en priorité ?
Oui. J'ai toujours fonctionné en équipe. Je m'appuyais sur les qualités de chacun, que ce soit le manager, le préparateur physique, le préparateur mental, etc. C'était toujours pour moi le plus important et ça m'enlevait de la pression. Avec Julien, on partage tout le temps. On garde une ligne directrice, on s'appuie sur des choses, on fait évoluer son mental, sa technique évidemment, même si ça bouge très peu. Mais c'est plus dans l'engagement, dans l'intensité, dans la confiance que le joueur peut avoir devant la balle qui va vraiment changer le résultat. Ce n'est pas la technique qui va changer le résultat. C'est beaucoup de psycho en fait. Je n'étais pas spécialement prêt à le faire puisque je n'ai pas plus de formation que ça. Comprendre comment notre cerveau fonctionne et pourquoi on a telle ou telle réaction, je trouve qu'au haut niveau c'est super important.

Quel est pour vous le rôle premier d'un coach sur le Tour européen ?
Quand je discute avec Julien, il me dit que je lui apporte un discours posé et rassurant, en lui amenant de la confiance, par rapport à ce qu'il est capable de faire. On sait faire plus de choses qu'on ne pense quand on est sous pression. Si on a de bons ancrages, qu'on est sur une bonne respiration, sur une bonne routine, d'un seul coup le cerveau se focalise sur ce qu'il a à faire, et pas sur les éléments extérieurs. Pour moi, c'est le discours principal de toutes les semaines de tournoi. C'est facile à dire, puisque je l'ai vécu.

Je suis là pour leur faire gagner du temps. Je les mets dans une situation où ils se sentent encore un peu plus confortables.

Êtes-vous constamment en contact avec vos joueurs, qu'ils jouent sur le DP World Tour ou dans les divisions inférieures ?
Oui, même s'ils sont tous différents. Il y en a qui se manifestent plus que d'autres. Quand je jouais, j'étais très souvent en contact avec Alain, mais je n'avais pas besoin de lui parler ou de lui envoyer un message tous les jours. Je pouvais me débrouiller seul. C'est le cas de Julien. Alex aussi. Mais on se parle toutes les semaines, ça c'est sûr. On ne réinvente pas pour autant la roue. On parle de tout avec eux. Il y a toujours un petit point sur la frappe de balle, sur les greens, sur le petit jeu à faire dans la semaine. Mais avec la vidéo, on arrive toujours à trouver des « quick fix », comme on dit. Généralement, ça se fait assez vite. En fait, on a plus de boulot avec les amateurs que l'on a ici (à Massane). La technique est un petit plus présente. Ils sont encore en apprentissage.

Quelles sont les demandes qui vous reviennent le plus souvent de la part de vos joueurs ?
Alex, techniquement, pose des questions, mais il est assez clair sur ce qu'il sait faire. Pour lui, il faut mettre le focus sur l'attitude, sur la respiration, faire le point tout le temps... Je vais lui en reparler tout le temps afin qu'il demeure bien dans le présent, qui ne se projette pas sur un futur résultat ou qu'il réagisse sur la qualité d'un coup plus qu'un autre. Il peut avoir un état émotionnel qui varie trop à mon goût. Julien, c'est plutôt lui amener de la confiance sur ses capacités de jeu, sur pourquoi il est là. Semaine après semaine, car il adore tellement le swing et les points techniques qu'il peut essayer des choses par rapport à différents ressentis. Il peut très vite s'éparpiller. Alors que c'est quelqu'un de très créatif. Avec ceux qui évoluent sur la deuxième division européenne, le niveau de jeu est là aussi. En dessous, on est plus sur des questions de routine d'entraînement. Des questions qui leur procurent des doutes. Et apporter des solutions d'entraînement pour justement éviter ces doutes.

Être un ancien golfeur de haut niveau facilite-t-il toujours vos discours auprès d'eux ?
Je suis, quoiqu'il arrive, un peu plus crédible, j'ai envie de dire (rires). Je suis passé par là, et je m'appuie sur ce que j'ai fait et les pensées que j'ai pu avoir pendant certains tournois, et certains coups aussi. Avec le recul, je suis là pour leur faire gagner du temps. Je les mets dans une situation où ils se sentent encore un peu plus confortables. Parce qu'on forme une équipe. Avec mon expérience, je vais leur faire faire des choses que je n'ai pas faites. Il y a la légitimité par rapport à ma carrière et le recul que j'ai depuis que je joue moins.

En tournois cinq à six fois dans l'année

Combien de fois par an effectuez-vous des déplacements sur les tournois ?
Je dirais entre cinq et six fois. Je vais peut-être aller au KLM Open la semaine prochaine en fonction d'Alex, s'il rentre dans le champ. Sinon, le prochain déplacement, ce sera l'open d'Italie à la fin du mois de juin. 

Comment un coach est-il rémunéré par ses joueurs ?
Je fonctionne au pourcentage des gains pour les joueurs que je suis le plus en tournois. Pour les autres, ceux pour lesquels je vais moins en tournois, parce que je ne peux pas tout faire, c'est à la journée... Un fee à la journée ou à la demi-journée en fonction du temps.

Vos frais de déplacements sont-ils pris en charge ?
Quand on est au pourcentage, c'est le coach qui se débrouille. Quand on est à la journée, les frais sont pris en charge par les joueurs. C'est pour cela que sur les divisions inférieures, on essaie d'en prendre plusieurs à la fois afin que le coût de la journée et les frais soient divisés, parce que ça ne gagne pas grand-chose, malheureusement, sur les deuxièmes et troisièmes divisions européennes...