L'Europe et les États-Unis s'affrontent de vendredi à dimanche dans leur rencontre biennale chez les Dames, aux Pays-Bas. Mais c'est quoi, au juste, la Solheim Cup ? Réponses à cinq questions élémentaires.
C'est quoi, la Solheim Cup ?
La Solheim Cup est une confrontation entre deux équipes féminines de golf, l'une représentant les États-Unis, et l'autre l'Europe. Elle se tient tous les deux ans, avec alternance pour ce qui est de la localisation : une édition se déroule par exemple en Europe, et deux ans plus tard, elle a lieu aux États-Unis. Si cela vous dit quelque chose : oui, il s'agit totalement de l'équivalent féminin de la Ryder Cup.
Son histoire est cependant, à la fois, plus récente et plus singulière. La création de cette compétition est due à deux personnes en particulier : Karsten Solheim et son épouse Louise. Né à Bergen, en Norvège, en 1911, Karsten Solheim a grandi aux États-Unis, précisément à Seattle, où sa famille a émigré en 1913. En 1954, alors qu'il file vers ses 43 ans, il découvre le golf, et notamment cette machine à cauchemars et nuits blanches qu'est le putting. Mettant à profit son bagage d'ingénieur, il fabrique lui-même un putter portant ce qui était une innovation pour l'époque : le shaft ne s'insérait plus sur le talon de la tête de club, mais au centre. En 1967, il crée la firme Karsten Manufacturing, qui existe toujours, et que vous connaissez. Si si, promis, vous la connaissez. Mais vous la connaissez sous le nom que prirent les clubs qui en sortirent : PING.
Fortune faite, Karsten Solheim se mit à sponsoriser des tournois du LPGA Tour et à donner des millions de dollars pour la création et l'entretien de parcours aux États-Unis. À la fin des années 1980, lui et son épouse furent les principaux moteurs de la création d'une confrontation biennale entre Europe et États-Unis chez les Dames. Voyant sa première édition se dérouler en 1990, cette compétition prit fort logiquement le nom de Solheim Cup.
Ça se joue comment, la Solheim Cup ?
Premier élément important, et même fondamental : la Solheim Cup se joue intégralement en match play. Il s’agit de l’une des deux principales formules de jeu du golf, qui consiste à disputer une partie sur 18 trous, mais en comptant le score au trou par trou, et non en cumulant le nombre de coups de chacune. Exemple : une joueuse américaine et une joueuse européenne disputent un match. Au trou n° 1, l’Européenne fait quatre coups, et l’Américaine cinq. L’Européenne remporte donc le trou. Dans le jargon, on dit qu’elle est 1 up, alors que son adversaire est 1 down. Sur le trou suivant, les deux font quatre. Le trou est alors partagé, le score reste le même, et les joueuses passent au suivant. Sur ce trou n° 3, l’Américaine fait quatre, et l’Européenne fait sept (aïe). Mais cet écart de trois coups n’est pas trop lourd de conséquence, car il permet juste à l’Américaine de remporter le trou pour revenir à égalité. Une égalité le plus souvent désignée par l’anglicisme All square (souvent abrégé en AS).
La partie se poursuit ainsi, et fréquemment, elle ne va même pas au terme des 18 trous. En effet, si une joueuse (ou une doublette de joueuses) possède plus de trous d’avance qu’il ne reste de trous à jouer, le match s’arrête. Si vous voyez, par exemple, le résultat d’un match noté 4&3, cela signifie que le match s’est conclu avec un camp possédant quatre trous d’avance, avec trois trous restants. En d'autres termes, le match s’est terminé à la fin du 15.
Depuis 2002, la Solheim Cup se déroule sur un format calqué sur celui de la Ryder Cup. La compétition se déroule sur trois jours. Les deux premières journées se jouent en double, et la dernière en simple. Lors des doubles, chaque jour, deux sessions de jeu ont lieu, chacune comprenant quatre matches. L'une de ces deux sessions est jouée en formule quatre-balles : chaque joueuse joue sa propre balle du départ au trou, et le meilleur score des deux joueuses sur chaque trou est retenu pour le score de l'équipe. L'autre session est disputée en foursome : les deux joueuses tapent une seule et même balle alternativement, l'une se chargeant des départs des trous pairs, et l'autre des départs des trous impairs. Enfin, lors de la dernière journée, les 12 joueuses de chaque équipe s'affrontent toutes en simple.
L'un des avantages donnés à l'équipe à domicile, outre le fait d'être sur son terrain et devant son public, est qu'elle peut choisir l'ordre des sessions dans les deux journées de doubles. Ainsi, la capitaine européenne, la Suédoise Anna Nordqvist, a opté cette année pour jouer les foursomes le matin et les quatre-balles l'après-midi.
Ça se gagne comment, la Solheim Cup ?
