La joueuse savoyarde a été sélectionnée par la capitaine européenne Anna Nordqvist pour disputer, à 21 ans, sa première Solheim Cup du 11 au 13 septembre aux Pays-Bas. Même avec quelques jours de recul, elle a encore du mal à réaliser.

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Nastasia Nadaud a appris sa sélection à l'issue du quatrième tour de l'AIG Women's Open, dimanche dernier. © Tristan Jones / LET

Quelle est votre réaction quand vous voyez votre nom suivi de la mention « membre de l’équipe européenne de Solheim Cup 2026 » ?
C’est assez étrange. Depuis qu’Anna [Nordqvist, la capitaine européenne, NDLR] me l’a annoncé dimanche soir, je crois que je n’ai pas réalisé. Et je ne vais pas réaliser jusqu’à prendre le départ du 1, ou alors jusqu’à ce que la semaine de la Solheim Cup démarre, avec la préparation et tout ça. C’est une chose que toutes les golfeuses européennes rêvent de faire depuis qu’elles ont dix ans, depuis qu’elles savent que la Solheim Cup existe. Donc ça fait bizarre.

Une vidéo a été publiée sur les réseaux sociaux, où l’on voit Anna Nordqvist vous annoncer votre sélection à la sortie du 4e tour de l’AIG Women’s Open (cf. post Instagram ci-dessous). Vous nous confirmez que c’était vraiment le moment où elle vous l’a annoncé, et pas une mise en scène ?
Non, ce n’était pas de la mise en scène, c’est vraiment comme ça que ça s’est passé. Ce n’était ni rejoué ni préparé. Elle comptait venir me le dire après que j’ai signé ma carte dimanche soir apparemment. J’avoue que, lorsqu’elle m’a dit que j’étais sélectionnée, je n’y ai pas trop cru tout de suite. Je m’y attendais sans m’y attendre, et donc lorsque j’ai vu qu’elle était là, je me disais que si ça se trouve, elle voulait me dire que finalement, elle ne m’avait pas prise. J’avais toutes les options en tête. Et quand elle m'a dit que j'étais sélectionnée, alors là, dans mon cerveau, ça partait dans tous les sens, c’était assez magique comme moment. Sur la vidéo, on voit que je n’extériorise pas, mais dans ma tête ça fusait dans tous les sens. Ça trottait un peu dans ma tête pendant la semaine de l’AIG Women’s Open, car je savais que la sélection devait être annoncée le dimanche ou le lundi. Déjà, c’était un gros soulagement que cette semaine-là se finisse, et sur une bonne note en plus.

Dans les semaines qui ont précédé la sélection, saviez-vous que vous étiez sur la liste des potentielles sélectionnées ? Est-ce quelque chose que vous aviez à l’esprit ?
Je dois avouer que je me doutais qu’il était possible que je sois dans les discussions (sic). Mais avec cinq ou six autres filles pour quatre choix. Donc j’ai essayé de ne pas trop y penser au KPMG Women's PGA Championship, à The Amundi Evian Championship, au Women's Scottish Open… ces trois tournois-là, je les ai joués assez détachée, concentrée sur mon jeu comme je l’ai été tout au long de la saison. Et puis au Women’s Open, comme c’était la dernière échéance, j’étais un peu plus tendue, je ne vais pas mentir. D’ailleurs, ça s’est un peu senti le premier jour. Comme je savais que ça pouvait aussi se jouer sur cette semaine-là, je suis allé chercher dans les profondeurs de mon golf le vendredi pour faire une carte qui me permette de passer le cut. J’ose espérer que ça a joué en ma faveur.

Dans ce qu’Anna Nordqvist a dit pour motiver son choix de vous sélectionner, qu’est-ce qui vous a particulièrement plu ?
Elle a beaucoup parlé de ma constance sur toute la saison du LPGA Tour. Elle a appuyé le fait que j’étais constante sur les Majeurs également (quatre cuts passés en quatre Majeurs joués cette saison, NDLR). Elle a regardé mes stats et vu que je pouvais faire beaucoup de birdies, ce qui, sur un quatre-balles ou sur un simple, peut être décisif. Ça fait plaisir quand la capitaine vous dit ça.

Pourquoi est-ce si magique d’être sélectionnée en Solheim Cup ?
La Solheim Cup, c’est la Ryder Cup, concrètement. C’est un événement tellement reconnu, légendaire, on regarde la Ryder Cup et la Solheim Cup à la télé dès qu’on est gamin. À la dernière Ryder Cup, on avait tous la pression pour que les Européens gagnent, à la dernière Solheim Cup en Europe, Carlota Ciganda doit faire le par au 17 pour que l’Europe conserve le trophée… Moi-même j’étais stressée devant ma télé. Alors quand on est sur place, et qu’on doit soi-même se battre pour ramener des points face aux Américaines, ça doit être une expérience comme aucune autre, qu’on ne ressent que sur cette semaine-là, et pas sur des tournois classiques ou même des Majeurs.

Quelles vont être, selon vous, les qualités que vous allez pouvoir mettre à profit dans cette équipe de Solheim Cup, sur le terrain comme en-dehors ?
Je vais essayer d’apporter la constance que j’ai pu démontrer sur la saison, ainsi que mon agressivité dans le jeu. Ça peut faire un bon complément sur un double. Après, ce n’est pas de mon ressort, c’est Anna qui va décider des paires et de tout cela, on va sûrement faire des tests.

