La ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative était ce jeudi matin en visite au Golf National, à l’occasion du premier tour du FedEx Open de France. Elle en a profité pour évoquer les principaux enjeux et défis rencontrés par le golf français. Rencontre.
ffgolf : Tout d’abord, pouvez-vous nous parler du regard que vous portez sur le Golf National en général, et sur cet événement qu'est le FedEx Open de France en particulier ?
M.F. : Je suis très heureuse d'être ici au FedEx Open de France, c'est l’un des événements majeurs dans le sport français. Il était donc important pour la ministre des Sports que je suis de venir rendre grâce au travail qui est fait par la Fédération. Ce tournoi est une vitrine de l'excellence golfique française, et aussi de notre tradition depuis 120 ans que cette compétition existe. De plus, j'ai pu voir jouer des Français, j'ai pu suivre Martin Couvra sur quelques trous. C'est bien aussi pour moi de venir au contact de nos joueurs. J'ai pu voir le Centre national de performance, qui est un très bel équipement, et qui vient parfaitement compléter tout le travail que nous faisons sur le développement de la haute performance. C’est un équipement qui a été financé en partie par l'État, et qui nous permet de former toute une génération de jeunes joueuses et de jeunes joueurs, et d'envisager un avenir prometteur pour le golf français au niveau international, avec des résultats qui sont déjà présents. J'ai vu Martin tout à l'heure, mais c'est vrai qu'on peut citer aussi la très belle performance de Nastasia Nadaud à la Solheim Cup il y a deux semaines. On voit que tout ça aide aussi le golf français à exister. On voit que depuis quelques années, il y a un rééquilibrage entre le circuit américain et le circuit européen. Bien évidemment, on est sur des masses critiques qui sont très différentes, mais on n'a pas à rougir de nos résultats, et on arrive petit à petit à challenger les Américains, ce qui n’est quand même pas rien dans l'univers du golf.
La Fédération française de golf est la 7e plus grosse fédération sportive du pays en termes de nombre de licenciés. Votre gouvernement a pour ambition de remettre les Français en mouvement. Quelle place peut occuper le golf dans cette optique ?
Le golf est le quatrième sport individuel le plus pratiqué en France, mais souvent avec une image qui peut être faussée. C'est à dire que les gens ne se rendent pas compte de l'engouement qu'il y a pour le golf en France, alors que le golf n'est pas un sport élitiste, n'est pas un sport réservé aux grandes agglomérations, bien au contraire. La plupart des golfs sont en zone rurale, ce qui nous permet d'avoir un maillage territorial très important. Par ailleurs, c'est un sport qui est extrêmement bon pour pratiquer la marche, l'aération, le plein air. Il coche toutes les cases des politiques que nous conduisons au ministère en matière de sport-santé, que ce soit au niveau de la performance, du développement de la pratique, ou encore de l’accessibilité aux personnes en situation de handicap. Donc, il était bien normal que je sois présente pour soutenir tout ce qui se fait.
Dans beaucoup de mentalités aujourd’hui, le golf reste un sport élitiste. En quoi votre ministère peut-il aider à changer cette image ?
C'est tout le travail que nous menons. Cela va au-delà du golf. On essaye de mettre en avant toutes les disciplines sportives et tous les types de sport qui existent. Le soutien à la haute performance fait partie de cette visibilité. Bien souvent, quand vous êtes un enfant et que vous avez vu un champion performer, vous avez envie derrière de pratiquer le sport. La deuxième chose, c'est de savoir comment on facilite l'accès à la pratique. C’est pour cela que nous avons développé le Pass Sport, qui avait été malheureusement recentré sur les 14 ans et plus. Nous l'avons rouvert cette année aux 6-13 ans, parce que l'habitude de sport se prend au plus jeune âge. Avec ce pass de 50 €, cela permet de donner un coup de pouce aux familles qui sont plus modestes, de prendre en charge des licences pour les enfants par exemple. Nous avons aussi lancé une expérimentation sur l'activité physique adaptée pour les personnes qui souffrent d'obésité. Le golf répond parfaitement à la lutte contre la sédentarité. Cela permet des prises en charge, soit par les mutuelles, soit par la Sécurité sociale, dans des cas d'obésité ou de cancer. Dernier point : nous soutenons directement les fédérations via nos Projets sportifs fédéraux (PSF), et nos projets sportifs territoriaux (PST), qui nous permettent de soutenir le développement de la pratique. Je pense notamment à vos écoles de golf présentes sur tout le territoire. C’est aller au plus proche des gens, donner envie à des jeunes de venir pratiquer le golf, pour changer cette image qui est celle du golf.