Les 8 doubles disputés lors de chacune des deux premières journées, puis les 12 simples du dimanche constituent un total de 28 points en jeu. Le principe est simple : la victoire donne un point, et la défaite zéro. Particularité : si deux équipes finissent all square après 18 trous, elles se séparent sur un match nul, et marquent 0,5 point chacune.
Le meilleur moyen de remporter la Solheim Cup est de rassembler 14,5 points minimum, ce qui assure de repartir avec le beau trophée en cristal irlandais. Mais que se passe-t-il si les deux équipes finissent avec 14 points ? Dans ce cas, les tenantes du trophée le conservent. On pourrait croire la chose rare, mais elle est arrivée : en 2023, à Finca Cortesin, en Espagne, un final épatant a débouché sur une parfaite égalité au compteur. Mais comme les Européennes s'étaient imposées, deux ans auparavant, en terre américaine, elles ont conservé le trophée.
Il y a des Françaises ?
Les supporters français auront le bonheur, à partir de vendredi, de voir deux de leurs représentantes sous les couleurs européennes. L'une est désormais une habituée, puisqu'elle va honorer sa cinquième sélection : Céline Boutier. À 33 ans, elle devient ainsi recordwoman française du nombre de participations. La n° 1 française et 35e joueuse mondiale a disputé sa première Solheim Cup en 2019, participant au succès européen cette année-là à Gleneagles, en Écosse, puis a soulevé de nouveau la coupe en 2021, a fait partie de l'équipe qui l'a conservée en 2023, avant de connaître malheureusement sa seule défaite collective il y a deux ans, aux États-Unis.
L'autre Tricolore est une nouvelle venue : Nastasia Nadaud. À 21 ans, la joueuse d'Aix-les-Bains a connu une progression constante depuis son passage professionnel. Une progression qui l'a amenée à remporter la finale du Ladies European Tour en Espagne en novembre dernier, avant de gagner, lors de l'épreuve des Cartes, sa place sur le LPGA Tour, le plus prestigieux circuit féminin du monde. Des performances qui ont tapé dans l'œil d'Anna Nordqvist, qui a décidé de donner l'une de ses quatre invitations à la joueuse tricolore. Cette dernière a d'ailleurs pu découvrir le vaste décorum de la Solheim Cup, ce lundi à Bernardus (voir vidéo ci-dessous). Et encore, le public n'était pas encore là.
Dans l'histoire, cinq autres joueuses françaises ont participé à la Solheim Cup. Marie-Laure de Lorenzi était présente dès la première édition en 1990, avant d'apparaître également dans l'équipe européenne en 1996, 1998, et d'en être vice-capitaine (mais non joueuse) en 2007. Patricia Meunier-Lebouc, l'une des trois Françaises s'étant imposée en Majeur, a joué deux Solheim Cups, en 2000 et 2003. Ludivine Kreutz, elle, a disputé celle de 2005. Enfin, deux joueuses tricolores comptent quatre participations chacune : Karine Icher (2002, 2013, 2015 et 2017) et Gwladys Nocera (2005, 2007, 2009 et 2015).
Qui va gagner ?
La question à 1000 points, assurément. Qui soulèvera la Solheim Cup, dimanche soir, après les trois jours de compétition ? Les Américaines ont pour elles de mener au bilan global depuis 1990 : 11 victoires, contre 7 succès pour l'Europe (auxquels s'ajoute le fameux match nul victorieux, pardon pour l'oxymore, de 2023). Les joueuses de l'Oncle Sam sont par ailleurs tenantes du titre, ayant remporté la confrontation de 2024, 15,5 à 12,5, chez elles en Virginie. Ce qui leur donne donc un demi-point virtuel d'avance dès le départ. Elles ont enfin comme fer de lance la n° 1 mondiale, Nelly Korda, qui a signé une (nouvelle) saison exceptionnelle, remportant quatre tournois du LPGA Tour dont deux Majeurs.
En face, les Européennes ne manquent pas d'arguments. À commencer par le fait qu'elles ont eu le choix du terrain, en l'occurrence le parcours de Bernardus, aux Pays-Bas. Elles pourront compter sur le soutien de leur public, qui avait fait régner une ambiance incroyable en Espagne il y a trois ans. Côté joueuses, les Anglaises Lottie Woad et Charley Hull font figure de locomotives, elles qui occupent respectivement les places 7 et 8 dans la hiérarchie mondiale. L'Europe peut compter sur une belle alliance de l'expérience de joueuses telles que Leona Maguire, Carlota Ciganda ou Céline Boutier, et la jeunesse de nouvelles arrivantes telles que Mimi Rhodes, Julia Lopez Ramirez ou encore Nastasia Nadaud. Bref, d'ici vendredi matin, faites vos jeux.