Parmi vos coéquipières, qui est la joueuse que vous connaissez le mieux et dont vous vous sentez la plus proche ?
Il y a Céline qui est là, ça fait une présence française, ce n’est pas désagréable. Je connais un peu Julia Lopez Ramirez, qui a émergé récemment. Celle que je connais le mieux, je dirais que c’est Mimi Rhodes. On a un petit groupe de copines avec elle, on partage des logements… On était aussi sur le LET ensemble avant d’aller sur le LPGA Tour, mais j’avoue qu’on ne se parlait pas trop (rires). Le fait qu’on soit sur le LPGA Tour avec quatre ou cinq autres rookies, ça nous a rapprochées, on a créé un petit groupe toutes ensemble.

2015

DEUX FRANÇAISES (CÉLINE BOUTIER ET NASTASIA NADAUD) SERONT PRÉSENTES DANS L'ÉQUIPE EUROPÉENNE DE SOLHEIM CUP POUR LA PREMIÈRE FOIS DEPUIS 2015. CETTE ANNÉE-LÀ, KARINE ICHER ET GWLADYS NOCERA AVAIENT PARTICIPÉ AU SUCCÈS EUROPÉEN, 14,5 À 13,5.

Le lendemain du dernier tour de l’AIG Women’s Open, vous avez dû aller à Londres pour l’annonce officielle des choix d’Anna Nordqvist, en direct sur le plateau de la chaîne britannique Sky. Comment avez-vous vécu cet épisode ?
J’avais quatre heures de route entre le Royal Lytham & St Annes, où se jouait le Women’s Open, et les studios de Sky. Puis il y a eu une heure et demie de préparation avant le direct. Eh bien j’ai stressé pendant les 5h30 (rires). J’appréhende beaucoup ces interviews en direct, où il faut savoir ce qu’on dit, il faut comprendre les questions, car les animateurs parlent avec un fort accent anglais. C’était un peu la panique, mais ça s’est bien passé. Les studios de Sky, c’est assez impressionnant.

Vous allez donc jouer votre première Solheim Cup à 21 ans. Votre première… et pas votre dernière ?
Je l’espère, même si on ne sait jamais de quoi est fait demain. Je dois bien préciser que tout est allé très vite en neuf mois. D’abord la victoire sur le LET, puis l’obtention de ma carte sur le LPGA Tour, puis rentrer dans quatre Majeurs sur cinq, passer les quatre cuts, puis être sélectionnée dans l’équipe de Solheim Cup… je n’ai pas du tout vu le temps passer. On a pas le temps de se poser et de réfléchir à tout ça. Pour le futur, je vais continuer à travailler avec mon staff de la même manière, et espérer qu’il y aura d’autres Solheim Cups. Mais je vais rester concentrée sur ce que j’ai à faire, et le positif arrive en conséquence dans un deuxième temps.

D’ici un gros mois, vous serez déjà en partance pour les Pays-Bas et la Solheim Cup. Allez-vous essayer, dans ce court mois, de prendre une plage de décompression, pour réaliser et arriver le plus en forme possible ?
Oui, c’est l’objectif. On va avoir trois semaines de tournois en Amérique qui sont importants pour la fin de saison, donc je vais jouer ces trois tournois-là. Avant la Solheim, il y a une semaine de pause, et après la Solheim, il y a aussi une semaine de pause. Donc la semaine avant, je vais me prendre deux ou trois jours pour me poser, et ensuite démarrer la préparation pour cette grande semaine. Les autres filles m’ont dit que c’était une semaine très intense, avec les parties d’entraînement mais aussi les sollicitations médiatiques. Ce n’est pas une chose dont j’ai l’habitude, je ne suis pas Lottie Woad ou Charley Hull (rires). Je vais regarder comment elles font, et m’en inspirer.

Connaissez-vous déjà le parcours de Bernardus ?
Malheureusement non. Une équipe potentielle était allée jouer là-bas juste avant le Scottish, mais je n’étais pas invitée à ce moment-là. On m’a dit qu’il était un peu typé links, ferme et pas très long, mais hormis cela, je ne le connais pas. Si c’est le cas, ça peut nous avantager, on a quelques bonnes frappeuses comme Charley Hull, Julia Lopez Ramirez, Carlota Ciganda

Qui rêvez-vous d’affronter parmi les Américaines ?
Je ne sais pas trop. L’équipe américaine n’est pas encore annoncée, et puis je pense que je ne jouerai pas tous les doubles. Je jouerai sans doute plutôt en quatre-balles qu’en foursome. Après, en simple, à mon avis, je ne serai pas face à une grande star. Par exemple, en Ryder Cup, on voit qu’ils font partir les meilleurs en premier, donc il y aura sûrement un match, par exemple, entre Charley Hull et Nelly Korda. Donc je ne saurais pas trop dire.

Quelles émotions vous attendez-vous à ressentir lorsque vous recevrez vos tenues aux couleurs européennes ?
Je sens que ça va être un truc de dingue. Se dire que je vais avoir tout l’attirail de la Solheim Cup pour représenter l’Europe, avec les tenues, le sac… ça paraît un peu irréel. C’est juste dingue, je ne saurais pas le dire autrement. Je n’ai toujours pas les mots je crois.