Autre défi rencontré par le golf : la question environnementale. Comment le Ministère peut-il appuyer la démarche de la filière sur ce volet ?
Il y a deux points qui sont plus saillants dans le golf s’agissant d’environnement. C'est d’abord, la question de l'irrigation et de l’arrosage des greens. Dans un contexte de tensions croissantes sur la ressource, aucun secteur ne peut considérer qu’il est à l’écart de cet enjeu. Nous soutenons l'aménagement des golfs, y compris financièrement, pour tous les équipements qui visent à ne plus pomper dans les nappes, à avoir une irrigation, à créer des retenues d'eau sur les golfs.
On est en train de changer de mentalité là-dessus, sur le fait qu’on peut autoriser, par exemple la création d'un petit lac artificiel sur un golf pour retenir l'eau, afin de pouvoir arroser plus facilement. Cela concerne bien sûr, également, les graminées que l’on sème sur les golfs, qui sont beaucoup moins consommatrices. Tout cela est en train de beaucoup s'améliorer. Et puis surtout, depuis quelques années, il y a un énorme effort qui a été fait, je le sais. L’arrosage avec l’eau potable, c’est quasiment terminé. L'enjeu des années à venir, c'est de savoir comment on va faire en sorte de, tout en préservant la pratique, économiser l'eau et avoir une consommation d'eau très responsable.
Et donc merci à la Fédération, d’aider des programmes de recherche qui sont en cours sur le sujet, pour aller de plus en plus loin sur ces questions hydriques, à un moment où la ressource en eau, va devenir rare. Cela signifie qu’il faut aussi que la Fédération soit irréprochable sur ces sujets. Ce que j’attends des golfs, c’est qu’ils accélèrent cette trajectoire : moins consommer, mieux utiliser la ressource et développer toutes les solutions alternatives possibles.
Le deuxième volet, c’est la question des produits phytosanitaires, où là aussi, beaucoup de progrès ont été faits. Quand on regarde globalement l'utilisation de ces produits, ce que représente le golf, c'est une infime partie de l'utilisation au niveau national. Pour autant, la Fédération est engagée dans un programme de réduction et de recherche, puisqu'il faut aussi avoir des produits de substitution, qui soient bons pour l'environnement et la biodiversité. Il faut dire qu’aujourd'hui, tous nos golfs sont en train de faire leur mue.
Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative.
Malgré tout, on a pu voir, notamment au plus fort des épisodes caniculaires, qu'il avait pu y avoir des golfs pris pour cible par des dégradations volontaires. Est-ce justifié selon vous ?
Non, rien ne justifie les dégradations. Il faut faire beaucoup de pédagogie, c'est aussi le rôle du Ministère d’accompagner la Fédération sur ce sujet. Nous avons un plan national d'adaptation au changement climatique au Ministère, qui a été d'ailleurs un des premiers à se saisir des plans nationaux sur cette question. Nous allons bientôt lancer sa troisième version, avec un plan qui est très ambitieux sur le sujet. Nous mettons vraiment en avant ce qui est fait, parce que souvent, c'est par méconnaissance que ces manifestations surviennent.
Développement de la pratique, performances dans le haut niveau, enjeux environnementaux… de tous ces défis, lequel vous semble le plus prioritaire pour le golf français ?
Je ne sais pas si je dois les prioriser, mais je pense que, lorsque l’on dit « avoir plus de pratiquants », la pratique du golf, elle augmente, et elle augmente beaucoup avec une hausse de l’ordre de 10 % du nombre de licenciés ces 10 dernières années. Je crois que le grand défi du golf, il est double. C'est effectivement l'adaptation au dérèglement climatique, à ses conséquences, l'exemplarité environnementale. Et le deuxième, c'est l'adaptation démographique. Aujourd'hui, la population française vieillit. Le golf a la chance de pouvoir se jouer à tout âge. Mais on a quand même le défi d'aller chercher de nouvelles générations plus jeunes.